Guerre du Pacifique/Pacific War (29/43): Tarawa (2)

TARAWA : SANGLANT SUCCES DANS UN ATOLL,

20-23 NOVEMBRE 1943

L’amiral Shibasaki a en charge la défense de la petite île qui ne mesure qu’environ 4 kilomètres de long pour à peine 1 kilomètre de large. 4 744 hommes se trouvent sur l’île au moment de l’assaut américain, mais ce chiffre ne comprend que 2 617 combattants, le reste de la garnison étant constitué d’unités de génie, comprenant de nombreux Coréens. Shibasaki dispose de 14 canons au sein de ses batteries côtières, de 12 canons antiaériens, de 25 canons et de 14 chars pour la défense des plages. Une soixantaine de mitrailleuses lourdes et des dizaines de mitrailleuses légères complètent cet impressionnant dispositif en regard de la taille de Bétio. Les Japonais ont en outre fortifié l’île en disposant des mines et des murs antichars et en édifiant de nombreux bunkers et retranchements. Shibasaki peut aussi compter en théorie sur l’appui des unités aériennes de l’archipel Bismarck et des unités de la Marine Impériale basées à Truk. Mais toutes ces unités sont bien faibles puisque l’essentiel de leurs éléments ont été détournés au début du mois de novembre vers Rabaul et Bougainville où vient d’intervenir la 3rd US Marine Division.

A gauche: l’îlot de Bétio

Le 20 novembre 1943, l’assaut américain débute par une intense préparation d’artillerie. Le feu dévastateur qui s’abat sur Bétio doit annihiler toute opposition de la part de l’ennemi. Le spectacle de l’effet conjugué des tirs des forces navales américaines et de l’intervention des bombardiers en piqué est si impressionnant que les Marines se laissent gagner par une vague d’optimiste : aucun japonais ne peut survivre à un tel enfer. Les troupes du régiment d’assaut montent à bord des barges de débarquement LCVP qui les amènent jusqu’aux LVT, engins amphibies chenillés qui vont permettre aux marines de franchir à marée basse la barrière de corail située au large de Bétio.

 

Les LVT: engins de débarquement révolutionnaires mais non blindés et en nombre insuffisant…

Les 4 bataillons du colonel Shoup abordent enfin l’île après avoir essuyé quelques tirs sans grandes conséquences. Tandis qu’un bataillon demeure en réserve, un bataillon débarque sur Red Beach 1 à l’ouest de l’île, les 2 autres bataillons débarquant de part et d’autre de la grande jetée, sur Red Beaches 2 et 3. Peu après 9h, sur Red Beaches 1 et 2, dès le franchissement de la barrière de corail, les LVT sont presque tous atteint par un tir particulièrement intense de la part des défenseurs japonais. Le tiers de l’effectif est touché en quelques heures tandis que les survivants s’agglutinent le long de la plage, cherchant la protection du mur antichar en troncs de palmiers. La situation est plus favorable à l’est de la jetée, sur Red Beach 3, où les Marines sont appuyés efficacement par deux destroyers et parviennent à dépasser la plage et tentent de progresser vers l’intérieur de l’île.

Les défenses côtières japonaises furent difficiles à neutraliser

L’arrivée des vagues suivantes crée une extrême confusion en raison d’une marée moins importante que prévue, rendant impossible le passage du massif corallien par les LCVP. Le débarquement doit donc être effectué par les LVT survivants de la première vague, tandis que certaines unités décident de débarquer sur la barrière de corail et de poursuivre à pied en traversant plusieurs centaines de mètres dans l’eau sous le feu ennemi ! La plupart des Sherman M4 qui parviennent à débarquer sont mis hors de combat, à l’exception de deux engins. Les blindés sont toutefois un appoint non négligeable sur Red Beach 1 où les hommes du major Ryan parviennent à constituer en fin de journée une tête de pont de 500 mètres de long sur 150 mètres de large qu’ils sont obligés de réduire par crainte d’une contre-attaque. A 600 mètres de Red Beach 1, la tête de pont formée par les unités débarquées de part et d’autre de l’embarcadère sur Red Beach 2 et Red Beach 3 est plus importante mais reste toutefois précaire et peu profonde. Le général Julian Smith décide de faire intervenir un bataillon de réserve sur Red Beach 3 où la situation semble plus favorable. Les hommes sont débarqués loin de la côte, l’eau montant souvent jusqu’aux épaules et même au-dessus, et une véritable hécatombe s’abat sur l’infortuné bataillon qui est totalement désorganisé. Smith ne dispose alors plus que d’un bataillon d’infanterie de Marines en tout et pour tout, en sus des unités de support (artilleurs, génie, police militaire…), ce qui paraît bien peu… Les pertes sont lourdes : des centaines d’hommes et de nombreux LVT ont été victimes des tirs ennemis.

Shibasaki ne profite pas de l’opportunité qui s’offre à lui pour écraser les Américains dans une attaque nocturne qui se serait abattue sur un adversaire encore faiblement retranché dans des positions trop étroites : la nuit demeure calme.

L’enfer de Tarawa…

 

Le 21 novembre 1943, le dernier bataillon de réserve, du colonel Hall, débarque enfin sur Red Beach 2 avec pour mission essentiel d’assurer la liaison avec Red Beach 1 afin que le dispositif américain soit réuni dans une unique tête de pont. Le débarquement a lieu peu après 6h00 et un feu dévastateur s’abat sur les Marines qui ont 500 mètres à franchir dans l’eau avant de pouvoir affronter leurs tenaces adversaires. Le résultat est dramatique : l’unité est désorganisée et tout le matériel lourd est perdu.

Sur Red Beach 1, Ryan décide de porter son effort vers Green Beach, afin de faire tomber tout l’ouest de Bétio sous contrôle américain, assurant ainsi aux Marines des lignes de communications sûres avec la flotte, ce qui permettra aux unités de renforts d’être moins exposées aux tirs des Japonais. L’affaire est entendu en à peine plus d’une heure grâce au soutien précieux des destroyers US et de deux Sherman. Smith décide aussitôt de faire débarqué un régiment du 6th US Marine Regiment, régiment initialement destiné à l’invasion de Makin, puis détourné vers Bétio en raison de la situation.

Pendant ce temps, Shoup lance les Marines débarqués la veille sur Red Beach 2 en direction de l’aérodrome afin d’atteindre la côte sud située au-delà et de couper ainsi en deux le dispositif ennemi. Le combat est des plus acharné, chaque mètre devant être conquis de haute lutte en utilisant massivement la TNT et les lance-flammes contre les bunkers et les nids de mitrailleuses d’où les Japonais offrent une résistance efficace et coûteuse en vies humaines pour les Américains. En début d’après-midi, 180 hommes prennent position sur la côte sud de l’île sous le commandement du major Kyle. La position est des plus précaires car de solides positions japonaises contrôlent les flancs de la position tandis que les liaisons avec le reste des troupes américaines passent par la piste d’envol de l’aérodrome, où aucun abri n’est possible.

Les Marines débarqués sur Red Beach 3 ne progressent pas. Mais la situation générale semble désormais tourner en la faveur des Américains dont les têtes de pont sont solidement établies tandis que leurs adversaires japonais sont fractionnés en îlots de résistance peu coordonnés et, donc, à l’efficacité défensive amoindrie.

 

 

Le 22 novembre apporte enfin la victoire aux Marines. Le colonel Shoup mène ses troupes à l’assaut des défenses japonaises après que celles-ci aient subi un bombardement en règle de la flotte américaine et de l’aviation embarquée. Toute la partie occidentale de l’île tombe aux mains des Américains, à l’exception de quelques points de résistance. Les blindés sont d’un appoint efficace en soutien des attaques contre les bunkers japonais tandis que les fantassins américains empêchent par leurs tirs l’approche des soldats ennemis vers les chars. L’avance des unités débarquées sur Red 3 est enfin satisfaisante et les défenses japonaises qui leur ont causé tant de souci sont neutralisées à grand renfort de grenades, mitrailleuses et lance-flammes et grâce au précieux soutien des blindés et des mortiers. Le soir venu, grâce à l’intervention des blindés et des hommes du 6th US Marine Regiment, les Japonais sont confinés dans l’extrémité orientale de Bétio. La victoire ne fait plus aucun doute.

 

En fin d’après-midi, les Américains repoussent de premières contre-attaques suicides (ou attaques Banzaï) de faible ampleur. A 4 heures du matin, l’attaque Banzaï japonaise principale est déclenchée après une redoublement des tirs d’artillerie et de mitrailleuse. Le feu des Marines et de la Marine américaine s’abat sur l’attaque de la dernière chance des Japonais qui est finalement repoussée à la suite d’une lutte âpre et sanglante.

Peu de prisonniers, et avant tout des Coréens…

Le quatrième jour de combat doit voir la fin de la bataille. L’assaut final est confié aux Marines du lieutenant-colonel Mac Leod. L’avance débute à 8h00 et elle est irrésistible et assez rapide puisqu’à 13h00 les Marines atteignent l’extrémité de l’île : ils ne déplorent que 9 morts dans leurs rangs. Au même moment, les derniers défenseurs japonais du bastion situé entre Red 1 et Red 2 sont capturés ou tués. Certains japonais isolés causeront encore des victimes durant quelques jours, mais la victoire est enfin acquise.

Pour la plupart des Japonais: la mort au combat ou le suicide…

L’après-midi même de la victoire, l’amiral Hill débarque sur Bétio. La conquête de l’île a coûté 3 300 hommes aux Américains, dont environ 1 000 morts et disparus, ce qui représente des pertes considérables pour 4 jours de combats sur un espace aussi réduit. Les Japonais ont encore plus souffert puisqu’à peine 146 ont survécu, dont 129 travailleurs coréens : plus de 4 500 ont péri ! Pour les Américains, tout ceci augure mal de l’âpreté au combat des soldats nippons et du coût extrêmement élevé que va représenter chaque assaut contre les îles fortifiées sur la route qui mène au Japon : le soldat japonais se bat avec ténacité jusqu’au bout et n’envisage en aucune manière la reddition. L’opinion publique américaine n’est pas vraiment préparée à accepter la mort de 1 000 de ses compatriotes pour un îlot de sable dans le Pacifique… Comme à Guadalcanal, le Corps des Marines a cependant encore une fois prouvé sa valeur et les stratèges et les tacticiens de l’armée américaine vont tirer le plus possible de leçons de cette terrible bataille.

 

 

 

 

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