Guerre du Pacifique/Pacific War (30/43): Mariannes

BATAILLE AERONAVALE AU LARGE DES MARIANNES, JUIN-SEPTEMBRE 1944

 

      

Comme aux Marshall, les bases nipponnes des Mariannes sont soumises aux opérations de bombardements de la flotte américaine, dont la puissance et les moyens semblent condamner leurs adversaires à subir sans pouvoir réagir avec efficacité. Pendant que Mac-Arthur entreprend la reconquête de la Nouvelle-Guinée en vue de lancer son offensive finale contre les Philippines, un deuxième axe de progression est suivi par les forces américaines placées sous les ordres de l’amiral Nimitz dans le Pacifique central. Le nouvel objectif de Nimitz est l’archipel des Mariannes. Tenir les îles Mariannes est en effet un tremplin à la fois en direction des Philippines, via les Palau, et surtout en direction du Japon, via les îles Bonin. Entre mars et juin 1944, les Américains se préparent donc à envahir les Mariannes. Si la perte des Gilbert et des Marshall est acceptable à la rigueur par le haut-commandement japonais, il s’avère en revanche indispensable de tenir les Mariannes, placées sur la ligne de défense principale du Japon. L’amirauté nipponne est donc déterminée à livrer une bataille navale décisive dans l’archipel des Mariannes, bataille qui décidera en fait de l’issue de la guerre du Pacifique.

Chester Nimitz

L’attaque sur Saipan prend en fait au dépourvu l’état-major impérial. Le commandement japonais s’attendait en effet à une offensive américaine beaucoup plus au sud. Toutefois, comme prévu, l’amiral Toyoda Soemu voit dans l’attaque américaine une opportunité à saisir pour infliger une grave défaite à l’US Navy et retourner ainsi le cours de la guerre du Pacifique qui penche alors nettement en faveur des Alliés. L’ordre d’attaque est donné le 15 juin, dès l’annonce faite des débarquements américains. A ce stade de la guerre, l’équilibre des forces en mer penche nettement en faveur des Américains mais la flotte de l’amiral Ozawa est toutefois puissante et rassemble le meilleur de la marine impériale. Ozawa dispose en effet de pas moins de 6 grands porte-avions, 3 porte-avions légers, 5 cuirassés et 43 navires de guerre. Les avions embarqués à bord des porte-avions ne sont qu’au nombre de 432, soit 222 chasseurs et environ 200 bombardiers en piqué et avions lance-torpilles. La qualité des équipages est toutefois à caution, les pertes en pilotes expérimentés étant lourdes depuis le début du conflit. Mais Ozawa peut en théorie compter sur le soutien de 300 appareils de différentes escadrilles basées sur les îles environnantes.

Dans le camp américain, Spruance va engager des moyens considérables au sein de la 5th Fleet : 7 grands porte-avions, 8 porte-avions légers, 7 cuirassés modernes et 8 anciens, 14 croiseurs, 82 destroyers, 28 sous-marins et 936 appareils de l’aviation embarquée de la Task Force 58 de Mitscher (soit environ 500 chasseurs et 400 bombardiers). La première passe d’arme est lancée par Ozawa le 19 juin. Ozawa espère prendre la flotte américaine en tenaille entre son aviation embarquée et les escadrilles basées dans les Mariannes. Mais les Américains éventent le piège. 373 appareils nippons sont lancés contre la TF 58. La chasse américaine n’a toutefois aucune difficulté à repousser les courageuses attaques des pilotes japonais et les vagues d’attaques sont littéralement hachées par les américains dans ce qui sera surnommé le « tir au pigeons des Mariannes ». A peine 130 avions japonais parviendront à revenir sur les bases terrestres ou sur les porte-avions. Les Américains ne déplorent que la perte de 29 appareils. Entre-temps, les sous-marins américains enregistrent de spectaculaires succès puisqu’ils coulent deux porte-avions, dont le vénérable Shokaku, vétéran de Pearl Harbor ! Le sacrifice du pilote japonais qui s’écrase avec son appareil sur une torpille lancée contre le Taiho n’empêche pas celui-ci d’être gravement atteint par les autres torpilles. La riposte américaine engage 216 avions. Les raids aériens américains parviennent à ne couler que le porte-avions Hiyo et deux précieux tankers mais les dernières escadrilles japonaises sont laminées pour la perte de seulement 20 avions américains. Mitscher a cependant envoyé ses escadrilles à la limite de leur rayon d’action en connaissance de cause. Au retour, les escadrilles américaines sont à court de carburant et 80 appareils s’abîment ainsi en mer ou sur les ponts d’envol à la nuit tombée. Sachant les pilotes incapables de repérer la position des porte-avions la nuit, Mitscher a pourtant ordonné d’allumer des projecteurs et de tirer des fusées éclairantes, au risque d’attirer l’attention de sous-marins japonais. Toutefois, les pertes humaines restent raisonnables puisqu’elles ne se montent qu’à 49 morts, dont 16 pilotes. La bataille laisse pourtant un goût d’amertume aux Américains car les restes de la flotte japonaise s’échappent.

 

L’aviation embarquée américaine déplore la perte de 123 appareils, la plupart des hommes d’équipage ayant été sauvé par l’US Navy. Les Japonais ont perdu de leur côté 3 précieux porte-avions et environ 600 appareils, soit 400 de l’aviation embarquée et 200 des bases terrestres. La bataille de la mer des Philippines s’achève donc par un véritable désastre pour la marine impériale. Cette défaite signifie également celle de Saito à Saipan et des forces nipponnes dans les autres îles des Mariannes puisqu’il est désormais impossible aux Japonais de ravitailler et de renforcer les garnisons. En outre, il est désormais clair que l’US Navy a définitivement pris l’ascendant sur la flotte japonaise qui ne se remettra jamais de cette défaite cinglante. Les précieuses unités préservées depuis Guadalcanal ont été envoyées par le fond ! Sur terre, la victoire américaine est acquise à Saipan le 9 juillet. Près de 30 000 soldats japonais sont morts, ainsi que des milliers de civils qui préfèrent se donner la mort plutôt que de tomber vivants entre les mains des Américains, que la propagande nipponne présente comme des monstres.

La défaite de Saipan entraîne la chute du gouvernement d’Hideki Tojo, qui perd également ainsi la direction de l’armée impériale japonaise. Saipan va constituer une étape importante de la reconquête. Les Américains s’empressent d’y réaliser une base qui sert à la conquête de l’ensemble de l’archipel et pour l’assaut sur les Philippines. Bien plus, les bombardiers qui y sont désormais basés vont pouvoir y opérer en direction à la fois des Philippines, des îles Ryuku ainsi que du Japon.

 

Fin juillet, la conquête des Mariannes se poursuit avec l’offensive sur Tinian. Les débarquements sont précédés de trois jours de bombardements, notamment au napalm qui est utilisé pour la première fois de la guerre du Pacifique (il est utilisé au cours de la même période pour la première fois en Normandie). 15 000 Marines sont engagés dans ce qui représente l’ultime bataille pour la prise de l’archipel. Après une semaine de lutte, tout est enfin terminé. 5 000 Japonais sont morts pour la défense de l’île. Dans le camp américain, 389 hommes ont effectué le sacrifice suprême pour s’emparer de Tinian.

 

Le 10 août 1944, les Américains marquent un nouveau point en s’emparant de Guam, une reconquête symbolique menée par 55 000 soldats américains qui effacent ainsi la défaite de décembre 1941 en reprenant à l’ennemi un territoire américain. La lutte est nettement plus sanglante qu’en 1941 puisque seuls 1 500 Japonais sont capturés à l’issue de la terrible bataille, sur une garnison qui comptait 20 000 hommes.

  

Peleliu

Le mois suivant, une terrible bataille s’engage pour la prise des Palau. Cet archipel, situés entre les Carolines et les Philippines, va constituer une bien amère expérience pour le corps des Marines. Il s’agit du dernier groupe d’îles dont les Américains ont prévu de se rendre maîtres avant l’étape suivante, à savoir l’invasion des Philippines par Mac-Arthur. En dépit de la destruction de la flotte nipponne d’Ozawa, l’opération est maintenue. La bataille pour Peleliu, la principale île de l’archipel, coûte 1 000 morts et 5 000 blessés à la 1st Marine Division du 15 au 30 septembre. Après ce sanglant succès, Nimitz peut se préparer aux opérations futures en direction des Bonin tandis que Mac-Arthur est désormais en mesure de s’attaquer à la reconquête des Philippines, deux ans et demi son départ précipité de Bataan.

 

LA LOGISTIQUE ALLIEE DANS LE PACIFIQUE

 

L’imposante flotte de l’US Navy aurait été impotente sans l’incroyable logistique mise à son service

Dans le Pacifique, le transport et l’approvisionnement des forces gigantesques engagées par les alliés est un cauchemar logistique. Toutes les fournitures doivent être acheminées par mer entre les Etats-Unis et les théâtres du Pacifique. Les distances sont énormes : 7 000 milles de San Francisco à Brisbane en Australie, plus de 6 000 milles de San Francisco à la Nouvelle-calédonie, 1 500 milles de Brisbane à Guadalcanal… Par ailleurs, en dehors de Hawaï, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, les installations portuaires sont rudimentaires, voire inexistantes. L’avance rapide des forces alliées provoque ainsi des crises logistiques devant la pénurie de cargos, d’autant que les quais en eaux profondes sont parfois inexistants et le matériel et le ravitaillement à bord des navires doivent être débarqués en utilisant des chalands. La construction de bases est donc essentielle et les unités de génie s’avèrent indispensables pour construire ces bases dans les territoires nouvellement conquis, afin d’assurer l’étape suivante de l’avancée. Mais la pénurie de telles unités est toujours endémique en raison de la propension des commandants alliés à donner la priorité aux unités combattantes. En conséquence, des unités combattantes sont affectées à des travaux de construction. Dans le Pacifique central, le problème n’est pas seulement la construction de bases aériennes : il faut ravitailler l’imposante flotte américaine. A cette fin, Nimitz crée des bases flottantes mobiles, composées de ravitailleurs, navires-ateliers, docks flottants, bateaux entrepôts…Ces bases mobiles, à l’abri des sous-marins dans une lagune, assurent la maintenance de la flotte tandis que des péniches escortées par des destroyers amènent vivres et munitions jusqu’à la zone de combat. En outre, afin d’assurer le ravitaillement en carburant de la flotte, des bases de ravitaillement itinérantes, composées de 2 ou 3 pétroliers géants sous escorte, gagnent des « zones de ravitaillements », vastes rectangles d’océan, où la flotte vient se ravitailler pendant que l’ensemble file de 8 à 12 nœuds. L’énormité des distances exige toutefois une planification ardue, les fournitures et le matériel devant être expédiés des Etats-Unis des mois à l’avance.

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