Guerre du Pacifique/Pacific War (31/43): Saipan

SAIPAN : UNE ÎLE POUR BOMBARDER LE JAPON,

15 JUIN-9 JUILLET 1944

La bataille de Saipan va opposer les Marines et les GI’s à la garnison japonaise pendant trois semaines de combats très disputés et particulièrement meurtriers. Au total, la campagne va impliquer 71 000 Marines et GI’s sous le commandement du général Holland-Smith. En face, la garnison japonaise du général Saito se monte à 31 000 hommes. Les défenses de l’île sont toutefois inachevées. En effet, les travaux n’ont débuté que fort tardivement et une partie du matériel a été perdu en mer, sous les coups des sous-marins américains. Holland-Smith prévoit de débarquer dans la région de Charan Koa sur une largeur de 3 kilomètres. Pour gagner les Japonais de vitesse, les amtracks qui transportent les premières vagues, escortés par des tracteurs amphibies armés d’un canons de 75 mm et d’une mitrailleuse, doivent amener les combattants jusqu’aux premières collines. Le bombardement systématique et en règle de l’île de Saipan débute le 13 juin 1944. La marine est engagée en force dans cette opération puisque ce ne sont pas moins de 165 000 obus qui sont déversées sur les défenses japonaises par 25 grosses unités navales. Toutefois, la crainte des mines et le manque d’expérience des équipages en matière de tirs à courte distance ont poussé les 7 cuirassés modernes et rapides engagés le premier jour à ouvrir le feu à au moins 10 kilomètres de la côte. Habitués à tirer sur des objectifs en mer, la marine privilégie les objectifs de grande taille, au détriment des défenses. Le lendemain, le relais est pris par les 8 cuirassés anciens et 11 croiseurs de l’unité de l’amiral Oldendorf. Ces navires choisissent leurs objectifs avec plus d’acuité mais le temps et les munitions leur feront défaut. L’aviation ne se montre guère efficace non plus, mis à part la mise à l’écart des escadrilles nipponnes et la destruction des aérodromes. Au cours de la bataille, le tir de ces unités navales sera dirigé avec brio depuis la côte par les unités de communications américaines composés d’Indiens Navajos, dont la langue est bien sûr incompréhensible aux Japonais.

Les opérations de débarquement débutent le 15 juin 1944 à 7h. La première vague compte 8 000 Marines, qui montent à l’assaut à bord de plus de 700 LVT. Le débarquement est ainsi opéré à 9h en à peine vingt minutes sur la côte occidentale de l’île. L’opération amphibie n’est cependant pas une sinécure et l’arrivée à terre est loin de se dérouler sans encombre. Les pièces d’artillerie japonaise s’avèrent en effet très précises dans leur tir grâce à un plan de feu remarquablement préparé, s’appuyant notamment sur un système de drapeaux indiquant la distance des cibles dans la baie. Très vite, 20 LVT sont détruits. Les amtracks ne sont en effet pas blindés et les LVTA, qui emporte une pièce de 75 mm, n’ont qu’un bien mince blindage. En fait, les tirs japonais commencent dès que les premières vagues quittent la ligne de départ. Dès que la barrière de récifs est franchie et que les Américains sont dans la lagune, les défenses japonaises fournissent un feu nourri et dévastateur.

Les canons, les mortiers et les mitrailleuses abattent un feu d’enfer sur les Marines. Incontestablement, l’utilisation de tracteurs amphibies a sauvé de nombreuses vies humaines et éviter les lourdes pertes encourues à Tarawa six mois plus tôt quand les Marines ont dû parcourir une longue distance dans l’eau. Toutefois, la défense nipponne n’est pas en mesure de s’opposer efficacement au déferlement des Marines. Certes, la 2nd Marine Division débarque dans le désordre sous les effets conjugués des courants et des tirs ennemis, mais elle n’est pas rejetée à la mer. Tant est si bien que, à la nuit tombée, les 2nd et 4th Marine Divisions se sont assurées une tête de pont d’une largeur confortable de 10 kilomètres mais d’un seul kilomètre de profondeur. 20 000 Américains sont alors à terre, avec sept bataillons d’artillerie et deux de blindés. Les tentatives de contre-attaques nocturnes menées par les Japonais cette première nuit s’avèrent infructueuses et particulièrement coûteuses en hommes pour les forces de Saito. L’US Navy soutien à cette occasion efficacement les troupes à terre en illuminant les assaillants de leurs projecteurs et en pulvérisant les blindés légers japonais.

L’échec japonais dans la bataille aéronavale de la mer des Philippines et l’impossibilité donnée à Saito d’être ravitaillé signifient que la cause est sans espoir pour la garnison nipponne de Saipan. Toutefois, les défenseurs de l’île sont déterminés à se battre jusqu’au dernier homme. Le 16 juin, des unités de l’armée de terre américaine débarquent à leur tour, en l’occurrence la 27th Infantry Division. Le lendemain, les Marines repoussent une nouvelle attaque nipponne menée avec le soutien de 40 chars. L’engagement de l’armée de terre dans la bataille au côté des Marines sera d’ailleurs à l’origine de tensions entre les deux corps lorsque le général Holland-Smith relèvera de son commandement le général Ralph C. Smith. Les GI’s progressent en direction de l’aérodrome d’Aslito, dont ils s’emparent le 18 juin, après avoir affronté une deuxième contre-attaque nocturne japonaise qui s’avère être un nouvel échec pour Saito.

 

Au nord de Saipan, ce dernier dispose ses troupes sur des positions défensives prenant le parti du terrain accidenté du centre de l’île, en s’appuyant notamment sur le mont Tapotchau. La bataille est acharnée comme bien souvent au cours de la guerre du Pacifique et les surnoms que les combattants américains donnent aux différentes zones de combats sont bien révélateurs à cet égard. C’est ainsi que Saipan compte une «Vallée de la Mort », « Une Poche de l’Enfer » et une « Crète de la Purple Heart », en référence à la fameuse décoration militaire américaine.

Les Japonais mettent à profit les nombreuses grottes de cette île volcanique pour s’y dissimuler le jour et contre-attaquer la nuit. Pour parer à cette menace, les Américains n’hésitent pas à faire un usage croissant des lance-flammes pour nettoyer les différentes grottes. Des équipes de lance-flammes s’approchent ainsi des positions japonaises sous le couvert de l’artillerie et du tir des mitrailleuses et réduisent à néant les défenses ennemies une à une. La 2nd Marine Division attaque à gauche de la ligne de défense principale ennemie tandis que la 4th Marine Division opère à l’est. Pendant ce temps, les GI’s de la 27th ID réduisent la poche de résistance de la péninsule de Nafutan, au sud de l’île, avant d’être engagée au centre du dispositif des Marines. L’attaque principale débute le 22 juin. Tandis que la 2nd Marine Division peine devant le mont Tapotchau, la 27th ID affronte l’adversaire sur un terrain particulièrement difficile mais vient à bout des terribles défenses de la « Vallée de la Mort » et établit sa jonction avec les Marines.

Le front gagnant en étroitesse, la 2nd Marine Division est mise en réserve. La 27th ID prend alors en charge les opérations sur la côte ouest et la 4th Marine Division poursuit son avance au centre et au long de la côte est. Au 7 juillet, les Japonais n’ont plus d’espace de manœuvre et ne peuvent plus retraiter. Saito ordonne alors aux 3 000 hommes encore aptes au combat dont il dispose de lancer une charge Banzaï suicidaire, avant de se donner lui-même la mort. Les assaillants ne sont parfois armés que de grenades ou d’une simple baïonnette fixée au bout d’un long bâton de bois ! Les Japonais parviennent à profiter d’une brèche pour écraser deux bataillons du 105th Infantry Regiment pour ensuite s’attaquer à des positions d’artillerie des Marines, obligés de se défendre à l’arme individuelle après avoir pilonné les attaquants. Holland- Smith s’insurge à nouveau à l’endroit de la 27th ID et jure de ne plus jamais employer l’unité. De leur côté, les généraux de l’armée de terre sont bien décidés à ne plus jamais servir sous ses ordres ! Le 9 juillet, la bataille pour Saipan est arrivée à son terme. L’hécatombe n’est pourtant pas terminée. Le spectacle qui attend encore les Américains est particulièrement horrifiant. En effet, ils vont assister impuissant au suicide de centaines de civils qui se jettent du haut des falaises surplombant l’océan, parfois par familles entières.

D’autres encore sont tués dans les grottes en même temps que les soldats qui refusent la reddition. Ce comportement inouï prend sa source dans la propagande nipponne qui n’a eu de cesse de présenter les soldats américains en barbares cruels. Les efforts déployés par les soldats américains pour leur faire entendre raison restent en général futiles. Des interprètes et des prisonniers japonais munis de haut-parleurs essayent en vain de les persuader de se rendre. Certains y parviennent toutefois avec succès, comme le soldat Guy Gabaldon, élevé par des Américains d’origine japonaise. C’est ainsi que 921 soldats japonais seront capturés, un chiffre élevé pour la guerre du Pacifique, tandis que 24 000 seront tués au combat et 5 000 se sont suicidés. En outre, pas moins de 8 000 non-combattants se sont suicidés. Les pertes américaines ne sont pas négligeables non plus puisque les Américains déplorent 3 426 tués et 13 160 blessés. Si la bataille est finie en juillet 1944, un petit groupe de 47 hommes menés par le capitaine Sakeo Oba réussit à se maintenir dans les montagnes jusqu’au 1er décembre 1945, date à laquelle il consent enfin à la reddition.

La prise de Saipan va permettre le bombardement stratégique du Japon avec des superforteresses B-29, qui ne pouvaient alors opérer que depuis la Chine

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