Guerre du Pacifique/Pacific War (34/44): Introduction Partie IV

Introduction Partie IV

  

L’année 1944 voit se poursuivre l’avancée victorieuse des forces américaines amorcée définitivement à partir de la victoire de Guadalcanal. Après les succès obtenus par MacArthur en Nouvelle-Guinée, les Philippines sont désormais à portée de main alors que la reconquête du Pacifique central opérée par Nimitz jusqu’aux Mariannes et aux Palau menace directement le Japon, tout en infligeant des pertes irrémédiables aux forces navales et aériennes nipponnes désormais définitivement surclassées par leurs adversaires. Bien plus, les garnisons japonaises isolées de Rabaul et de Truk n’ont désormais aucune incidence sur le cours du conflit. L’ultime offensive Ichi-Go menée en Chine n’aboutit qu’à la neutralisation temporaire des forces aériennes stratégiques américaines basées en Chine au détriment du renforcement de fronts bien plus essentiels à la stratégie défensive du Japon. La bataille du Pacifique de l’automne 1944 à l’été 1945 est une bataille sans espoir pour le Japon. Les forces japonaises se battent avec l’énergie du désespoir avec le secret espoir que les pertes endurées par les Alliés vont décourager l’invasion de l’archipel japonais. Les soldats nippons sont prêts au sacrifice suprême, à la condition qu’il soit garant de la victoire finale. Pourtant, la fin de l’année 1944 et le premier semestre 1945 est désastreux pour le Japon. Aux Philippines, le coup de grâce est infligé à la flotte impériale par une US Navy surpuissante. En Birmanie, l’armée britannique inflige une défaite cinglante à l’armée nipponne. Lorsque la guerre s’arrête, les possessions japonaises en Chine, en Indonésie, en Thaïlande et en Malaisie sont menacées de s’effondrer lorsque les alliés reprendront l’offensive. Ces territoires sont cependant jugés de moindre importance par le haut-commandement japonais, en dépit de leurs ressources économiques qui ne parviennent toutefois plus dans l’archipel nippon. L’anneau défensif du Japon est pourtant également enfoncé dans le Pacifique à Iwo Jima puis à Okinawa en 1945. Les féroces combats livrés par les Américains pour la conquête de ses îles augurent mal de l’invasion du Japon, que les stratèges et les soldats américains redoutent avec raison. La ténacité et l’esprit de sacrifice du combattant japonais sont singulièrement effroyables pour les Alliés. L’illustration ultime de combat jusqu’à la mort pour l’honneur et la défense de la patrie est représentée avec le plus d’acuité par l’engagement des formations de kamikaze, unités d’avions-suicide qui doivent envoyer par le fond la flotte américaine. Dès lors, l’idée d’employer l’arme atomique, désormais disponible à l’été 1945, a fait son chemin. Pourtant, l’économie japonaise souffre considérablement des coups portés à sa flotte marchande par les sous-marins de l’US Navy. En outre, depuis le premier semestre 1944, les superfortresses B-29 opèrent les premiers bombardements stratégiques de grande ampleur à partir de bases en Chine, puis aux îles Mariannes plus proches du Japon. Les raids massifs et l’emploi de bombes incendiaires permettent une efficacité accrue des bombardements. Le potentiel industriel japonais est réduit de 60 à 85%. Les pertes civiles japonaises sont effroyables et le moral de la population nipponne s’en ressent. Dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, Tokyo subit un raid particulièrement dévastateur au cours duquel périssent carbonisées pas moins de 85 000 personnes. Dans les jours qui suivent, les villes de Nagoya, Osaka et Kobè sont également réduites en cendres par de gigantesques incendies produits par des attaques à la bombe incendiaire. Les escadrilles américaines sont de plus nombreuses et les raids impliquent de plus en plus d’appareils : 300 début 1945, 1 000 au cours de l’été ! 10 millions de civils sont sans-abris et 680 000 vont mourir sous les bombardements. Ce même été 1945, alors que les villes sont ravagées par l’aviation stratégique, l’aviation tactique basée à Okinawa et l’US Navy pilonnent sans relâche les côtes nipponnes en vue de la préparation du débarquement à Kyushu. Une des dernières déconvenues de la guerre pour les Japonais est l’offensive menée par l’Armée Rouge en Mandchourie en 1945. Tout espoir de médiation russe s’envole et le traumatisme causé par les deux bombardements atomiques achève de convaincre les dirigeants japonais qu’il faut maintenant accepter l’inévitable et capituler. La présence de 3 millions de combattants fanatisés et de 15 000 kamikaze n’a pu que convaincre les dirigeants américains d’employer l’arme atomique. Pour Truman, il importe avant tout d’en finir avec cette horrible guerre et d’épargner le sang des soldats américains, qui seraient des dizaines de milliers à périr pour l’invasion du Japon. En outre, il importe aussi aux Etats-Unis d’impressionner Staline. Mais la question de la nécessité des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki reste posée en raison des évidentes tentatives japonaises de règlement du conflit par voie diplomatique, sans parler de l’état calamiteux de l’économie japonaise.

Comme l’avait prophétisé l’amiral Yamamoto, la puissance industrielle des Etats-Unis s’est avérée être le facteur décisif. En avril 1944, l’amiral Spruance dispose de 19 porte-avions et de 900 appareils. En 1945, l’US Navy compte 3,4 millions d’hommes, dont 1,6 millions servant à bord de navires ! Les chantiers navals permettent en effet aux Américains non seulement de remplacer les pertes au combat, mais ils leur permettent de se doter de flottes aux effectifs défiant toute imagination. Les chiffres de la construction de bâtiments de guerre aux USA sont ahurissant : entre 1939 et 1945, 27 grands porte-avions sont livrés à l’US Navy, ainsi que 10 cuirassés ou croiseurs lourds, 33 croiseurs, 352 destroyers et 203 sous-marins. Les porte-avions d’escorte sont aussi livrés en masse puisque les arsenaux Kaiser et Todd en construisent 106 ! De son côté, le Japon n’est en mesure de fournir à la flotte impérial que 12 porte-avions, 1 cuirassé, 18 croiseurs, 24 destroyers et tout de même 130 sous-marins, dont l’emploi sera pourtant peu couronné de succès, puisque utilisés uniquement contre les navires de guerre ennemis. Un autre facteur d’affaiblissement progressif et constant de la puissance de l’armée nipponne est le manque cruel de pilotes expérimentés, en raison d’un fort taux d’attrition et du fait d’une formation de plus en plus écourtée. Bien plus, la nouvelle génération de chasseurs américains surclasse la plupart des appareils nippons.

 

Les pertes des forces armées japonaises entre décembre 1941 et septembre 1945 se montent à 1 700 000 morts. Un chiffre très élevé qui montre le caractère indubitablement fanatique du combattant nippon et le manque de sens tactique de certaines méthodes de combat, comme les charges banzaï. Ces pertes élevées illustrent également indubitablement la puissance de feu et l’écrasante supériorité en hommes et en matériel dont disposent les Alliés dans les phases finales de la guerre. De leur côté, les Américains n’ont pas eu plus de 80 000 tués dans le Pacifique (sur 291 000 soldats tués au combat et 114 000 morts pour autres causes pendant le conflit). L’US Army y déplore la perte de 160 454 hommes, dont 28 880 tués, sans compter les 4 458 hommes tombés en Chine, en Birmanie et aux Indes. L’USMC compte moins de 20 000 morts au combat ou de maladie. Quant aux Britanniques, seuls 7 000 métropolitains sont morts en Birmanie, 2 600 autres combattants étant portés disparus. Au total, l’empire britannique -métropole, dominions et colonies- accuse la perte d’au moins 350 000 morts pendant la Seconde Guerre Mondiale, la plupart étant tombés contre les Germano-Italiens. Les pertes civiles et militaires chinoises, très difficiles à chiffrer, se montent à plusieurs millions. Si l’Europe est le continent le plus ravagé par le conflit et celui qui compte la plus grande partie des 52 millions de morts de la Seconde Guerre Mondiale, l’Asie et le Pacifique n’ont pas été épargnés par la guerre et son cortège d’horreurs et de destruction.

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