Guerre du Pacifique/Pacific War (35/44):retour de MacArthur aux Philippines (44-45)

LE RETOUR DE MAC-ARTHUR AUX PHILIPPINES :

20 OCTOBRE 1944-2 SEPTEMBRE 1945

 

Le 20 octobre, la 6th US Army du général Krueger débarque sur Leyte et établit des têtes de pont. Le général Mac-Arthur tient enfin sa promesse, faite en 1942 au moment de l’invasion japonaise, de revenir aux Philippines. Depuis l’été 1944 et l’irruption de ses forces à l’extrémité ouest de la Nouvelle-Guinée, Mac-Arthur n’est plus distant que de 500 kilomètres de Mindanao, l’île la plus méridionale de l’archipel philippin. Celui-ci subit déjà les incursions aériennes menées à partir des porte-avions américains. En septembre et en octobre, les porte-avions de la 3rd Fleet de l’amiral Halsey (en fait les mêmes unités que la 5th Fleet de Spruance mais les deux états-majors permutent le commandement pendant que l’autre prépare l’opération suivante !) saignent à blanc les escadrilles japonaises basées aux Philippines, à Formose et à Okinawa. Les Américains perdent moins de 100 avions contre 500 pour les Japonais. La prise des Palau par les forces de Nimitz en septembre 1944 marque le terme des opérations préliminaires au retour des Américains aux Philippines. La prise des Mariannes par Nimitz assure en outre la possibilité d’effectuer des bombardements stratégiques sur le Japon. Si la certitude de la victoire finale est désormais acquise dans le camp allié, le Japon ne montre aucun signe d’effondrement et dispose de ressources militaires encore redoutables. Les combats seront donc à n’en point douter encore acharnés et meurtriers. Toutefois, la discussion sur l’opportunité de s’attaquer aux Philippines comme le souhaite Mac-Arthur plutôt qu’à Formose comme le suggère l’amiral King. Toutefois, les forces nécessaires à la prise de Formose dépassent les possibilités. La guerre se poursuit en effet en Europe et la contre-offensive nipponne en Chine, l’opération Ichi-Go, a permis aux Japonais de s’emparer de la plupart des bases en Chine orientale. La prise d’un port en Chine méridionale apparaît donc hors de propos, d’autant que les forces de bombardement stratégiques considèrent les Mariannes comme leur principale base.

Le 20 octobre, les Américains effectuent donc leur retour aux Philippines, en l’occurrence sur le rivage est de Leyte, au nord de Mindanao. 730 navires et 160 000 combattants sont partis de Hollandia et de Manus, dans les îles de l’Amirauté. Le jour même, Mac-Arthur débarque lui-même de façon fort médiatisée, tenant ainsi sa promesse souvent réitérée de revenir aux Philippines. La stratégie japonaise se base alors sur une évaluation erronée des forces en présence et de la puissance américaine. Les amiraux japonais sont en effet convaincus de pouvoir anéantir la flotte américaine au large des Philippines avant d’annihiler la 6th US Army imprudemment débarquée et laissée à elle-même. En fait, la grande bataille navale livrée du 23 au 26 octobre dans le golfe de Leyte s’achève par une victoire retentissante de l’US Navy et élimine en fait les restes de la marine impériale nipponne. Toutefois, les Américains découvrent une nouvelle arme japonaise destinée à prendre de l’ampleur : les attaques suicides des kamikaze L’armée de terre japonaise est donc contrainte de renforcer ses positions à Leyte en débarquant des troupes dans la baie d’Ormoc, sur le rivage ouest de Leyte. C’est ainsi que les défenseurs présents sur l’île, 20 000 hommes commandé par le général Suzuki le 20 octobre, sont bientôt au nombre de 55 000 le 15 novembre, renforcés par 10 000 autres combattants en décembre. Toutefois, un convoi de renfort de 10 000 hommes est envoyé par le fond.

  

L’avance de la 6th US Army est cependant inexorable en dépit des pluies interminables et de la difficulté du terrain. Des troupes américaines occupent également l’île de Samar. Sur Leyte, les Japonais contre-attaquent en vain en engageant des parachutistes pour reprendre les aérodromes de l’île. Le 7 décembre, un nouveau débarquement américain est effectué à Leyte, dans la baie d’Ormoc, coupant ainsi définitivement la voie d’approvisionnement des troupes japonaises sur l’île. Si les combats s’éternisent encore pendant des mois sur Leyte, l’armée américaine contrôle l’île de Leyte. Les Américains ont perdu 3 500 tués et 12 000 blessés contre 49 000 tués japonais.

Le 15 décembre 1944, les forces de Mac-Arthur débarquent sur l’île de Mindoro. La résistance est assez faible. Il ne s’agit en fait que d’une opération préliminaire à l’invasion de Luçon. Toutefois, les attaques suicides des kamikaze frappent quotidiennement la flotte américaine. 24 navires sont coulés et 67 endommagés. Le débarquement de la 6th US Army de Krueger sur Luçon est effectué le 9 janvier 1945, sur la côte ouest de l’île. En quelques jours, 175 000 hommes sont à terre. Krueger va disposer en tout de 10 divisons et de 5 régiments indépendants pour la bataille de Luçon, qui représentent donc la campagne la plus importante de la guerre du Pacifique en terme de troupes engagées à terre par les Etats-Unis. Bénéficiant d’un appui aérien massif, les troupes américaines progressent vers l’intérieur de l’île en repoussant les forces japonaises qui leur font face. En face, le général Yamashita. Fin janvier, les GI’s prennent l’aérodrome de Clark Field, situé à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Manille. Deux débarquements supplémentaires sont prévus avant de s’emparer de la ville. Le premier assaut amphibie est lancé pour couper la presqu’île de Bataan.

   

Le second, qui met en œuvre des parachutages, est effectué au sud de Manille. La jonction entre les deux têtes de pont est vite établie et les premières troupes américaines pénètrent dans la ville le 3 février 1945. La prise de Manille, défendue par les 16 000 hommes du contre-amiral Iwabachi, est sanglante. Cette ville de 800 000 habitants est l’une des plus grandes d’Asie du Sud-Est. Ses édifices publics édifiés en béton pour résister aux tremblements de terre et les anciens forts espagnols constituent des positions défensives excellentes. La résistance japonaise est acharnée et Manille n’est totalement libérée que le 3 mars. La bataille coûte finalement la vie à 100 000 civils philippins !endant ce temps, la péninsule de Bataan est à nouveau contrôlée par les troupes américaines. Le 16 février, un assaut aéroporté et amphibie est lancé sur Corregidor, qui tombe à son tour le 27 du mois. Le dernier point d’appui nippon qui résiste encore jusqu’au 13 avril est le fort Drum, une île fortifiée située dans la baie de Manille, près de Corregidor. Les Américains n’ont d’autre solution que d’y déverser des milliers de litres de diesel avant de faire exploser des charges explosives.

 

Alors que les combats se poursuivent sur Manille, Mac-Arthur ordonne au général Eichelberger de libérer les autres îles des Philippines avec sa 8th US Army. Le 28 février, c’est donc au tour de l’île de Palawan d’être la cible d’un débarquement américain. L’assaut est délivré dans le secteur de Puerto Princesa. Les Japonais ne font que peu d’efforts pour tenir Palawan, mais les combats durent tout de même jusqu’en avril, à la faveur de la tactique nipponne de repli dans la jungle où les unités se dispersent en sous-groupes difficiles à éliminer. Toutes ses opérations sont sans intérêt stratégique, puisque les Japonais ne peuvent plus faire parvenir le pétrole de Bornéo au Japon, et affectent la capacité offensive de Krueger. Toutefois, la cruauté des japonais à l’endroit des civils lors de la bataille pour Manille expliquent en partie cette nécessité de libérer rapidement l’ensemble de l’archipel.

Le 17 avril, la 8th US Army débarque à Mindanao. Mindanao est en fait la dernière grande île des Philippines encore sous contrôle japonais. La résistance est acharnée mais l’issue ne fait aucun doute. A la fin juin, les poches de résistances ne sont plus bien nombreuses, elles sont isolées et ne cessent de se réduire comme une peau de chagrin. Les combats contre les îlots de résistance sur Mindanao et Luçon se poursuivent toutefois jusqu’à la signature de la reddition inconditionnelle du Japon le 2 septembre 1945. Les combats pour le contrôle de la partie nord de Luçon sont particulièrement disputés.

Les assauts américains contre un ennemi retranché en terrain montagneux s’avèrent coûteux en vies humaines. Après le débarquement à Mindanao, les Américains s’emparent de Panay, Cebu, Negros et de diverses îles des Sulu où l’armée de l’air établit des bases aériennes pour les escadrilles des 5th et 13th USAAF. La campagne menée par Mac-Arthur dans le Pacifique du Sud-Ouest est donc un franc succès. Alors que la bataille fait rage à Okinawa, où sont engagés les Marines, Mac-Arthur et Nimitz doivent à présent préparer leurs plans pour le stade ultime de la guerre du Pacifique : l’invasion du Japon.

 

LES KAMIKAZES

Kamikaze signifie « vent divin » et fait référence aux typhons qui détruisirent au 13ème siècle la flotte d’invasion de l’empereur mongole Kubilaï Khan en route pour le Japon. Le suicide de pilotes est apparu en fait assez tôt, comme moyen de mourir noblement quand l’appareil était touché sans espoir de retourner à la base. Toutefois, le vice-amiral Onishi Takijiro est à l’origine de la formation des premières véritables unités d’avions-suicide. En effet, la supériorité américaine est telle qu’il importe de créer une nouvelle parade. Le seul espoir est selon lui de transformer des avions remplis d’explosifs en missiles prévus pour s’écraser sur les bâtiments ennemis. L’avantage de cette tactique révolutionnaire est que tout pilote, même inexpérimenté, est apte à mener une telle mission sur n’importe quel type d’appareil. En outre, les responsables japonais pensent galvaniser leurs troupes par l’exemple de ces sacrifices héroïques tout en sapant le moral américain par la même occasion. Par ailleurs, escortés par des chasseurs, les kamikaze sont très difficiles à abattre, à moins d’un coup au but de la DCA qui désintègre totalement l’appareil. L’esprit japonais, le Yamato-damashii, l’emporterait sur la puissance matérielle américaine. La bataille des Philippines à l’automne 1944 voit l’introduction de ces nouvelles méthodes de combat, non sans créer la consternation au sein de l’US Navy. Le phénomène prit une ampleur considérable à Okinawa, avec des vagues d’assaut massives attaquant de plusieurs côtés et de plusieurs altitudes. Au moment de la capitulation du Japon, plusieurs milliers sont prêts à s’écraser sur la flotte d’invasion américaine.

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