Guerre du Pacifique/Pacific War (36/44): bataille de Leyte (octobre 1944)

LE COUP DE GRÂCE DE LA MARINE IMPERIALE,

23-25 OCTOBRE 1944

 

La bataille du golfe de Leyte constitue le chant du cygne de la flotte impériale japonaise et voit pour la dernière fois les deux flottes ennemies s’affronter au cours d’un engagement majeur. En fait, les Américains ne pensent pas que la flotte japonaise se battra pour Leyte, car il serait plus intéressant pour les Japonais de s’attaquer à l’US Navy quand les opérations de débarquement viseront Luçon et Mindoro. En effet, la flotte américaine, alors en pleine mer de Chine méridionale, sera à portée des bases aériennes de Formose et d’Okinawa et aura celles d’Indochine et de Chine dans son dos. Aussi un affrontement naval pour Leyte est-il jugé hautement improbable. Au contraire, pour l’amiral Toyoda, commandant en chef de la flotte combinée nipponne, il est impératif de se battre pour Leyte. La marine impériale risque en effet d’être coupée de ses bases de ravitaillement si les Américains réussissent à prendre pied aux Philippines. Toyoda met au point le plan Sho qui lui permet d’utiliser le seul atout qui lui reste : ses cuirassés et ses croiseurs lourds. La flotte nipponne doit ainsi être partagée en quatre groupes qui convergeront en même temps sur les bâtiments de transports américains. La bataille du golfe de Leyte consiste en fait en quatre engagements distincts entre les deux flottes entre le 23 et le 25 octobre 1944. Les 3rd et 7th Fleets de l’US NAVY, commandées respectivement par les vice-amiraux Halsey et Kinkaid rassemblent des effectifs particulièrement impressionnants : 17 grands porte-avions, 18 porte-avions d’escorte, 12 cuirassés, 24 croiseurs, 141 destroyers et 1 500 avions embarqués. Les Japonais, placés sous le commandement de l’amiral Ozawa, ne peuvent aligner pour cette bataille décisive que 4 porte-avions, 9 cuirassés, 19 croiseurs, 34 destroyers et environ 200 appareils. Les unités de l’aviation embarquée nipponne ont en effet été sérieusement affaiblies en tentant bien imprudemment de s’opposer aux raids de Halsey sur les Philippines, Formose et Okinawa. En outre, les pilotes capables d’opérer à bord de porte-avions font défaut. La flotte japonaise est subdivisée en quatre sous-groupements pour la bataille. La force de Kurita consiste en 5 cuirassés, 12 croiseurs et 13 destroyers. La flotte de Nihimura dispose pour sa part de 2 cuirassés, d’1 croiseur et de 4 destroyers. Enfin, la flotte de l’amiral Ozawa rassemble 4 porte-avions, dont le Zuikaku-le dernier porte-avions survivant de l’attaque sur Pearl Harbor-, embarquant à peine 108 appareils, 3 croiseurs et 9 destroyers. Shima dispose quant à lui de 2 croiseurs et de 8 destroyers.

Le 23 octobre, les sous-marins américains Dace et Darter repèrent la flotte du détroit de San Bernardino de Kurita qui pénètre dans le détroit de Palawan. Les deux sous-marins coulent deux croiseurs japonais et endommagent un autre. En fait, le propre navire amiral de Kurita sombre et l’amiral est à l’eau, laissant les unités nipponnes dans le chaos pendant plusieurs heures. Toutefois, un sous-marin américain s’échoue et coule. Kurita monte alors à bord du super-cuirassé Yamato et ordonne à sa flotte de poursuivre la route en direction du golfe de Leyte. Le 24 octobre, Kurita entre dans la mer de Sibuyan, au nord-ouest de Leyte. Les Japonais sont alors la proie des attaques de l’aviation embarquée américaine et le Musashi est coulé. A l’issue de l’engagement, les pilotes américains sont persuadés que Kurita renonce et qu’il opère un mouvement de retraite. En fait, l’amiral japonais fait demi-tour pour traverser de nuit le détroit de San Bernardino, incroyablement laissé sans défense par Halsey, et il se trouve ainsi au large de Samar le lendemain matin. Kurita va-t-il détruire les transports de troupes américains ?

Pendant ce temps, l’aviation japonaise de Luçon attaque à la bombe et à la torpille le Task Group 3 de l’amiral Sherman. Les chasseurs Hellcat américains déciment les assaillants. David McCampbelle, pilote sur l’Essex, établit un record en abattant pas moins de 9 avions japonais ! Toutefois, le porte-avions USS Princeton est sévèrement touché et dû être sabordé après une forte explosion dans la soute à torpilles, alors qu’il est pris en remorque par le croiseur USS Birmingham.

 

Le deuxième engagement a lieu le 25 octobre au matin. La flotte de Nishimura se dirige en effet vers le détroit de Surigao depuis le sud. Ce faisant, il se heurte à un groupe de combat de la 7th Fleet. 6 cuirassés, 8 croiseurs, 28 destroyers et 39 vedettes lance-torpilles. Dans la bataille qui s’ensuit, les cuirassés Fuso et Yamashiro sont coulés et Nishimura perd lui-même la vie. Les rescapés de la flotte nipponne mettent alors cap à l’ouest. Le Yamashiro est le dernier cuirassé à en combattre un autre en mer et il est aussi l’un des rares cuirassé coulé par des navires de surfaces au cours du conflit. C’est alors que survient la flotte de Shima, qui ne peut que constater la défaite subie par Nishimura. Shima ne peut que se résoudre à ordonner une retraite. Mais, au cours des manœuvres pour virer de bord, deux de ses croiseurs se heurtent !

Le même jour, une bataille aéronavale oppose la flotte d’Ozawa aux porte-avions de Halsey. Celui-ci remporte une victoire éclatante puisque, à l’issue de l’engagement, quatre porte-avions japonais sont coulés. Au matin du 25, Ozawa envoie 75 appareils contre Halsey, mais la plupart sont abattus par les chasseurs américains d’escorte et les dommages infligés à la flotte sont minimes. La contre-attaque américaine implique de son côté 180 appareils. Les restes de la flotte d’Ozawa rompent alors le combat et rentrent au Japon. Toutefois, Ozawa a accompli sa mission : il a attiré vers lui les porte-avions de la 3rd Fleet. Les autres formations navales japonaises vont pourtant se montrer incapables d’anéantir les navires de transport et de débarquement américains…

 

Le dernier engagement de la bataille du golfe de Leyte implique à nouveau la flotte de Kurita. A ce moment-là, les porte-avions d’Halsey poursuivent Ozawa. Kurita n’a donc en face de lui que la Task Unit Taffy 3 du contre-amiral Clifton T. Sprague, composée de destroyers et de porte-avions d’escorte. L’amiral japonais décide donc de balayer avec ses cuirassés et ces croiseurs cette misérable flottille. Toutefois, les neuf destroyers et les avions américains s’opposent avec cran et ténacité à la flotte nipponne. Trois destroyers américains sont coulés et quatre sont endommagés. En fait, les destroyers et les porte-avions d’escorte s’attendent à une fin inexorable. Mais les attaques des avions embraqués et l’audace des destroyers réussissent à éviter le pire. Cette résistance inattendue et l’absence de messages en provenance d’Ozawa surprennent les Japonais de telle sorte que Kurita, se croyant engagé avec le gros de la flotte adverse, décide de renoncer. Les navires de Spague sont ainsi sauvés in extremis ! Les Japonais sont pourtant sur le point de l’emporter !

 

La bataille du golfe de Leyte n’est pourtant pas terminée puisque les Japonais disposent encore d’une arme nouvelle qu’ils n’ont pas encore engagé : les avions-suicides kamikaze. A l’origine, les kamikaze doivent être engagés avec les escadres de la flotte combinée. Dans les faits, ils n’interviennent en fait alors que l’engagement entre Kurita et les porte-avions d’escorte de Clifton T.Sprague tire à sa fin. Le porte-avions d’escorte USS St-Lô est ainsi percuté par un kamikaze, qui traverse son pont d’envol et provoque une énorme déflagration. Le bâtiment sombre en une demi-heure. Deux autres porte-avions d’escorte sont également touchés. L’introduction des kamikaze dans la guerre du pacifique est donc fracassante. Comme prévu par les Japonais, les unités suicides, créées par le vice-amiral Onishi, consternent les Américains. Cette nouvelle façon de faire la guerre va devenir terriblement familière aux équipages des navires américains dans les mois qui vont suivre.

La bataille du golfe de Leyte a coûté 3 500 hommes, 1 porte-avions, 2 porte-avions d’escorte et 3 destroyers aux Américains. Les pertes japonaises sont beaucoup plus lourdes puisqu’elles se chiffrent à 10 000 morts, 4 porte-avions, 3 cuirassés, 8 croiseurs et 12 destroyers. Cette bataille est la plus grande et l’ultime bataille navale de la guerre. Elle s’est soldée par une éclatante victoire américaine. Toutefois, le plan Sho a failli réussir : Ozawa a bien attiré les porte-avions d’Halsey vers le nord tandis que Kurita a été à deux doigts d’emporter la décision. Mais des renseignements erronés et une mauvaise analyse de la situation l’ont empêché de remporter un succès considérable.

 

 

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