Guerre du Pacifique/Pacific War (38/44): le mont Suribashi

LA BANNIERE ETOILEE FLOTTE SUR LE MONT SURIBASHI

                    

 

L’assaut du mont Suribashi s’achève par un événement dont l’image fera le tour du monde : les Marines plantent un drapeau américain sur le sommet du volcan. Toutefois, avant d’en arriver à ce dénouement emblématique de la victoire américaine, les Marines ont dû livrer une bataille féroce, confronté à une défense habilement articulée autour de point d’appuis installés dans des grottes rendues imprenables ou des positions articulées autour de casemates. Du côté américain, les combats dans le secteur sont avant tout menés par le 28th Marine Regiment.

Dès le premier jour, dès combats ont lieu aux abords du volcan, après que celui-ci ait été soumis à des tirs de marine vigoureux, tout en subissant d’autre part de violents attaques aériennes. Le débarquement du 28th Marine Regiment s’opère à 9h35. Très vite, les Marines s’avancent résolument vers l’intérieur, en direction de l’ouest. Ce faisant, ils n’hésitent pas à contourner et à dépasser les nœuds de résistance qui s’avèrent les plus durs à résorber, laissant cette tâche aux unités qui suivent les premiers débarqués. Bien plus, les blessés sont laissés aux bons soins des infirmiers de la Marine. Les pertes sont toutefois très lourdes. Mais, vers 10h35, les Marines sont parvenus à isoler la garnison du mont Suribashi du gros des forces japonaises qui défendent Iwo Jima. L’isthme au pied du volcan n’atteignant qu’une longueur de 640 mètres, le général Kuribayashi s’attendait en fait à ce qu’une telle situation arrive très rapidement.

Les soldats japonais du colonel Atsuchi sont donc isolés. Il reste que le cordon mis en place par les Américains est encore bien ténu et une attaque déterminée en viendrait à bout à n’en point douter. Rien de tel n’est envisagé par les Japonais. L’éventualité d’un tel isolement est en effet prévue et la garnison ne manque ni de ressources ni de puissance pour imposer un long et douloureux combat aux infortunés Marines qui leur sont confrontés. Le colonel Atsuchi dispose d’un nombre appréciable de pièces d’artillerie, de mortiers et de mitrailleuses disposés dans les grottes fortifiées de la montagne. Kuribayashi sait qu’une défense laissée à elle-même du volcan ne peut en aucune manière gêner son dispositif de défense au nord de l’île. L’arrivée des Américains sur la côte ouest n’est donc pas un danger pour la défense générale de l’île. Cette seconde journée est mise à profit par les Américains pour renforcer leur dispositif d’encerclement du mont Suribashi. D’est en ouest sont ainsi positionnés les 2nd , 3rd et 1st battalion 28th Regiment. Le 13ème Marine appuie la mise en place de ce dispositif avec le soutien de ses mortiers de 103 mm tandis que la Marine et l’aviation embarquée s’emploient à réduire au silence les défenses japonaises. Les îlots de résistance sont également réduits, parfois à l’issu de combats très acharnés. . La Marine n’est pas en reste puisque le destroyer USS Henry A.Wiley écrase également de nuit des Japonais s’apprêtant à contre-attaquer et qu’il illumine de ses projecteurs

   

Le 21 février, les trois bataillons de Marines commencent à resserrer leur étreinte autour du volcan. La première étape consiste à atteindre la base du volcan. Les combats sont très durs et semblent être une réminiscence des corps à corps sanglants de la Grande Guerre. Les fantassins américains sont en effet laissés à eux-mêmes car ils ne peuvent bénéficier du soutien immédiat des Sherman. Celui-ci serait bien sûr le bienvenu mais l’échelon d’intendance des précieux engins n’est pas encore arrivé à terre. Dans ces conditions, les blindés n’ont pu être ravitaillés à temps en essence et en munitions. Les tirs en provenance des cuirassés et des croiseurs ancrés au large fournissent certes un appui non négligeable, mais celui-ci devient impossible dès que les Marines sont au contact avec l’ennemi. Ce sont alors les vagues de chasseurs-bombardiers Corsair et Hellcat ainsi que les bombardiers légers Avenger qui prenent le relais, et leurs interventions sont toujours un soulagement pour les troupes à terre. Les Japonais bénéficient de l’avantage certain de postions fortifiées de longue date et surplombant leurs adversaires. Ni le napalm, ni le tir des destroyers sur les positions d’artillerie ne suffisent à éliminer toute résistance. Celle-ci est cependant soumise à rude épreuve et Atsuchi suggère à Kuribayashi de lancer une charge « Banzai ». Le général ne veut rien entendre à ce sujet. Pour lui, les charges « Banzai » ne sont qu’un gaspillage de forces et n’aboutissent qu’à des échecs. Il escompte au contraire que la garnison du mont Suribashi tienne en haleine les Américains pendant dix jours. Les combats ne perdent toutefois pas d’intensité. L’attaque américaine commence à 8h45, soutenue par l’artillerie, la marine et 40 appareils de l’aviation embarquée. La lutte est acharnée mais les Marines parviennent néanmoins à atteindre la base du volcan, mais l’avance a été bien limitée.

La nuit, les destroyers prennent le relais des unités lourdes et illuminent les positions japonaises avec des obus éclairants. Cette précaution s’avère nécessaire ainsi que l’illustrent les terribles combats qui se déroulent sur les pentes du mont Suribashi dans la nuit du 21 au 22 février. En effet, à deux reprises, les combattants japonais tentent de s’infiltrer au sein des positions américaines avant de déclencher une attaque brutale et sanglante. Ces assauts nocturnes font toutefois long feu et sont repoussés en causant de lourdes pertes aux Japonais. Les mortiers américains de 81 mm s’illustrent tout particulièrement en soumettant les assaillants à un feu dévastateur qui cause la mort de 60 soldats nippons en face des lignes tenues par le 2nd Battalion. 28 autres Japonais trouvent également la mort dans des circonstances similaires en tentant de suivre la côte ouest en direction du nord de l’île. A Jour J+3, les conditions météorologiques ne permettent pas d’envisager un appui aérien au nouvel assaut que se prépare à lancer le 28th Regiment.

Les Sherman sont pour leur part embourbés dans la boue qui recouvre tout le terrain. L’infanterie devra une fois de plus fournir l’effort principal. Les Marines sont maintenant trop proches des défenses japonaises pour bénéficier d’un soutien efficace de l’artillerie et des blindés. La journée du 22 février est toute aussi sanglante que les précédentes et les combats se multiplient sur l’ensemble du front autour du mont Suribashi, où les 8 à 900 combattants dont dispose encore Atsuchi sont bien déterminés à n’accorder aux Américains aucun répit ni aucune victoire aisément remportée. L’affrontement s’avère particulièrement dur et sanglant au centre du front, dans le secteur du 3rd Battalion, bien que la situation s’améliore grandement avec l’arrivée des chars et des half-tracks. Pendant que les Marines de ce bataillon livrent un combat acharné, leurs camarades des deux autres bataillons achèvent l’encerclement du volcan en s’assurant du contrôle de la totalité du périmètre de la montagne. Tout le littoral est aux mains des Américains. La liaison entre les deux bataillons est établie dans l’après-midi à Tobiishi Point. Toutefois, l’avance n’a pas été aisée sur un terrain rocailleux et particulièrement propice à la défense. Les combats acharnés sur les pentes de la face nord ont laissé que quelques centaines de survivants dans le camp japonais. De plus, beaucoup tentent de rejoindre le gros des forces de Kuribayashi dans le nord de l’île par le biais d’un invraisemblable réseau de tunnels et de souterrains. Les survivants sont toutefois vertement accueillis par Kuribayashi, désagréablement surpris par la capacité de résistance de ses hommes qui n’ont tenu qu’à peine quatre jours en lieu et place des dix escomptés. La fin semble proche sur le mont Suribashi.

Le 23 février, le 28th Regiment lance l’assaut final sur le mont Suribashi. L’assaut débute promptement à 8h du matin, alors que les conditions météorologiques se sont nettement améliorées par rapport à la veille. A 9h, le colonel Johnson envoie deux patrouilles en avant afin de trouver le passage le plus aisé vers le sommet. Ils sont suivi du lieutenant Hal Schrier, qui dirige alors un groupe de 40 hommes, et qui se lance à l’assaut du sommet. Alors que l’escalade devient plus ardue, l’opposition japonaise devient étonnamment des plus sporadiques. A 10h, les Marines atteignent le rebord du cratère et où un certain nombre de combattants japonais sont vite abattus. A 10h20, le drapeau américain, le « Stars and Stripes », est hissé au sommet du mont Suribashi. Le photographe Lou Lowery pense alors réaliser une photo qui fera date. La nouvelle fait rapidement le tour des positions américaines sur l’île et est accueillie avec enthousiasme. Sur mer, les navires ont tôt fait de saluer l’exploit par un concert de sirène. Toutefois, à midi, un autre drapeau, bien plus grand et plus visible, est mis en place du précédent. C’est alors que le photographe Joe Rosenthal, de l’Associated Press, immortalise l’événement au moment où les Marines s’apprêtent à lever la hampe. Ce cliché fera le tour du monde et il est incontestablement l’un des plus célèbre de la Seconde Guerre Mondiale.

 

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