GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (39/44): Slim reprend Rangoon

Slim reprend Rangoon

(Source carte: wikipédia) 

Après la victoire défensive remportée à Imphal et à Kohima, Slim décide de poursuivre l’avantage et de pénétrer en Birmanie centrale. Toutefois, la mousson et la nécessité de franchir les obstacles de taille que représentent la Chindwin et l’Irrawady promettent de nombreuses difficultés, sans mentionner la combativité des Japonais. Fin 1944, lorsque la mousson s’achève, Slim dispose de deux têtes de pont sur la Chindwin. A la lumière des précédentes batailles de la campagne, il suppose que les Japonais vont chercher l’affrontement dans la plaine de Shwebo, c’est-à-dire le plus loin possible entre la Chindwin et l’Irrawady. Une telle éventualité n’est pas pour lui déplaire car sa notable supériorité en blindés et sa maîtrise de l’air lui assurerait la destruction complète de l’ennemi. Le 29 novembre, la 19th Indian Division du 4th Indian Corps attaque à partir de la tête de pont de Sittaung, suivie le 4 décembre par la 20th Indian Division du 33rd Indian Corps, qui frappe depuis Kalewa. Les deux divisions, progressent rapidement. Au bout de cinq jours, l’important centre ferroviaire d’Indaw est en vue. Toutefois, il apparaît que les suppositions d’une défense japonaise très au nord de l’Irrawady s’avèrent incorrectes.

Slim opère immédiatement des modifications dans son plan. Si le 33rd Indian Corps, auquel est adjoint la 19th Indian Division, poursuit son avance vers Mandalay, le 4th Indian Corps, renforcé, descend la vallée de Gangaw en suivant la rive occidentale de la Chindwin. Ce faisant, les arrières gardes nipponnes sont anéanties, parfois au cours de combats très disputés. La 19th Indian Division et la 2nd British Division s’emparent de Shwebo et la 20th Indian Division prend Monywa. La 19th Indian Division parvient à traverser l’Irrawady dès le 14 janvier, à environ 60 kilomètres au nord de Mandalay. Toutefois, le passage du fleuve plus au sud va nécessiter plus de préparation, même si les moyens font défaut. Le matériel est en effet disponible qu’en faible quantité sur ce théâtre d’opération et son état laisse parfois à désirer. Slim devra pourtant faire avec les canots d’assauts et les ferries dont il dispose.

 

Du côté du 4th Indian Corps, la 7th Indian Division est confrontée à une sérieuse résistance de la part des Japonais à Pauk. Les conditions de campagne dans al vallée de Gangaw ne sont pas très aisées à vrai dire. Les voies de communications font défaut et, à un moment donné, la colonne de véhicules du corps s’étire sur presque 700 kilomètres jusqu’à Kohima !

Le 13 février, la 20th Indian Division traverse l’Irrawady à 32 kilomètres à l’ouest de Mandalay. Les Britanniques parviennent à établir des têtes de pont mais elles sont sans cesse contre-attaquées par les Japonais pendant deux semaines. Dans le secteur du 4th Corps, la traversée est effectuée par la 7th Indian Division. Celle-ci attaque sur un large front. L’assaut principal est lancé sur Nyaungu tandis qu’une manœuvre secondaire est menée à Pagan. La surprise est totale pour la 15ème armée japonaise. Lorsque le commandant en chef japonais en Birmanie, le général Kimura, réagit enfin, il est bien tard. Le 4th Corps fonce en effet sur Meiktila, nœud de communication et dépôt essentiel pour les Japonais.

Meiktila, défendue par à peine 3 000 hommes, est occupée par les Britanniques le 4 mars. Certes, les administratifs nippons, commandés par Kasuya, tiennent encore. La situation est critique pour Kimura, qui doit s’opposer à l’avance des deux corps de Slim sur un terrain non préparée à l’avance et alors que son ravitaillement fait largement défaut. Toutefois, il réagit avec fermeté et confie deux divisions au général Honda, le chef de la 33ème armée japonaise, pour reprendre Meiktila. La manœuvre japonaise isole la 17th Indian Division de Cowan dans Meiktila. Mais celui-ci bénéficie d’un ravitaillement conséquent par voie aérienne, de telle sorte qu’il peut défaire une à une les colonnes qui convergent vers ses troupes isolées, qui peuvent en outre disposer de leur blindés et du soutien de l’aviation tactique. A Thabukton, Slim peut même aéroporter deux brigades en renfort sur un terrain d’aviation contrôlé par les alliés. Si les chars japonais parviennent à détruire sept C-47 sur la piste et forcer Slim à suspendre l’opération pendant dix jours, Honda finit pourtant par renoncer le 29 mars et il entreprend immédiatement un mouvement de retraite. C’est que la situation s’est gravement détériorée pour les Japonais à Mandalay. En dépit d’une résistance acharnée, notamment celle du fort Dufferin, qui ne tombe que sous les coups de bombes de 5 t, les Japonais doivent se résoudre à évacuer la ville le 21 mars. Les forces japonaises des 15ème et 33ème armées sont alors considérablement réduites. Seule la 28ème armée, basée en Arakan, est encore pleinement opérationnelle.

Slim peut donc engager ses troupes pour le stade ultime de la campagne : la reprise de Rangoon. Toutefois, le soutien logistique aérien se voit considérablement diminuer en raison de la situation critique en Chine où la reprise de l’offensive par les Japonais menace grandement les bases aériennes américaines. Slim opère donc avec des effectifs réduits, soit 5 divisions d’infanterie et 2 brigades blindées. Le 4th Indian Corps se lance à l’attaque sur l’itinéraire le plus court, via Pegu, à travers une jungle notablement moins épaisse et face à un adversaire considérablement affaibli par les derniers combats. De son côté, le 33rd Indian Corps longe l’Irrawady vers Promé. L’avance débute le 10 avril et se trouve confrontée à une résistance très vive. Toutefois, celle-ci s’émousse rapidement et le rythme journalier ne cesse de s’accélérer, l’ennemi étant constamment pris de court. La méthode employée par les divisions de Slim au cours de cette progression est pour le moins originale et prometteuse. Slim décide en effet de relayer chaque division d’infanterie tous les 30 à 50 kilomètres. Au sein de chacune d’elle, une brigade et des blindés avancent jusqu’à un terrain d’atterrissage où ils sont relayée par une brigade aérotransportée qui s’assure du secteur ; une deuxième division prend alors le relais selon le même schéma d’opération et ainsi de suite. Le 1er mai, Pégu est prise. La mousson s’abat alors avec force sur le 4th Indian Corps, qui ne dispose plus de piste d’atterrissage alors qu’il ne lui reste plus que 80 kilomètres à parcourir avant d’atteindre son but !

Les 1er et 2 mai, des parachutistes britanniques et la 26th Indian Division prennent les Japonais à revers dans le cadre de l’opération « Dracula ». Le débarquement bénéficie d’un soutien naval et aérien conséquent et Rangoon tombe dès le 3 mai. Trois jours plus tard, la jonction est établie avec le 4th Indian Corps à Hlegu. Hinda et Kimura ne s’avouent pas vaincus pour autant et tentent de faire traverser les lignes britanniques aux survivants de leurs unités totalement dispersées. Alertés par leurs services de renseignements, les Britanniques repoussent les tentatives japonaises. Des dizaines de milliers de soldats japonais errent dans les collines et la jungle birmanes. L’ampleur de la défaite japonaise en Birmanie est donc considérable. La 14th British Army, l’ « armée oubliée », est incontestablement de très haute qualité. Quant à son commandant en chef, le général Slim, il s’agit tout simplement de l’un des plus talentueux généraux de la guerre, qui plus est un général humain, humble, et soucieux de ses hommes. Les pertes britanniques en Birmanie depuis 1942 totalisent 71 000 hommes, dont 34 000 tués. Dans le camp japonais, 46 700 morts sont relevés sur le terrain pour 106 000 hommes perdus au cours des principaux affrontements. Au Japon, on estime que seuls 120 000 hommes sur les 300 000 engagés dans cette campagne seraient rentrés chez eux après la guerre.

 

LES SOLDATS NOIRS AMERICAINS DANS LE PACIFIQUE

L’armée britannique qui combat en Birmanie comporte essentiellement des unités coloniales, particulièrement issues de l’Armée des Indes. La discrimination y est incontestablement en partie présente, un fossé séparant les Européens et les autres, à tout le moins en ce qui concerne l’accès aux postes de commandement supérieurs. Une forme de discrimination ouvertement raciste concerne le sort réservé aux Noirs américains qui servent au sein de l’armée des Etats-Unis. L’opinion de l’armée et de la marine américaine d’alors est que les Noirs font de mauvais combattants et ne peuvent en tout cas combattre convenablement que commandés par des Blancs. Il n’y a d’ailleurs aucun Noir dans le corps de Marines et les rares Noirs américains servant dans la marine sont cantonnés au rôle de stewards. Après l’entrée en guerre des Etats-Unis, la discrimination demeure et les différentes armes s’efforcent de limiter au maximum le nombre de recrues noires. L’immense majorité d’entre eux sera affectée à des unités de services, de construction, de déchargement de navires, de repassage… Si les unités de la logistiques sont parfois touchées par les combats, les unités combattantes noires engagées au feu sont très peu nombreuses. Enfin, le heurt avec les populations blanches du théâtre d’opération peut paraître inévitable. Mais les GI’s de couleur ont moins de difficultés avec elles qu’avec leurs compatriotes blancs. L’Australie ne veut pas de soldats de couleurs sur son territoire et ce n’est qu’après d’âpres discussions que les contingents noirs sont acceptés. Toutefois, la discrimination de l’armée américaine à l’endroit des Noirs et les rixes qui s’ensuivent choquent la population et l’armée australienne qui sympathisent vite avec ces nouveaux venus, dont on met pourtant en garde la fréquentation, en particulier les jeunes filles.

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