GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (42/44): Okinawa (II)

OKINAWA : LA BATAILLE DANS LE SECTEUR SUD,

18 AVRIL-22 JUIN 1945

 

Le sort de la bataille d’Okinawa se joue dans le sud de l’île, où se sont retranchées les forces japonaises d’Ushijima. Les combats vont s’avérer particulièrement meurtriers et sont d’emblée très disputés. La 96th ID est confrontée à un premier obstacle dès le 9 avril, lorsqu’elle s’attaque au village de Kakazu. Habilement mis en défense par les troupes nipponnes, ce village perchée et les collines environnantes vont représenter un cauchemar pour les GI’s. En effet, tous les assauts américains sont repoussés du 9 au 16 avril. Certes, la 62ème division japonaise perd plus de 4 600 hommes dans les combats, mais les Américains n’ont pas réussi à percer et les pertes sont très lourdes : 2 000 hommes, dont 600 tués.

Le général Buckner décide de frapper en force dès le 19 avril, en engageant cette fois-ci trois divisions en attaque. Buckner a en effet bien discerné que sur un tel terrain une percée n’a de chance d’être acquise qu’en employant des moyens conséquents. Les 27th et 7th US ID viennent donc renforcer la 96th. Sur le flanc gauche, les 7th et 96th ID sont confrontées à une situation particulièrement délicate. Les GI’s sont en effet bloqués par les défenseurs japonais. Une tentative de débordement de la fameuse colline sur laquelle est perché Kakazu tourne vite au désastre. 8 blindés sur les 30 engagés parviennent à rejoindre les lignes américaines après un fiasco total. Une unique pièce de 47 mm japonaise est parvenue à mettre hors de combat 4 Sherman à elle seule tandis que d’autres blindés sont victimes d’attaques suicides de soldats japonais bardés d’explosifs ! Fin avril, les pertes sont telles au sein des 7th et 96th ID que les deux divisions doivent être relevées. Toutefois, le succès est assuré sur l’aile droite, dans le secteur assigné à la 27th ID. La percée est en effet réalisée et la prise de contrôle de la vallée d’Urasoe-Mura permet d’envisager une manœuvre d’enveloppement qui aboutit enfin à la prise de Kakazu le 24 avril. L’avance totale n’excède pourtant pas quelques kilomètres et, en fait de percée, il s’agit tout au plus de la prise des premières positions de défenses japonaises.

Début mai 1945, les Américains piétinent en effet devant la défense acharnée de leurs adversaires. Le secteur de Shuri s’avère en particulier être un noix bien difficile à casser. C’est alors que le général Cho, chef d’état-major d’Ushijima, met au point une contre-attaque impliquant la 42ème division d’infanterie et la 44ème brigade mixte. Cho vise purement et simplement à isoler la 1st Marine Division et tenter de s’emparer de Futenma où, d’après le service de renseignement nippon, est établi le QG de Buckner. Cette ambitieuse attaque doit en outre être appuyé par des débarquements de faible ampleur sur les arrières américains. Le 4 mai au matin, le flot de l’infanterie nippone emporte les premières lignes de la 7th ID de Maeda à Ouki, sans accorder le moindre quartier aux défenseurs abasourdis. La pluie qui s’abat sur un terrain particulièrement meuble n’est cependant pas sans entraver les mouvements et constitue une gêne considérable pour les assaillants. Dans ces conditions, Cho ne parvient qu’à s’emparer de l’éminence de Tanabaru, entre les 7th et 77th ID. Certes, le succès tactique est indéniable, mais on est bien loin des objectifs de l’offensive. Buckner réagit d’ailleurs promptement dès le lendemain et, après deux jours de combats sanglants, qui occasionnent de terribles pertes dans les deux camps, les Japonais sont repoussés sur leurs lignes, ayant perdu tous les gains des jours précédents. 5 000 japonais ont péri au cours des ces quelques jours de combat, pour 1 200 pertes américaines. Ushijima prend alors la mesure des forces qui lui font face et comprend désormais que la partie est perdue. Dès lors, il ne lui reste plus qu’à vendre chèrement sa peau et occasionner le plus de pertes aux Américains et tenir le plus longtemps possible afin d’accorder le plus de temps possible à la mise en défense du Japon et permettre également aux Kamikaze de lancer le maximum d’opérations en direction de la flotte alliée.

Buckner s’emploie alors à enfoncer le front japonais de part et d’autre de Shuri. Les difficultés rencontrées sont telles que l’intégralité du mois de mai doit être consacrée à cette difficile tentative de percée. Les défenses japonaises doivent être assaillies sur l’intégralité du front afin de disperser les efforts de l’adversaire, mais l’assaut sera plus conséquent sur les deux ailes, le long des littoraux. Buckner envisage de détruire la majeure partie des défenseurs nippons encore présents dans l’île au cours de cette offensive. La tâche ingrate d’occuper les défenseurs japonais de Shuri est confiée à la 1st Marine Division, vétérante de bien des campagnes. L’opération est bien délicate et combattre ce réseau de collines fortifiées et déloger les japonais de leurs retranchements ne sera pas une mince affaire. Elle est cependant indispensable pour permette à la 96th ID de s’emparer de Yonabaru et à la 6th Marine Division de prendre la colline de « Sugar Loaf », près de Naha, sur la côte ouest. Cette colline est un morceau ardu. Les Marines de la 6th Marine Division réussissent à la prendre à la suite d’une attaque menée par le colonel Courtney le 14 mai. Le lendemain toutefois, à peine 15 survivants en reviennent, blessés pour la plupart d’entre-eux. Les deux jours suivants, de nouvelles tentatives américaines échouent dans un bain de sang face à des défenseurs admirablement retranchés. Le 19 mai, la 6th Marine Division s’empare enfin définitivement de la position, après une difficile bataille. Les pertes sont très lourdes puisque 2 662 Marines ont été perdus en à peine six jours de combats féroces, dans des conditions qui ne sont pas sans rappeler certains champs de bataille du premier conflit mondial. Le calvaire des Américains n’est pas fini puisque d’autres collines tout aussi redoutables se trouvent devant eux. Sur le littoral est, les combats sont également terribles pour les GI’s. Toutefois, la 96th ID s’empare de « Conical Hill » le 13 mai et Yonabaru est enlevée par la 7th ID le 23. Les percées sont donc finalement effectuées sur les flancs est et ouest, le long de la mer. Au centre, la situation tourne au cauchemar pour les Marines empêtrées dans la boue face à un adversaire coriace redoutablement retranché. Le terrain, bouleversé par les obus et la pluie, entrave les mouvements et seul un ravitaillement par voie des airs s’avère possible. Les combats pour les crêtes de Dakeshi puis de Wana sont très coûteux en hommes et en blindés. Décontenancés par leur impossibilité de percer, les Américains décident de soumettre Wana à 15 jours de bombardements en règle. Les navires de la flotte, l’artillerie de campagne et les escadrilles de l’aviation embarquée se relaient pour écraser les tranchées japonaises sous un déluge de feu et de mort. La crête de Wana est enfin prise le 28 mai, pour être aussitôt reprise par une féroce contre-attaque nippone ! Le repli japonais a toutefois commencé deux jours plus tôt, en raison de la menace qui se profile aux ailes. La retraite ne passe pas inaperçue et tourne à une boucherie innommable quand l’artillerie américaine se déchaîne sur les colonnes de militaires et de civils en fuite vers le sud de l’île. Le 31 mai, les combats cessent dans le secteur de Shuri.

Cette retraite inexorable vers le sud signifie que la fin est proche. Les Américains veulent accélérer le processus et débarquent ainsi le 4th Marine Regiment, puis le 29th Marine Regiment, dans la péninsule d’Oroku le 4 juin. Les troupes de marines de l’amiral Ota leur oppose une résistance désespérée mais ne peuvent empêcher la progression américaine : les grottes et les points d’appuis tombent les uns après les autres, sous les coups conjugués des grenades et des lance-flammes. Le 12 juin, les Américains ont la stupeur de voir surgir des drapeaux blancs, pratique inhabituelle en effet pour une armée nippone si hostile à toute idée de reddition. S’agit-il d’un piège ? En fait de capitulation, les Japonais sollicitent une trêve afin de pouvoir se suicider ! Les Japonais ont perdu 4 000 hommes et les américains tout de même 1 608 hommes et 30 Sherman.

Pendant ce temps, la 32ème armée japonaise a finalement stoppée son mouvement de retraite et elle établit ses positions sur une nouvelle ligne de collines, de Yaeju Dake, Yuza Dake et Kunishi. Les positions sont formidables mais Ushijima, le dos à la mer, ne dispose plus que de 30 000 hommes très mal ravitaillées. Les conditions de vie sont atroces et les médicaments manquent cruellement pour soulager la souffrance des blessés, dont beaucoup périssent faute de soins appropriés. Les combats commencent le 9 juin et sont d’emblée toujours aussi acharnés. Le 10 juin, les Américains sont au pied des collines. Le 14, Yaeju Dake tombe, suivi de la crête de Kinishi deux jours plus tard. C’est alors que le général Buckner est tué par des tirs de canons de 47 mm alors qu’il entreprend une tournée d’inspection dans les lignes de la 6th Marine Division. Le général Geiger, du corps des Marines, assume alors le commandement. La fin est pourtant proche. Le soir du 21 juin, Ushijima et Cho, dans leur QG de Mabuni, exécute le rituel du suicide –Sekkupu- : après s’être enfoncé un sabre dans le ventre, les deux officiers sont décapités par leurs ordonnances. Le lendemain, Geiger annonce la fin de la bataille. Celle-ci se poursuivra toutefois encore jusqu’au 1er juillet, causant encore 783 pertes américaines supplémentaires.

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