GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (43/44): Le Japon Capitule (mai-septembre 1945)

LE JAPON CAPITULE,

MAI-SEPTEMBRE 1945

 

2 septembre 1945: la Seconde Guerre Mondiale prend fin au bout de 6 ans, presque jour pour jour

 

 

Le Japon est soumis à des bombardements dévastateurs

Au printemps 1945, la victoire finale alliée ne fait plus de doute pour personnes, si ce n’est au sein de l’état-major impérial japonais, qui s’obstine à vouloir poursuivre la lutte jusqu’au bout. La situation est pourtant indéniablement préoccupante sur tous les fronts. En Indochine, les forces japonaise, passées de 35 à 50 000 hommes, attaquent les garnisons françaises le 9 mars 1945, probablement pour éviter tout pont d’appui qui pourraient faciliter les opérations américaines en direction de la Chine. En Chine, l’hiver 1944-45 voit un terme à l’offensive Ichi-Go, lancée en avril 1944. Cette opération, couronnée de succès, permet aux Japonais de s’emparer des bases aériennes de la 14th USAAF de Chennault dont les B-29 sont de plus en plus menaçants. Toutefois, en mai 1945, le front nord japonais est devenu prioritaire en raison de la menace soviétique. La contre-attaque des forces sino-américaines de Wedemeyer, qui a succédé à Stilwell, et de Tchang Kai-Chek, permet la reconquête du sud-ouest de la Chine sans grandes difficultés.

L’armée britannique en Birmanie est prête pour une nouvelle offensive

Le général Slim dispose alors de 2,7 millions d’hommes, répartis entre la 12th British Army, qui doit envahir la Thaïlande, et la fameuse 14th British Army aux Indes, qui doit reconquérir la Malaisie et Singapour. Slim, renforcé par des unités en provenance d’Europe, commande alors 28 divisions. L’aviation britannique est également montée en puissance puisqu’elle aligne 207 000 hommes et 184 escadrilles en juillet 1945. Les Japonais ne peuvent aligner de leur côté que 50 000 hommes en Thaïlande, autant dans les îles indonésiennes de Bornéo, Sumatra et Java, et 85 000 hommes en Malaisie et à Singapour. Mountbatten et Slim mettent au point les plans des futures opérations, le terme de la reconquête étant fixé au printemps 1946 dans le Pacifique du sud-ouest, mais plusieurs unités seront alors engagés aux côtés des Américains au Japon. Pendant ce temps, le 1er mai 1945, les Australiens du général Morshead procèdent à un premier débarquement sur Bornéo, suivis par d’autres en juin et en juillet. Des opérations ont précédemment touché Basilan, les Tawi-Tawi et Jolo.

La flotte alliée peut impunément lancer des attaques sur la côte nippone

Depuis le mois d’avril, les chefs d’états-majors combinés ont en effet ordonné à MacArthur et à Nimitz de préparer l’invasion du Japon. Alors que les stratèges de l’US Navy préconisent de s’emparer au préalable des côtes méridionales de la Chine afin d’établir un blocus total de l’archipel nippon et de le soumettre à des bombardements de grande envergure. Rien ne prouve pourtant que les bombardements stratégiques suffiront à emporter la décision, l’exemple de l’Allemagne étant assez parlant à cet égard. Macarthur préconise donc de son côté un débarquement à Kyushu, l’île la plus méridionale du Japon, suivi par une invasion de l’île principale de Honshu. Nimitz se range finalement aux arguments de MacArthur. L’invasion de Kyushu, baptisée opération « Olympic », doit être lancée à l’automne 1945 par 11 divisions de la 6th US Army de Krueger. De plus, la fin de la guerre en Europe doit voir le transfert de nombreuses unités de ce théâtre d’opération vers le Pacifique. Si les pertes sont du même ordre de grandeur que celles subies à Okinawa, les stratèges tablent sur des pertes d’environ 270 000 hommes pour 770 000 engagés pour « Olympic ». Truman est très anxieux sur la question des pertes américaines, mais une invasion de la Corée ou de Formose serait tout aussi coûteuse. La bataille d’Okinawa, incontestable succès américain, a comme conséquence surprenante de décourager les vainqueurs et au contraire redonner confiance aux Japonais. Les succès attribués aux kamikaze laissent espérer aux stratèges nippons que 30 à 50% de la force d’invasion pourraient être détruits en mer. Bien plus, le relief montagneux de Kyushu garantira aux défenseurs les mêmes avantages qu’à Okinawa. Sur Okinawa, 3 divisions japonaises coupées de tout soutien ont tenu pendant cent jours face à un ennemi nettement supérieur. A Kyushu, ce sont 14 divisions et 5 brigades, disposant de pièces lourdes, qui s’apprêtent à tenir les plages jusqu’au dernier homme. Cette fois-ci, les défenseurs japonais ne seront pas des garnisons isolées. Au contraire, les lignes de ravitaillement seront courtes et, comme pour le débarquement en Normandie, l’ennemi pourra bénéficier de l’arrivée de renforts pour repousser les assaillants à la mer. L’invasion est donc redoutée par l’armée américaine.

La reddition des forces japonaises: une scène si commune à l’été 1945, mais impossible en 4 ans de guerre impitoyable et acharnée

Pour de nombreux dirigeants américains, l’obstacle majeur à la reddition d’un Japon désormais vaincu réside dans la clause de reddition sans conditions décidée à la conférence de Casablanca en 1943. A leurs yeux, ceci ne peut que renforcer la détermination des Japonais à se battre avec acharnement contre toute invasion, d’autant plus qu’aucune garantie n’est donnée quant au maintien sur le trône de l’empereur, personnage sacré pour les Japonais. L’administration Truman va donc devoir trouver un compromis qui rende la reddition acceptable pour le Japon tout en ne heurtant pas l’opinion publique aux Etats-Unis, largement favorable à l’abolition du système impérial. Ce compromis prit la forme de la déclaration de Potsdam dans laquelle le président américain promet l’instauration au Japon d’ « un gouvernement pacifique et responsable, conforme à la volonté librement exprimée du peuple japonais ». Au Japon, bien des dirigeants sont désormais pleinement conscients des dangers d’une poursuite de la lutte. Toutefois, se déclarer ouvertement en faveur de la paix signifie la mort certaine. En avril 1945, le nouveau premier ministre, l’amiral Suzuki, voit en l’URSS le dernier médiateur possible pour obtenir des conditions honorables pour accepter la fin des hostilités. Le 22 juin, l’empereur lui-même demande aux responsables civils et militaires de tout mettre en œuvre pour trouver une issue diplomatique à la guerre. Toutefois, les négociations avec Moscou n’aboutissent pas. En outre, officiellement, Suzuki, relayé par la presse nipponne considère, la déclaration de Potsdam sans valeur. Les Alliés en concluent donc à un rejet des offres de paix.

 

A Yalta, les Alliés occidentaux acceptent la restauration des droits privilégiés de la Russie en Mandchourie, le retour du sud de Sakhaline et l’annexion des îles Kouriles comme prix de l’entrée en guerre de l’URSS contre le Japon. Toutefois, quelques mois plus tard, cette intervention soviétique n’est plus jugée nécessaire par Marshall puisque l’armée américaine dispose désormais de l’arme atomique. Elle est même considérée comme non souhaitable. Il est toutefois trop tard pour mettre à l’écart les Russes. En avril 1945, ceux-ci ne renouvellent pas leur traité de non-agression avec le Japon. Le 8 août, l’URSS attaque la Mandchourie où elle opère une véritable Blitzkrieg. Tout espoir de médiation soviétique s’envole donc pour le gouvernement japonais. Staline a toutefois avancée la date de l’offensive d’une semaine. Un événement de portée considérable a en effet en lieu deux jours plus tôt.

L’horreur d’Hiroshima: l’homme entre dans l’ère atomique

Le 6 août 1945, à Hiroshima, une bombe atomique, larguée par le bombardier B-29 « Enola Gay », piloté par le colonel Tibbets, réduit la ville en décombres. Près de 100 000 personnes périssent sur le coup. Le 9 août, une deuxième bombe atomique détruit la ville de Nagasaki, causant la mort immédiate de 35 000 personnes. Ce même jour, en dépit de l’aveuglement des militaires qui ne veulent pas mettre fin à la guerre, l’empereur Hiro Hito fait savoir qu’il désire qu’un terme soit mis au conflit sur la base de la déclaration de Potsdam, à l’unique condition que la dignité impériale soit maintenue. Le 15 août, l’empereur nippon s’adresse à la radio à ses sujets. Cette allocution absolument sans précédent annonce à tous qu’un terme est mis à la guerre.

MacArthur au sommet de sa gloire

La reddition officielle du Japon survient le 2 septembre 1945 à bord du cuirassé USS Missouri, à l’ancre dans la baie de Tokyo, en présence de MacArthur, nouveau commandant suprême des puissances alliées au Japon. La Seconde Guerre Mondiale, le conflit le plus meurtrier de l’humanité, au cours duquel 52 millions d’êtres humains ont péri, est enfin arrivé à son terme. Les tensions futures du monde sont pourtant déjà en germe et l’horreur des bombardements nucléaires offre une touche finale bien à l’image des cruautés innombrables qui ont déchiré et martyrisé l’humanité pendant six longues années.

 

LE PROJET MANHATTAN

Après Hiroshima, une bombe atomique détruit Nagasaki

Avant la guerre, en dépit de divers obstacles théoriques et technologiques, les progrès de la physique rendent possible la mise au pont d’une arme atomique. La question redevient pressante avec le début de la guerre en Europe. C’est ainsi que, en octobre 1939, Albert Einstein, sous la pression des physiciens Wigner et Szilard, écrit une lettre au président Roosevelt dans laquelle il affirme la possibilité de créer une bombe à uranium, précisant à l’occasion que les Nazis sont probablement déjà engagés dans cette entreprise. En juillet 1941, Vannevar Bush, conseiller du président en matière nucléaire, estime que la fabrication d’une bombe nucléaire est possible d’ici la fin du conflit. La course à l’arme atomique commence alors, les Alliés pensant à tort que les Allemands ont pris de l’avance. Le projet, baptisé « Manhattan », devient le programme de recherche et de développement militaire le plus coûteux de la guerre, atteignant finalement 2 milliards de dollars. 120 000 personnes sont impliquées, dans le cadre de 37 usines et laboratoires. Sur la base aérienne d’Alamogordo au Nouveau-Mexique, le 16 juillet 1945, la première bombe atomique explose avec succès. Elle a été mise au point à Los Alamos par l’équipe de J.Robert Oppenheimer. Dès lors, les Américains ont l’arme nécessaire pour faire plier le Japon, sauver de nombreuses vies américaines et impressionner l’allié soviétique.

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