Guerre du Pacifique/Pacific War (4/43) : Malaisie

La Malaisie : les Britanniques sont humiliés

(8 déc.41-15 fév.42)

Qui pourra enrayer le raz-de-marée des forces armées nipponnes?

La conquête de Singapour et de la Malaisie échoue à la 25ème armée japonaise du général Yamashita. Celle-ci regroupe trois divisions : la division de la Garde Impériale du général Nishimura, la 5ème DI du général Matsui et la 18ème DI du général Mutaguchi. Yamashita dipose en outre de la 3ème brigade de chars et de deux régiments d’artillerie lourde. Le soutien aérien sera assuré par la 3ème division aérienne, opérant d’Indochine, soit 450 appareils, sans compter 159 avions de la marine. L’escadre des mers du Sud de l’amiral Ozawa, chargée de l’escorte des navires de transport, rassemble 1 croiseur, 10 destroyers et 5 sous-marins. La prise de la grande base navale britannique de Singapour revêt une importance capitale. Les défenses vers la mer sont conséquentes et il est donc décidé de surprendre les Britanniques en débarquant au nord de la Malaisie et surtout en Thaïlande et redescendre ensuite toute la péninsule, soit 600 kilomètres de long sur 90 à 300 de large, en dépit de la jungle, des montagnes et des innombrables ponts qui seront à franchir. La flotte d’invasion quitte Samah le 4 décembre, soit quatre jours avant le lancement de l’offensive. En 1938, le général Dobbie, commandant en chef britannique en Malaisie, avertit que la jungle de Johore, au sud de la Malaisie, n’est pas infranchissable, et que Singapour doit être défendu par le nord et en Malaisie. Il n’est pas écouté. De façon incroyable, la défense du nord de la Malaisie est donc laissée aux volontaires malais. En 1941, le maréchal de l’air sir Brooke-Popham ne parvient pas à obtenir les renforts de la RAF qu’il juge nécessaire, Churchill estimant que la situation en Extrême-Orient ne justifie pas cette demande. Peu avant l’entrée en guerre, devant l’imminence du conflit, des renforts sont toutefois dépêchés en Malaisie. Les croiseurs HMS Prince of Wales et HMS Repulse arrivent ainsi de l’Atlantique, mais sans porte-avions, le HMS Indomitable ayant été endommagé en Jamaïque, tandis que des unités terrestres renforcent la défense : les deux brigades de la 11th Indian Division de Murray-Lyon sont ainsi positionnés au nord de la Malaisie tandis que celles de la 9th Indian Division défendent la côte orientale. Ces deux divisions sont regroupées avec la 28th Independant Brigade au sein du 3rd Corps du général Heath. Les troupes de la forteresse de Singapour comprennent la 8th Australian Division de Gordon Bennett, la 12th Independant Brigade et 2 brigades maltaises. Les troupes sont généralement de qualité médiocre et personne n’a la moindre idée de ce qu’est le combat dans la jungle.

 La British Amy en Malaisie comme en Birmanie: des soldats vêtus et équipés comme pour combattre au Moyen-Orient et manquant d’avions, de blindés et d’armes lourdes.

Le 8 décembre 1941, les troupes japonaises du général Yamashita opèrent leurs débarquements au Siam et en Malaisie comme convenu en dépit de l’état de la mer qui rend quelque peu hasardeux les manœuvres des engins de débarquement. Cependant, à Kota Bharu, le général Takumi débarque sur les positions de la 8th Indian Brigade et les assaillants sont accueillis par des tirs en provenance de la côte. La RAF intervient alors et le navire de Takumi est frappé d’une bombe et commence à chavirer. En dépit du tir nourri des mitrailleuses indiennes et de la mer houleuse, Takumi et ses officiers mènent courageusement leurs hommes à l’assaut et les Japonais commencent peu à peu à contourner les positions ennemies. La victoire japonaise est finalement acquise. Ailleurs, les débarquements nippons s’effectuent sans encombre, un accord de passage étant obtenu du gouvernement thaïlandais, celui-ci n’ayant cependant pas vraiment eu le choix. Déjà, la 5ème DI de Matsui, utilisant les deux routes se grande communication reliant Singora à Acor et Patani à Kroh, se répand vers le sud avec les blindés en direction de jitra. En dépit des avertissements, les Britanniques ne réagissent pas alors que les troupes japonaises sont encore en mer et la situation est d’emblée périlleuse. Un raid de l’aviation japonaise touche Singapour dès 4h15 du matin, causant un choc aux responsables militaires et politiques britanniques de Malaisie. Avec 10 heures de retard, la 11th Indian Division reçoit l’ordre de se repositionner à Jitra. Les tranchées sont cependant inondées par la mousson et de nouveaux retranchements doivent être construits. La RAF souffre particulièrement ce 8 décembre puisque l’effectif des avions opérationnels chute de 110 à 50. Pour leur part, les japonais remettent rapidement en service les aérodromes autour de Singora et du nord et ils y concentrent de nombreuses escadrilles.

 Le HMS Prince of Wales, l’un des vainqueurs du Bismarck, imprudemment engagé sans escorte aérienne…

 Coup au but! Le HMS Prince of Wales va sombrer

L’après-midi du 8 décembre, l’amiral Tom Phillips, commandant la Force Z, composé du HMS Prince of Wales, du HMS Repulse et de 4 destroyers, décide d’appareiller vers le nord-ouest, espérant surprendre les transports japonais. Toutefois, à la suite de la perte des aérodromes de Singora et de Malaisie du Nord, la RAF prévient l’amiral qu’elle ne pourra pas lui assurer de couverture aérienne. Le 9 décembre, à 20h15, Phillips estime que les risques sont trop grands et met donc le cap vers Singapour. C’est à ce moment là qu’il apprend l’information erronée d’un débarquement japonais à Kuantan. L’amiral se ravise alors et ordonne de naviguer vers Kuantan. La Force Z a toutefois été repérée par des sous-marins japonais le 9 décembre. Le 10 décembre, les 2 croiseurs de l’amiral Phillips sont attaqués par plus de 80 appareils et sombrent. La perte de la Force Z constitue un désastre pour la Royal Navy. Les Japonais s’assurent la suprématie des eaux autour de la Malaisie en même temps que la flotte américaine du Pacifique est neutralisée à singapour. Quant à Percival, il perd l’assurance du soutien de la flotte. Au contraire, Yamashita sait que ses lignes de communications sont désormais assurées.

 L’avance japonaise en Malaisie surprend un adversaire surclassé sur le plan tactique. Un élan au combat, des opportunités saisies, quelques blindés et des vélos, ainsi que de la chance: des atouts pour Yamashita…

La 11th Indian Division est donc positionnée à Jitra, en grande partie pour couvrir l’aérodrome d’Alor Star et quelques terrains plus au sud. Mais les défenses doivent être rétablies dans la boue et sous une pluie diluvienne, tandis que les mines antichars sont encore empilées et qu’aucun câble téléphonique n’a été déroulé. Dès le 11 décembre, les Indiens sont engagés dans une lutte acharnée et il apparaît vite que la débâcle menace les Britanniques, dont beaucoup combattent des blindés pour la première fois. Le 12, Murray-Lyon reçoit l’autorisation de faire retraite, qui s’effectue dans la plus grande confusion. Une deuxième position est enlevée pour moins de cinquante pertes japonaises et le manque de combativité et d’efficacité des troupes alliées semble flagrant. En dépit des destructions, les Japonais talonnent les Britanniques grâce aux performances de leurs troupes du génie, qui se sont longuement entraînées. L’avance japonaise semble irrésistible et, le 3 janvier, Yamashita enfonce les lignes britanniques établies à Kempar après un dur combat qui lui a coûté de lourdes pertes. Entretemps, des renforts arrivent à Singapour et Wavell est nommé à la tête de l’ABDACOM, qui rassemble les forces britanniques, américaines et néerlandaises dans le sud-est asiatique. Le manque d’armement antichar et d’artillerie et l’effondrement du moral consécutif à la longue retraite ne favorisent pas la tâche de Percival. Les combats très disputés causent de nombreuses pertes et il devient douteux de tenir jusqu’au Johore avant l’entrée en lice des renforts, dont la 18th British Division. Kuala Lumpur est conquise par les Japonais le 11 janvier. L’entrée en ligne des australiens et d’une nouvelle brigade indienne ne change rien. Le 20, Percival n’a plus que 28 chasseurs et 74 bombardiers à sa disposition pour s’opposer à 400 avions japonais. Le 26 janvier, Heath ordonne la retraite de son 3rd Corps sur l’île de Singapour.

 La 8th Australian Division est sacrifiée à Singapour

La phase finale de la campagne de Malaisie débute alors. Le 8 février, Yamashita lance ses troupes à travers le détroit de Johore et établit vite une tête de pont solide face à une résistance mal inspirée de Percival, qui a négligé les défenses de l’île. Le front s’effondre vite et, devant la menace d’une pénurie de ravitaillement en eau, les Britanniques sont contraints à la capitulation le 15 février. Ces derniers ont perdu deux grosses unités navales et 120 000 prisonniers sur les 140 000 hommes engagés en Malaisie : un désastre sans précédent, qui survient peu de temps avant la grande défaite de la 8th Army à Tobrouk en Libye. Yamashita a perdu 9 800 hommes, dont 3 000 tués, pour remporter cet éclatant succès en à peine 68 jours de campagne. Au même moment, la débâcle en Birmanie semble confirmer le déclin de l’empire britannique en Asie. Le 25 décembre, Hong-Kong a capitulé avec ses 11 000 défenseurs : la Grande-Bretagne vient de subir une succession de revers face à ses adversaires japonais. Son image vis-à-vis des peuples asiatiques n’en est que plus affaiblie.

 

LE PONT DE LA RIVIERE KWAI

 

Les Japonais auraient capturé d’innombrables prisonniers au cours de leurs conquêtes foudroyantes de décembre 1941 à juin 1942 : plus de 10 000 Américains et 50 000 Philippins à Bataan, plus de 10 000 Américains à Corregidor, 42 000 Hollandais et 10 000 Britanniques à Java, 11 000 Britanniques à Hong-Kong, 120 000 Britanniques en Malaisie et plusieurs milliers en Birmanie, sans compter d’autres troupes autochtones, vite libérées. Pour un Japonais, à qui on apprend à se battre jusqu’à la mort, un prisonnier ne mérite aucune considération : c’est un lâche ou un traître. En outre, il est imbu de la propagande qui le fait haïr la « race » blanche, alors que lui-même se bat pour la  « race » jaune. Alors que le taux de mortalité dans les camps de prisonniers en Allemagne est de 4%, il atteint 27 % dans les camps japonais. La brutalité et les mauvais traitements sont de mise à l’encontre des captifs, voués à un esclavage ignoble, digne des pires camps de concentration. 12 000 prisonniers alliés –et peut-être 100 000 indigènes- meurent ainsi lors des terribles travaux pour la construction de la voie ferrée entre la Birmanie et la Thaïlande, au nombre des ouvrages d’art alors construits se trouve le fameux pont de la rivière Kwaï. Toutefois, certains gardes sont conciliants et la captivité est nettement moins éprouvante dans certains camps, notamment pour les officiers détenus en Mandchourie, Bornéo, Formose ou au Japon. La maladie, la faim et les mauvais traitements vont toutefois s’éterniser pendant quatre années pour la majeure partie des prisonniers, libérés en 1945 dans un état effroyable, après avoir souvent subi une des pires épreuves de la guerre : l’évacuation en 1945 des prisonniers en direction du Japon à bord des « navires de l’enfer ».

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