GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (44/44): La Mandchourie (1945)

LA MANDCHOURIE :

STALINE EFFACE L’HUMILIATION DE 1905

 


   La dernière bataille de la guerre est un immense succès pour les armées soviétiques

Le 8 août 1945, Staline déclara la guerre au Japon dans le but de conquérir d’importants territoires à l’est, actuellement sous contrôle japonais. L’Armée Rouge devait conquérir la Mandchourie, le nord de la Corée, les îles Kouriles et le sud de Sakhaline. Le 9 août 1945, les soldats soviétiques se lancèrent à l’assaut. L’opération, baptisée « Orage d’Août », bénéficie de forces considérables. Les Soviétiques engagent en effet trois fronts sous le commandement général du maréchal Vassilevsky, placé à la tête du commandement en Extrême-Orient. Le Front Transbaïkal du maréchal Malinovsky, qui frappe à l’ouest de la Mandchourie, est fort de 5 armées, dont une blindée, et d’un groupe de cavalerie mécanisée soviéto-mongol, dirigé par Pliyev. Le 1er Front d’Extrême-Orient du maréchal Meretskov, qui attaque en Mandchourie orientale, rassemble uniquement deux armées. Enfin, le 2ème Front d’Extrême-Orient du général Purkayev en concentre quatre, sans compter le groupe Chuguevsk et la flottille du fleuve Amour. Il convient d’ajouter deux armées aériennes pour que le dispositif soit complet. Il s’agit donc là de forces considérables rompues aux techniques de combats manœuvrières apprises dans la lutte menée à l’ouest contre l’occupant nazi : pas moins de 80 divisions totalisant 1,5 millions d’hommes, plus de 5 000 chars et canons automoteurs, 28 000 pièces d’artillerie et 4 300 avions. La flotte soviétique opérant depuis Vladivostok dispose pour sa part de 12 grosses unités et de 78 sous-marins. En face, l’armée du Kuantoung fait bien piètre figure devant cette débauche impressionnante de moyens. Ce groupe d’armées nippon est placé sous la direction du général Otsuzo Yamada. Le moins que l’on puisse dire est que les précédentes confrontations russo-japonaises et les différences en matière de qualité d’armement des armées respectives, ne serait-ce qu’en blindés, augurent bien mal du combat pour le Japon. L’armée du Kuantoung rassemble deux zones d’armées, soit quatre armées (équivalents chacun à un corps d’armée selon les normes des armées occidentales) et trois armées indépendantes, sans compter les forces dont disposent les Japonais en Corée. Pour être complet, il convient également de faire mention des troupes chinoises de l’armée du Mandchoukuo, un bien faible apport qualitatif pour les Japonais. Trois années de guerre du Pacifique n’ont fait qu’affaiblir l’armée du Kuantoung au profit du théâtre d’opération principal où les meilleures unités ont été englouties dans une lutte désespérée. La partie semble donc entendue. Yamada dispose tout de même d’un million d’hommes, 1 000 chars de faible qualité, 6 700 pièces d’artillerie et 1 800 avions. La disparité des forces en présence n’explique pas seule la terrible défaite que s’apprête à subir le Japon. Les responsables militaires nippons se fourvoient en effet totalement quant aux intentions d’attaque russes. Ils partent du présupposé que l’attaque soviétique depuis l’ouest se portera en direction de Hailar en suivant l’ancienne voie ferrée ou de Solun depuis la Mongolie. En fait, les Soviétiques vont non seulement attaquer suivant ces deux axes, mais leur effort principal se portera à travers la chaîne de Khingan, supposée à tort infranchissable. Bien plus, les effectifs transférés depuis le front de l’ouest par les Soviétiques sont gravement sous-estimés et la date de l’offensive est supposée être octobre 1945, voire le printemps 1946.

Les Japonais ne dispose d’aucun blindé capable d’affronter les T-34

L’offensive « Orage d’août » est lancée comme convenue le 8 août 1945. Les Soviétiques opèrent en fait une manœuvre d’encerclement tout à fait classique, si ce n’est que le champ de bataille couvre une superficie équivalente à l’Europe occidentale. La pince sud traverse les déserts et les montagnes depuis la Mongolie. Cette manœuvre, qui place les Russes loin de leurs lignes ferroviaires, surprend les Japonais, qui ne s’attendent pas à une telle possibilité en matière de logistique. Les troupes nippones sont donc battues en dehors de positions fortifiées et les zones avancées sont vite hors de tout contact. Les Russes engagent en outre des unités aéroportées qui s’emparent sans coup férir d’aérodromes et de zones urbaines en soutien de l’avance des troupes terrestres. La 6ème armée blindée parvint à franchir les montagnes de Khingan et prend à revers les lignes japonaises mais sa progression subie toutefois les aléas dus aux problèmes de ravitaillement. Les Soviétiques effectuent une percée vers le sud depuis le fleuve Amour. Le 10 août, ils entrent en Corée et ils envahissent la presqu’île de Sakhaline le 11. La guerre ne dure que depuis une semaine quand l’empereur Hiro Hito annonce la capitulation de l’empire du Soleil Levant sur les ondes. Le lendemain, le cessez-le-feu est déclaré pour le front de Mandchourie.

La supériorité de la VVS est écrasante

Les Soviétiques se sont alors déjà grandement enfoncés en Mandchourie et ils poursuivent leur avance, qui n’est désormais plus confrontée à la moindre opposition. Le 20 août, la garnison japonaise de Moutankiang capitule devant les 1ère et 5ème armées soviétiques. Les Russes prennent Tchang-Tchun et Moukden et avancent à pas de géants. A l’ouest, Guiha tombe également. Le 21 août, le général Pliyev opére sa jonction avec l’armée populaire de Mao-Tse-Toung, après avoir franchi la Grande Muraille. Pu Yi, l’empereur du Mandchoukuo, ancien empereur de Chine, tombe lui-même entre les mains soviétiques. Les soldats de Purkayev ont plus de difficulté à avancer. La 15ème armée russe prend de son côté Harbin et rejoint d’autres unités du 1er Front d’Extrême-Orient le 21 août après avoir parcouru 800 kilomètres en 12 jours. La campagne de Mandchourie est maintenant terminée.

A partir du 18 août, l’Armée Rouge entreprend une série de débarquements. Trois opérations amphibies sont ainsi effectuées dans le nord de la Corée, une sur Sakhaline et finalement une autre dans les îles Kouriles. Les Russes s’emparent de ces dernières le 1er septembre. Toutefois, les troupes débarquées en Corée sont encore isolées du gros des troupes, qui sont stoppées à peu de distance de la rivière Yalu, à l’extrémité nord de la péninsule coréenne. Les soldats soviétiques déjà en Corée parviennent à occuper une partie du nord du pays mais l’espoir caressé par les Soviétiques de faire main basse sur l’ensemble du territoire est contrecarré par le débarquement inopiné de troupes américaines dans le sud de la péninsule le 8 septembre, soit six jours après la capitulation effective du Japon à bord du cuirassé Missouri,  ancré dans la baie de Tokyo. D’après l’Armée Rouge, la campagne de Mandchourie coûta aux Soviétiques 8 219 et 22 264 blessés. Les Japonais eurent 83 737 tués, 20 000 disparus et 594 000 prisonniers de guerre. Les estimations japonaises mentionnent au contraire la perte de 20 000 morts dans chaque camp, sans compter 50 000 blessés soviétiques.

L’armée nipponne est balayée par une véritable « Blitzkrieg » soviétique

L’offensive menée par les Soviétiques en Mandchourie et les deux bombardements atomiques opérés par les Américains ont convaincus les dirigeants japonais que la lutte est désormais vaine. La présence russe en Mandchourie n’est pas sans conséquences sur les tensions internationales de l’après-guerre. La Mandchourie sera en effet la base opérationnelle du communiste chinois Mao Tsé-Toung, qui sortira victorieux en 1949 de sa confrontation avec Tchang Kai –Chek pour le contrôle de la Chine. Avant de quitter la Mandchourie, qui retourne à la Chine, les Russes démantèlent le pays de ses infrastructures industrielles pour reconstruire leur pays dévasté par la guerre. L’URSS s’empare également définitivement des îles Kouriles et de Sakhaline. Enfin, l’impossibilité pour les Soviétiques de s’emparer de l’ensemble de la Corée va mener à la partition du pays entre deux Etats, en prélude à la guerre qui va embraser la région cinq ans plus tard.

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