Guerre du Pacifique/Pacific War (6/43) : Indonésie

Les Japonais à l’assaut des richesses de l’Indonésie (15 déc.41-12 mars 42)

Banzaï! Après la Malaisie et les Philippines, le déferlement des forces armées et navales japonaises se poursuit vers les Indes néerlandaises.

Au cours de ce mois de décembre 1941, si dramatique pour la cause alliée dans le Pacifique, les hauts responsables politiques et militaires anglo-américains se rencontrent à Washington. La conférence Arcadia décide d’un commandement unifié allié, l’ABDACOM (pour American British Dutch Australian Command), pour faire face au déferlement japonais entre la Birmanie et l’ouest de la Nouvelle-Guinée. La zone couverte par l’ABDACOM correspond donc à la Birmanie, la Malaisie, les Indes Néerlandaises, les Philippines, l’ouest de la Nouvelle-Guinée et le nord-ouest de l’Australie. Cependant, les Alliés ne peuvent guère rassembler des forces imposantes dans le secteur sud pour mener à bien leur volonté d’endiguer la vague des conquêtes japonaises. Les Néerlandais disposent de 400 avions et d’une armée coloniale tout à fait inexpérimentée, dont les effectifs se montent à 100 000 soldats indigènes, cette armée ayant été constituée à partir du noyau de 30 000 soldats professionnels. L’essentiel des forces néerlandaises se trouve à Java. Les Alliés rassemblent une force de cinq croiseurs et d’un certain nombre de destroyers pour assister les Néerlandais. La situation semble désespérée. Les chefs alliés décident de confier le commandement de l’ABDACOM au commandant en chef aux Indes, le général Wavell, l’ancien vainqueur des Italiens en Afrique orientale et en Egypte. Habitué aux situations dramatiques, Wavell va concentrer son énergie sur la Malaisie et la Birmanie où, pourtant, la Grande-Bretagne va subir ses pires humiliations de la guerre.

La maîtrise du ciel: une des clés des succès japonais

Les Indes néerlandaises et leurs richesses ne tardent pas à subir l’assaut nippon. Un premier débarquement japonais s’effectue le 17 décembre à Miri, dans la partie britannique de Bornéo. Le 11 janvier, ils s’emparent simultanément du grand port pétrolier de Tarakan, à l’entrée du détroit de Macasar, et de celui de Menado, à l’extrémité nord de l’île des Célèbes. Sur celle-ci, l’aérodrome de Kandari est remis en état dans un temps record, de même que celui d’Amboine, dans les Moluques, occupé le 3 février. Ainsi, les forces navales japonaises du secteur ne manque jamais du soutien aérien de l’aviation nipponne, bien que ne disposant d’aucune forces aéronavales. Le 21 janvier, les Japonais envahissent Balikpapan, à Bornéo, et s’emparent de ses riches gisements de pétrole. Le 19 février, c’est au tour de Bali de subir l’invasion nippone. Ce même jour, les porte-avions de l’amiral Nagumo opèrent un raid aérien sur Darwin, en Australie, coulant une douzaine de navires alliés et coupant ainsi les liaisons maritimes entre l’Australie et Java. Puis, les troupes japonaises s’emparent de Timor le 20 février, faisant aucune distinction entre la partie néerlandaise et la partie portugaise de l’île : la conquête est d’importance puisqu’elle permet de menacer les communications entre la Malaisie et l’Australie.

Les Indes néerlandaises: un nouveau succès pour l’empire du Soleil Levant. Les objectifs de conquêtes sont désormais pratiquement atteints.

La conquête des Indes néerlandaises par les forces japonaises suit un plan dûment mis au point. En janvier 1942, après avoir établi des bases dans les îles situées au nord de Java, les Japonais rassemblent une flotte totalisant plus de 100 bâtiments de guerre et de transport. Le départ de la flotte est retardé par une attaque nocturne de destroyers américains à Balikpapan. Après la chute de Singapour, les Japonais prennent pied sur Sumatra où ils s’emparent de Palembang, où sont engagés pour la première fois des parachutistes japonais, dès le 16 février avant de d’attaquer Java. La situation de l’île est à ce moment-là sans espoir et la flotte de l’ABDACOM subit vainement plusieurs revers coûteux face à la marine impériale nippone sans pouvoir rétablir la situation. Les Japonais débarquant ainsi à Java le 1er mars et les combats dans l’île cessent au bout d’une semaine. La capitulation est signée à Bandung. Le Japon s’est alors rendu maître du pétrole des Indes néerlandaises, un de leurs buts de guerre essentiels. Par ailleurs, les Japonais ont également accès aux immenses ressources en caoutchouc de la région.

 Darwin bombardé: l’Australie ne figure pas dans les projets de conquête des Japonais

Plusieurs milliers de kilomètres plus à l’est, d’autres forces japonaises font subir des revers aux forces alliées dans le sud-est asiatique. L’Australie est directement menacée par la conquête des Indes néerlandaises par les Japonais, ainsi que le démontre le bombardement du port de Darwin par l’aviation nipponne. Les forces australiennes ne comptent alors que quatre divisions, toutes engagées au Moyen-Orient ou en Malaisie. L’armée australienne a cependant fort à faire car elle doit défendre un territoire considérable : outre l’Australie, ce sont de multiples archipels et une partie de la Nouvelle-Guinée. Il ne reste donc plus essentiellement que la milice pour défendre des bases importantes comme Rabaul ou Port-Moresby en Papaouasie. En ce qui concerne l’armée de l’air, la RAAF (Royal Australian Air Force) la situation est encore plus dramatique puisque les Australiens ne sont plus en mesure que d’aligner que 29 bombardiers et 14 hydravions Catalina, les escadrons opérationnels étant alors en Europe, au Moyen-Orient et en Malaisie. Du côté de la marine, les Australiens alignent les croiseurs HMAS Canberra, HMAS Hobart et HMAS Australia ainsi que plusieurs destroyers. Les forces disponibles sont concentrées en Australie, autour de Brisbane, Newcastle, Sydney et Melbourne, puisqu’il s’avère bien sûr impossible de défendre 20 000 kilomètres de côtes. Il ne reste donc plus que 3 000 hommes et une poignée de canons pour la défense de Port-Moresby, une poignée de combattants en Nouvelle-Guinée, quelques centaines d’hommes dans les îles de l’Amirauté, les Salomons et la Nouvelle-Irlande et 1 500 hommes et quelques canons à Rabaul. Dans de telles conditions, les Japonais ne peuvent que s’emparer sans difficultés des principales possessions australiennes dans le Pacifique. Le 2 février, les troupes japonaises engagées dans les mers du sud commandées par le vice-amiral Inoue reçoivent l’ordre de s’emparer de Lae et Salamaua en Nouvelle-Guinée, puis de Port-Moresby. Les deux premières localités sont prises sans difficultés et les préparatifs pour l’assaut contre Port-Moresby peuvent alors débuter. Toutefois, le 10 mars, la Task Force 16 de l’amiral Hasley, mouillant dans le golfe de Papaouasie, lance ses appareils des porte-avions USS Yorktown et USS Lexington à l’attaque des deux bases japonaises et coule quatre navires dont deux transports, endommageant par ailleurs neuf autres bâtiments dont un croiseur et deux destroyers. Ce succès américain est un choc pour les japonais : l’amiral Inoue sait désormais qu’il lui faudra l’appui de porte-avions pour achever la conquête de la Nouvelle-Guinée. Le 4 janvier, 5 000 Japonais commandés par le général Horii débarquent à Rabaul. En dépit d’une résistance acharnée, les Australiens cèdent et sont poursuivis et massacrés à travers la jungle. Les 400 survivants parviennent à s’échapper à travers les montagnes de Nouvelle-Bretagne. Kavieng, en Nouvelle-Irlande, est prise à son tour tandis que les Japonais s’établissent au nord des îles Salomon. Des appareils japonais peuvent alors être positionnés à Rabaul et dans le golfe de Huon. La menace contre l’Australie et Port-Moresby devient donc réel. Bien plus, si l’avance japonaise se poursuit en direction des Fidji et de la Nouvelle-Calédonie, ils peuvent couper la ligne du ravitaillement maritime entre l’Australie et les Etats-Unis, avec les conséquences désastreuses pour les Alliés que cela suppose. A partir de la fin janvier 1942, les éléments des 6th et 7th Australian Divisions quittent le Moyen-Orient. 64 151 hommes sont ainsi rapatriés en Australie (environ 18 000 hommes par division plus les unités de corps d’armée et des lignes de communications). Nommé commandant en chef des forces terrestres australiennes, le général Blamey organise ses troupes : en avril 1942, cela représente au total environ 46 000 soldats aguerris, 63 000 volontaires à divers stades d’instruction, 280 000 miliciens et 33 000 soldats américains inexpérimentés. La Nouvelle-Guinée néerlandaise est quant à elle conquise entre le 4 et le 19 avril, date de la chute d’Hollandia.

 

FOCUS : LA MARINE IMPERIALE JAPONAISE

L’aéronavale: une des forces de la flotte nipponne.

En décembre 1941, la flotte japonaise est dirigée par l’amiral Yamamoto, officier brillant, qui est bien conscient des faiblesses de son pays. Yamamoto sait parfaitement que sa flotte ne peut vaincre les Etats-Unis, mais il espère, comme les autres responsables japonais, que ses succès dans la bataille se traduiraient par l’acceptation par les Américains d’un compromis à l’avantage du Japon. La marine impériale est toutefois un outil imposant et impressionnant, qui n’a eu de cesse de se développer, avec la sanction de différents accords navals avec les autres grandes puissances maritimes. Avec les cuirassés de la classe Yamato, armés de pièces de 457 mm, les japonais dispose des navires de ligne les plus puissants au monde. Sa doctrine vise l’annihilation complète de l’adversaire, en l’occurrence la flotte américaine du Pacifique, au cours d’une confrontation directe dans une bataille décisive, une répétition en somme de la victoire remportée sur les Russes à Tsushima en 1905. Avant la mise au point du raid sur Pearl-Harbor, il est convenu que la flotte serait soutenue par des appareils basés à terre et des porte-avions chargés de détruire leurs homologues américains avant de se joindre au reste de la flotte pour le combat final. Les cuirassés et les croiseurs lourds, pièces maîtresses de la flotte, et non les porte-avions dont tout le potentiel opérationnel et tactique n’est pas encore assimilé, détruiraient la flotte américaine. Toutefois, la marine impériale est gravement handicapée par une grave pénurie touchant les navires indispensables à l’approvisionnement des bases, qui seraient constituées très loin du Japon. En outre, le Japon ne possède alors que 9 pétroliers ravitailleurs pour sa flotte. Par ailleurs, les escorteurs, tardivement équipés d’un hydrophone, sont nettement inférieurs aux unités alliées de même classe en terme de performance. En 1941, Yamamoto n’en dispose pas moins d’une force de premier ordre qui aligne 10 porte-avions, 11 cuirassés, 18 croiseurs lourds, 17 croiseurs légers, 111 destroyers et 67 sous-marins.

Write the message

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>