Guerre du Pacifique/Pacific War (7/43) : Java

Java : l’éphémère ABDACOM du général Wavell

 

Archibald Wavell: après avoir dû relever une série de défis au Moyen-Orient, ce général, l’un des plus brillants de l’armée britannique, reçoit la lourde tâche d’assumer le commandement de l’ABDACOM.

L’ABDACOM, placé sous le commandement du général Wavell, est censé regrouper les forces alliées dans leur lutte commune contre l’envahisseur japonais. L’amiral américain Hart commande les forces navales, le général britannique sir Pierce est à la tête des forces aériennes, tandis que les forces terrestres sont placées sous le commandement du général néerlandais Hein ter Poorten. L’aménagement du commandement est cependant quelque peu bancal. En effet, le vice-amiral Helfrich, qui commande la flotte des Indes Néerlandaises, n’est pas inclus dans cet arrangement. Helfrich estime qu’un commandement néerlandais aurait été plus approprié pour défendre les Indes néerlandaises et ses relations avec Hart sont mauvaises. Pourtant, ce dernier est tenu de coopérer avec Helfrich pour les opérations navales. En fait, exception faite des américains qui n’ont aucun territoire à protéger dans la zone couverte par l’ABDACOM, les commandants de l’ABDACOM se soucient moins de l’impérieuse nécessité de coordonner leurs actions face à la menace japonaise que de protéger leurs colonies. Les Américains et les Australiens s’intéressent pour leur part davantage au Pacifique du sud-ouest et aux approches de l’Australie. Wavell, souvent absent du QG pour inspecter Rangoon et Singapour, donne l’impression de ne s’intéresser qu’à la Malaisie et à la Birmanie et se préoccuper avant tout de Singapour : il souhaite utiliser la flotte de l’ABDACOM pour escorter les convois en partance pour Singapour au détriment de la formation d’une force offensive contre les convois et la flotte japonais. C’est ainsi que la majeure partie des navires alliés de l’ABDACOM sont en mission d’escorte des convois quand les Japonais frappent à Bornéo.

 Soldats nippons à Java

Le 21 janvier 1942, les Japonais débarquent à Bornéo, afin de s’emparer des riches gisements de pétrole de l’île, indispensables pour l’empire nippon pour poursuivre l’effort de guerre. La seule force navale alliée susceptible d’intervenir est l’escadre américaine du contre-amiral Glassford basée dans la baie de Kupang, au Timor. Glassford dispose de deux croiseurs, les USS Marblehead et Boise, et quatre destroyers. La force navale américaine intervient néanmoins pour tenter de stopper l’invasion japonaise. Glassford met alors le cap sur Bornéo mais les deux croiseurs ne tardent pas à avoir des ennuis : le Boise heurte un écueil et doit faire route pour Java et le Marblehead connaît des ennuis mécaniques avec ses machines. Les quatre destroyers poursuivent donc seuls leur route et pénètrent dans le détroit de Macassar. La marine américaine est sur le point de livrer sa première bataille navale du second conflit mondial. Le contact est pris avec la flotte nipponne le 24 janvier à 2h du matin, à Balikpapan, à Bornéo. Les silhouettes des navires japonais se découpent nettement sous l’effet des lueurs provenant des champs pétrolifères. Les destroyers américains foncent alors sur l’objectif. Une première torpille touche le transport de troupes Sumanoura Maru qui explose immédiatement. Deux autres transports, le Tatsukami Maru et le Kuretake Maru, et un patrouilleur sont également touchés. A court de torpilles, souvent défectueuses, les navires américains ouvrent alors le feu avec leurs pièces d’armement principal. Après avoir finalement coulé cinq navires en tout au cours de cet engagement, les Américains rompent le combat et mettent le cap sur Java. Cette première intervention de l’US Navy se solde donc par un succès certain, mais n’empêche aucunement le déferlement japonais sur Bornéo.

 La flotte néerlandaise n’est pas de taille à affronter celle des Japonais, même avec l’appui d’unités de l’ABDACOM.

L’ABDACOM tente ensuite plusieurs interventions navales contre les forces nippones mais ces sorties se soldent par des échecs. Une attaque lancée contre les forces de débarquement japonaises au sud des Célèbes subit les assauts dévastateurs de l’aviation nippone qui endommage le USS Marblehead et Houston. Le USS Marblehead est si gravement touché qu’il va finalement rejoindre les docks de Brooklyn pour subir les nécessaires réparations. Une autre déconvenue attend la flotte de l’ABDACOM dans le détroit de Badung. Les Alliés tentent en effet un raid de nuit qui implique pas moins de trois croiseurs néerlandais et une douzaine de destroyers américano-hollandais. L’attaque est un échec piteux et un destroyer néerlandais est envoyé par le fond. L’entraînement de la marine japonaise au combat nocturne semble donc porter ses fruits et la bataille de Guadalcanal en donnera un nouvel aperçu au cours du second semestre de 1942. Avec l’avancée de l’invasion japonaise, la situation à Java apparaît de plu en plu précaire. Wavell fait alors savoir aux principaux chefs américains et britanniques que la perspective de tenir les Indes Néerlandaises est désormais sans espoir. Bien entendu, les Néerlandais s’opposent à cette vision pessimiste et exige que la défense de java soit mener jusqu’au bout. En outre, les Néerlandais se montrent de plus en plus réticent à confier leur défense maritime à un étranger et accusent Hart d’être à l’origine des pitoyables résultats obtenus jusqu’à présent. C’est peu faire cas de la prudence par trop excessive de l’amiral hollandais Doorman. Hart est donc sacrifié pour ménager les susceptibilités des Néerlandais. Rappelé à Washington, Hart est remplacé par l’amiral Helfrich. Ces changements de commandements ne changent bien évidemment rien de la gravité de la situation. Le 25 février, Wavell obtient l’autorisation de dissoudre son état-major l’ABDA, dont la Birmanie est déjà détachée. Le commandement de l’ABDA est alors confié aux Néerlandais. Si les bâtiments alliés de la flotte d’Asie demeurent à Java, les escadrilles aériennes américaines et britanniques sont en revanche déplacées vers d’autres secteurs pour la majeure partie d’entre-elles.

 Le HMS Exeter: sauvé de justesse!

La veille, le 24 février au matin, les avions et les sous-marins américains signalent la présence d’importants convois japonais dans le détroit de Karimata et au large de l’île de Bawean, dans la mer de Java. Pour les Alliés, il n’y a pas de doute possible : l’invasion de Java est commencée ! L’amiral Doorman dispose pour sa riposte de cinq croiseurs (deux néerlandais, deux britanniques et un américain) et d’une douzaine de destroyers. La flotte quitte le port de Surabaya pour intercepter les convois japonais en pleine mer. Pourtant, la flotte de l’ABDA n’est pas dans les meilleures conditions pour engager l’ennemi : les dommages de l’USS Houston ne sont toujours pas réparés et les équipages sont fatigués par deux nuits de patrouilles infructueuses. Trois jours plus tard, Doorman arrive au contact des Japonais. La marine impériale engage une flotte conséquente pour l’invasion de Java : deux croiseurs lourds, deux croiseurs légers et seize destroyers. Pendant une heure, les deux flottes échangent des tirs tout en se maintenant à distance. A cette occasion, la précision des tirs japonais ne s’avère pas exceptionnelle. Néanmoins, un croiseur japonais parvient finalement à toucher le croiseur HMS Exeter. Celui-ci, ralenti, peut cependant regagner Java sous l’escorte d’un destroyer néerlandais grâce à l’habile déploiement des autres destroyers qui empêche les Japonais d’achever le croiseur. Le destroyer néerlandais Kortenaer est pourtant touché par une torpille japonaise et il sombre. Doorman demande alors aux destroyers dont il dispose encore, quatre navires américains, de se positionner pour attaquer l’ennemi à la torpille. Les Américains lancent leurs torpilles à 9 000 mètres sans résultats. A court de torpilles, les quatre navires rompent alors le combat et regagnent Surabaya après avoir mis hors de combat le destroyer japonais Asagumo. Doorman veut frapper les transports de troupes japonais à la faveur de la nuit. A la nuit tombée, il tente donc de pénétrer le dispositif ennemi avec ses quatre croiseurs. Malheureusement, des avions de reconnaissance japonais larguent des fusées éclairantes. Les navires de Doorman sont donc engagés une nouvelle fois par la flotte nippone. Les Japonais font une nouvelle fois preuve de leurs indéniables talents dans les combats maritimes nocturnes et deux croiseurs néerlandais, le navire-amiral De Ruyter et le Java, sont envoyés par le fond. Surclassé en armement par ses adversaires japonais, le De Ruyter est endommagé par les tirs des croiseurs japonais avant d’être achevé à la torpille, sombrant alors avec 345 hommes dont Doorman lui-même. Les deux croiseurs restants, le USS Houston et le HMS Perth, parviennent à se dégager et à mettre cap sur Batavia. Les Alliés ont retardé l’invasion japonaise de Java de 24h au prix de deux croiseurs et de quatre destroyers. De bien lourdes pertes pour un résultat aussi insignifiant.

 L’épave du Perth gît comme dans d’autres dans les profondeurs…

La défaite alliée à Java est donc inévitable. Les navires alliés qui tentent de gagner l’océan Indien sont presque tous coulés dans leur tentative d’échapper aux Japonais. Au cours d’une de ces tentatives, les deux croiseurs rescapés du combat initié par Doorman quelques jours auparavant, le HMS Perth et le USS Houston, rencontrent une partie des forces d’invasion japonaise, 50 bâtiments de transports sur le point de débarquer des troupes dans la baie de Banteen. Avant de couler, ces deux croiseurs parviennent à détruire ou endommager plusieurs navires ennemis. Les Japonais débarquent à Java le 1er mars. Le 2 mars, Batavia est entre leurs mains. Au bout d’une semaine, ils obtiennent la reddition des derniers défenseurs japonais. L’éphémère ABDACOM n’est plus.

Write the message

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>