Guerre du Pacifique/Pacific War (8/43) : Birmanie

La Birmanie : vers les Indes !

(8déc.41-fin juin 42)

L’armée nipponne aux portes de l’Inde: la Chine nationaliste est isolée, mais est-ce une campagne trop loin?

La Birmanie constitue un des pires terrains imaginables pour mener une guerre. Les conditions de vie imposées par la nature sont très contraignantes. Le pays est très montagneux au nord, à l’est et à l’ouest, avec des chaînes encore élevées au centre, couvertes d’une jungle épaisse et impénétrables. Toutefois, une plaine praticable aux blindées existe au sud du pays. Les fleuves peuvent être très larges, l’Irrawaddy peut ainsi atteindre 12 kilomètres de large à la saison des pluies. Celle-ci, correspondant à la mousson, s’étale de la mi-mai à la mi-septembre, est marquée par des pluies diluviennes, qui rendent les opérations militaires particulièrement malaisées. Une seconde mousson a lieu vers Noël. Le climat chaud et humide favorise la multiplication de maladies comme la malaria. En outre, les zones côtières marécageuses constituent également des secteurs dangereux pour la santé et l’hygiène des combattants. Les bonnes routes et les voies-ferrées sont rares et constituent donc des enjeux militaires primordiaux. C’est sur ce terrain difficile que l’armée britannique doit enrayer l’avance des Japonais et protéger les Indes. L’armée britannique de Birmanie totalise 20 à 25 000 hommes le 27 décembre 1941. Le commandant provisoire de cette armée, dont le QG est positionné à Rangoon, est le général Hutton, le général Smyth ne prenant son poste qu’au début janvier. L’armée aligne la 1st Burma Division du général Bruce-Scott, la 1st Burma Brigade du général Farwell, la 2nd Burma Brigade du général Bourke, la 13th Indian Brigade du général Curtiss, la 16th Indian Brigade du général Jones ainsi que diverses unités de garnisons, en tout une vingtaine de bataillons valables. L’aviation est réduite à 57 appareils. Dans le nord de la Birmanie se situe l’artère vitale qui permet aux Américains de faire transiter leur aide militaire en faveur des Chinois dans le cadre de la loi prêt-bail. Celle-ci reste cependant faible jusqu’à l’entrée en guerre des Etats-Unis, notamment en raison des difficultés que pose l’acheminement. En septembre 1941, le pilote américain Claire Chennault, qui assiste le gouvernement chinois depuis 1937 dans sa lutte contre les Japonais, commande une centaine de chasseurs Curtis P-40 Tomawakh, pilotés par des pilotes volontaires, les célèbres « Tigres Volants ». Chennault obtient des Britanniques l’autorisation d’entraîner ses pilotes et des pilotes chinoise en Birmanie.

       

L’effort de guerre américain: à gauche, Stilwell, qui méprise les Britanniques; à droite, les fameux « Tigres Volants ».

Avant même l’entrée en guerre de son pays, Roosevelt entend bien apporter toute l’aide possible aux Chinois. En décembre 1941, il envoie auprès de Tchang Kai-Chek le général Stilwell, dont le mauvais caractère le fera surnommer « Vinegar Joe ». Celui-ci reçoit la mission d’assurer la fourniture du matériel de la loi prêt-bail aux Chinois tout en assurant le poste de chef d’Etat-major de Tchang Kai Chek et de commandant des forces américaines en Chine. Stilwell est persuadé de pouvoir faire des Chinois de bons soldats mais la corruption des seigneurs de la guerre fait qu’une bonne part de l’aide américaine est détournée à leur profit. Le général Slim, qui va bientôt prendre en charge les opérations en Birmanie, et Stilwell, qui n’aime pas les Anglais, ne s’apprécient pas. Les Britanniques, tout en sous-estimant leurs adversaires japonais, savent bien que les Chinois sont de piètres combattants et voient d’un mauvais œil leur installation sur le territoire de l’empire britannique. Finalement, trois armées chinoises totalisant 100 000 hommes seront engagées en Birmanie, mais elles sont dispersées et positionnées trop au nord.

La 15e armée japonaise ajoute une nouvelle série d’exploits aux faits d’armes retentissants remportés par les forces armées nippones depuis le 7 décembre 1941.

La 15ème armée japonaise, qui occupe la Thaïlande dès le 8 décembre 1941, couvre les opérations en Malaisie jusqu’au 20 janvier tout en préparant sa future offensive. Commandé par le général Iida, elle comprend la 33ème DI du général Sakuraï et la 55ème DI du général Takeuchi, renforcées en février-mars par la 56ème DI et la 18ème DI du général Mutaguchi, cette dernière ayant joué un rôle essentiel dans la prise de Singapour. Chaque division comprend environ 15 000 hommes. 150 chars interviennent à partir de mars 1942. L’invasion japonaise de la Birmanie est destinée à isoler la Chine, faire main basse sur les richesses, notamment pétrolières, du pays et se positionner sur un terrain favorable pour repousser les tentatives de reconquête alliées. Un bombardement de Rangoon la semaine de Noël se solde par la perte de 50 appareils nippons contre seulement 10 pertes chez les Alliés. Dès le 21 janvier, en dépit de l’ordre de Wavell de ne céder aucun pouce de terrain en attendant l’arrivée de renforts à Rangoon, la 16th Indian Brigade est contrainte à la retraite face aux assauts de la 33ème DI.

 

Après deux jours de lutte acharnée, elle est à nouveau contrainte au repli et abandonne le port de Moulmein avec la 2nd Burma Brigade, qui parvient néanmoins à infliger des pertes sévères aux assaillants. Le 10 février, les Britanniques tentent d’arrêter en vain les Japonais sur la Bilin. Ces derniers attaquent avec élan sous la protection d’une couverture aérienne conséquente et l’ordre de résistance de Wavell est désastreux, provoquant à partir de la nuit du 19 le repli à pied de quatre brigades sur 50 kilomètres sur une seule piste vers un unique pont sur le Sittang. Le 23 février, Smyth donne l’ordre de faire sauter le pont alors que deux brigades ne l’ont pas encore franchi ! 800 hommes parviennent néanmoins à traverser le fleuve par des moyens de fortune. La 17th Indian Division est à ce moment-là exsangue et elle est recomplétée à Pegu, au nord de Rangoon, passant aux ordres du général Cowan le 2 mars. Dans le même temps, la 7th Armoured Brigade, venant d’Egypte et équipée de M3 Stuart, est arrivée dans sa totalité à Rangoon. Dans les airs, les « Tigres Volants » ont abattu 217 avions japonais au 23 mars et la RAF en a descendu 74, pour la perte d’une centaine d’appareils. Mais la situation devient vite intenable pour les Alliés qui doivent évacuer les aérodromes birmans. Pendant ce temps, Hutton, remplacé par le général Alexander et devenu son chef d’état-major, prépare la destruction du port de Rangoon. Les Japonais tentent de bloquer toutes les issues terrestres de Rangoon. Un général japonais a bien bloqué la route qu’Alexander projette d’utiliser pour l’évacuation et les Britanniques sont bloqués. Mais le Japonais commet l’erreur de poursuivre son avance vers l’ouest pour entrer à Rangoon par l’ouest, conformément aux ordres reçus. Les Japonais entrent donc dans Rangoon le 8 mars mais les Britanniques ont réussi à fuir.

Slim et son épouse: indubitablement l’un des meilleurs généraux britanniques de la guerre, méconnu et sous-estimé.

Le 19 mars, Wavell nomme le général Slim, venant du Moyen-Orient, à la tête du Burcorps, qui regroupe environ 65 000 hommes. Les Alliés veulent mener une action retardatrice sur la ligne Promé-Toungoo, pour empêcher le plus longtemps possible les Japonais de s’emparer des puits de pétrole de Yenangyaung. Toutefois, en dépit d’une résistance acharnée, la 200ème DI chinoise est contrainte d’abandonner le pont sur le Sittang à Toungoo. La 56ème DI japonaise saisie l’opportunité et balaye la 55ème DI chinoise, provoquant le repli divergeant des armées chinoises : les 6ème et 66ème armées vers la Chine et la 5ème au centre. Alexander décide de lancer ses blindés et la 17th Indian Division vers Promé pour soulager les Chinois. Débordés par les Japonais qui surgissent sur leurs arrières, les Britanniques subissent de lourdes pertes. Le 2 avril, Slim décide d’évacuer Promé et, devant l’aggravation de la situation, il ordonne le 16 avril la destruction des puits de pétrole. La 1st Burma Division, isolée au nord de Yenangyaung, est débloquée par l’intervention énergique de la 38ème DI chinoise du général Sun et de la 7th Armoured Brigade de Anstice. Devant la maîtrise des cieux par l’adversaire et sans perspective de renforts alors que les munitions et l’essence sont presque épuisées, Slim et Stilwell se résignent à la retraite. Mais il leur reste à réussir la traversée délicate des fleuves Irrawaddy et Chindwin. L’Irrawady est franchit sans difficultés entre le 25 et le 27 avril. La traversée de la Chindwin entre le 3 et le 10 mai est beaucoup plus dramatique et, à deux reprises, le Burcorps est sur le point d’être totalement anéanti. A la mi-mai, les rescapés atteignent enfin les Indes après une remarquable retraite de 1 600 kilomètres. Cette campagne de Birmanie est donc un succès complet pour les Japonais qui déplorent la perte de 2 500 hommes, dont 2 000 morts, contre plus de 23 000 soldats alliés, dont 13 500 Britanniques, au nombre desquels 2 000 morts.

Les puits de pétrole birman tombent entre les mains des Japonais: le plan de conquête semble réalisé…

 

FOCUS: L’ARMEE DES INDES

L’armée des Indes, commandé par le général Auchinleck jusqu’à l’été 1941 puis par le général Wavell jusqu’au retour d’Auchinleck en 1943, va contribuer largement à la victoire britannique contre les Japonais, enregistrant de lourdes pertes, 62 175 en Malaisie et 40 458 en Birmanie. Les troupes britanniques envoyées aux Indes ne relèvent plus des effectifs de la métropole, mais de ceux de l’armée des Indes. En outre, chaque brigade indienne est généralement constituée de deux bataillons indiens et d’un bataillon purement britannique. L’armée des Indes possède ses propres troupes d’élite, en l’occurrence les Gurkhas, originaires du Népal. Les officiers supérieurs sont presque tous des Britanniques. En décembre 1941, l’armée des Indes compte approximativement 900 000 hommes, dont 300 000 au Moyen-Orient et en Malaisie. Sur le reste, environ 150 000 hommes sont déployés sur la frontière nord-ouest ou en maintien de l’ordre sur le territoire, 300 000 autres étant à l’instruction. Lorsque débute l’offensive japonaise, l’essentiel des forces opérationnelles indiennes se trouvent au Moyen-Orient, à l’exception de 3 divisions en Malaisie et 1 division à potentiel réduit en Birmanie. Cette dispersion, ainsi qu’un entraînement orienté vers un engagement au Moyen-Orient, sera préjudiciable aux forces engagées contre les Japonais. L’uniforme lui-même est plus adapté au désert d’Afrique du Nord qu’à la jungle d’Asie du Sud-Est. En août 1945, l’armée des Indes compte 2 millions d’hommes, dont 1,2 millions dans les unités de services. Elle possède alors 19 régiments blindés et 207 batteries d’artillerie.

L’armée des Indes: un atout méconnu de la cause des forces alliées.

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