Guerre du Pacifique/Pacific War (9/43) : retraite du Burcorps

La difficile retraite du Burcorps

Les tanks Stuart envoyés en renfort depuis l’Egypte seront mal employés et ne permettront pas de rétablir la situation en valeur des Alliés

Toutes les contre-attaquent s’avérant finalement vaines, Slim et Stilwell sont contraint à la retraite. Du côté chinois, les 6ème et 66ème armées font retraite vers l’est, en direction de la Chine, avec donc un total manque de coordination avec le repli effectué par les autres armées, à commencer par la 5ème armée chinoise qui marche en direction du nord, également vers la Chine, mais via Myitkyina. Stilwellse retrouve lui-même dans une situation bien embarrassante quand les Japonais prennent le contrôle de la voie ferrée au nord d’Indaw. Le général américain ne peut alors plus envisager de se replier vers la Chine avec les restes de la 5ème armée. Il quitte alors Shwebo le 1er mai avec seulement 150 hommes : des membres de son état-major, quelques isolés et le personnel d’un hôpital de campagne américain. Stilwell n’a d’autre alternative que de marcher vers l’ouest et son petit groupe traverse la Chindwin dans la région d’Homalin. La retraite dure vingt jours : d’abord en train, puis en jeep et finalement à pied. Le général ne ménage pas ses efforts pour encourager ses compagnons à ne pas se décourager et aller de l’avant. Finalement, Stilwell rejoint Imphal, aux Indes, le 20 mai, à la grande surprise des troupes britanniques cantonnées dans le secteur.

La guerre dans la jungle: comment déceler les positions ennemies? Comment garder le contrôle de ses unités subordonnées? Commenta saurer un ravitaillement efficace?

Le Burcorps et la 38ème DI chinoise se dirigent pour leur part également vers les Indes, seule voie du salut pour Slim et, de toute façon, il importe aux Britanniques d’assurer la défense de la frontière orientale des Indes, défense pour laquelle le Burcorps s’avère indispensable. Ce n’est que le 26 avril que l’ordre de la retraite aux Indes n’est notifié à Slim. Au début, tout semble se conformer selon le plan prévu et aucune difficulté majeure ne vient entraver le mouvement. Les blindés assurent à Slim une sécurité certaine au cours de cette délicate manœuvre de repli et l’Irrawady est franchi sans interférence japonaise entre les 25 et 27 avril. Des actions retardatrices efficaces sont menées à Meiktila et des ponts sont détruits pour freiner l’avance japonaise, notamment à Ava. Le Burcorps doit suivre la route et la voie ferrée de Yeu en direction de Kalewa afin de franchir la Chindwin à proximité, à Shwegyin, grâce aux embarcations qu’on y rassemble en vue de l’arrivée des troupes de Slim. Arrivé à Kalewa, le Burcorps remontrait une piste difficile jusqu’à Tamu et Imphal. Une unité n’est toutefois pas concernée par cet itinéraire, la 2nd Burma Brigade. Cette brigade se trouve en effet à Monywa, bien plus à l’ouest que les autres unités de Slim, et elle doit tenter sa chance isolément en remontant la vallée de la Myttha jusqu’à Kalemyo, via Gangaw, et, de là, jusqu’à Imphal. Cette brigade effectuera tout ce trajet sans aucune interférence de la part des Japonais. Slim fait alors preuve d’un excès de confiance quand il ordonne à la 2nd Burma Brigade de quitter Moywa avant l’arrivée du gros de la 17th Indian Brigade, qui est alors retardée par les franchissements de l’Irrawady à Mandalay alors que la 7th Armoured Brigade protège le repli des Chinois. Les Japonais ne tardent pas à prendre parti de la décision malheureuse de Slim. Ils décident en effet de remonter l’Irrawady en bateaux et débarquent sur la rive ouest du fleuve précisément à Moywa. Le 30 avril, ils tentent en vain d’établir une tête de pont sur l’autre rive mais ils sont repoussés par un faible détachement britannique, totalisant à peine 300 hommes : des hommes du Gloucester Regiment, des Royal Marines, des hommes du génie et d’autres d’une unité fluviale, bien peu de choses en réalité. Le PC n’est à quelques kilomètres au nord-est des Japonais et celui de Bruce-Scott, le chef de la 1st Burma Division, à seulement 6 kilomètres au sud de Monywa, en tête de ses deux brigades (1st Burma et 63rd Indian), suivies par divers éléments logistiques et, en fin de colonne, la 17th Indian Division. Les Japonais sont donc en mesure de couper la retraite de l’ensemble du Burcorps qui tente de remonter la route depuis Mandalay. C’est ainsi que 700 Japonais prennent pied sur la rive est de l’Irrawady à la faveur de la nuit et d’un intense bombardement de mortiers.

 

Le mortier: une arme très efficace sur tous les fronts et employée abondamment par le forces japonaises.

 

Devant l’urgence de la situation, Slim ordonne à Bruce-Scott de poursuivre le mouvement dans la nuit et de faire intervenir au plus vite des blindés depuis Mandalay. La 17th Indian Division de Cowan doit de son côté emprunter la voie ferrée de Yeu pour mettre à pied d’œuvre une de ses brigades. Grâce à cette rapide réaction, la tête de pont japonaise est anéantie le 1er mai. Le repli vers l’es Indes est alors accéléré pour échapper à la menace des troupes japonaises qui talonnent le Burcorps. Afin de se prémunir pour l’avenir d’un nouvel épisode comme celui de Moywa, les Britanniques établissent un barrage d’épaves et de troncs en travers de la Chindwin gardé par une patrouille fluviale.

Slim: le sauveur du Burcorps

La Chindwin doit être rejointe à Shwegyin par les troupes de Slim. De là, les soldats du Burcorps doivent rejoindre la rive ouest en empruntant des bacs et des embarcations devant les emmener de Shweygin à Kalewa, distant de plus de 10 kilomètres plus au nord. Mais le franchissement de la rivière s’annonce comme difficile et particulièrement long. Les moyens permettant le passage sont en effet des plus limités et la masse des réfugiés fuyant l’avancée japonaise ne fait qu’entraver les mouvements des Britanniques. En outre, la maîtrise de l’air par les Japonais ne peut rendre l’opération que particulièrement périlleuse. Toutefois, Slim dispose de six bacs à moteur de grande capacité, capables d’emmener 5 à 600 hommes, un camion ou deux jeeps et deux ou trois canons. En revanche, aucun bac n’est capable d’embarquer un char : les blindés devront donc être abandonnés. Afin d’assurer la sécurité du passage, la 16th Indian Brigade est envoyé en avant par camions et prend positions le 3 mai à Shwegyin et Kalewa. Au même moment, la pression japonaise ne faiblit pas sur les troupes en retraite. Le gros du Burcorps se trouve alors encore dans la région de Yeu et Schwebo, les routes encombrées de réfugiés. Les blessés, au nombre de 2 000 retardent d’autant plus la progression de la retraite vers la Chindwin, alors que les Britanniques ne disposent que d’un unique point de passage.

Slim doit absolument atteindre la rivière avant les Japonais et empêcher ceux-ci de bloquer à nouveau le passage vers les Indes. Mais le niveau des réserves en vivres et en munitions commence à être critique. Slim se doit de réagir rapidement pour éviter toute déconvenue. Il décide en premier lieu d’envoyer la 1st Burma Brigade franchir la Chindwin plus au nord face à l’engorgement qui ne peut que survenir à Shwegyin. Au point de passage, le chargement à partir de l’unique jetée improvisée est lent, chaque canon devant être embarqué à la main. En outre, les bacs doivent remonter vers Kalewa en faisant face à un fort courant contraire : il faut plusieurs heures pour effectuer à peine dix kilomètres ! La zone d’embarquement se trouve elle-même au débouché d’une cuvette dépourvue de végétation, longue de 1 500 mètres et large de 500, entourée de falaises boisée d’une soixantaine de mètres. Voilà qui n’est pas de nature à rassurer les Britanniques : et si les Japonais s’emparaient de ces hauteurs ? L’accumulation de matériel, de soldats et de réfugiés donne l’image d’une véritable déroute. Pour faire face au chaos, il importe d’accélérer les passages et de prendre des mesures draconiennes pour éviter le chaos. C’est ainsi que chaque passager doit payer son passage d’un bûche, combustible indispensable pour faire manœuvrer les bacs. En outre, il est décidé d’abandonner tous les véhicules autres que les tout terrain à quatre roues motrices. Face à la menace aérienne nippone, on décide de multiplier les tranchées-abris et de concentrer toutes les pièces de DCA à proximité de la zone de franchissement. Enfin, la difficile défense des falaises n’est pas négligée et elle est d’abord confiée à des troupes de Gurkhas.

L’armée nipponne aux portes des Indes: mais la conquête de la perle de l’empire britannique n’entre pas dans les projets de conquêtes de l’empire du soleil levant

Les attaques japonaises ne se font pas attendre. Le barrage établi en aval est détruit à deux reprises et la Chindwin peut désormais être remontée par les Japonais. Des combats ont également lieu autour des escarpements entourant la cuvette de Shweygin. L’aviation nippone intervient également, causant des pertes certaines mais ne parvenant pas à couler les bacs. Le général Slim lui-même est pris sous les tirs de mousqueterie japonaise en provenance des falaises tout en continuant à marcher à pied lentement, en dépit de son vif désir de courir vers un abri, déclenchant ainsi l’hilarité d’un officier indien du 7th Gurkha devant l’embarras de son chef qui ne semble savoir quelle attitude adopter sous les tirs. Les combats autour des falaises ont acharnés, souvent au corps à corps, mais toutes les tentatives japonaises sont repoussées, bien que les tireurs d’élite et les mortiers opèrent des coupes sombres dans les rangs britanniques. Une de ces attaques parvient toutefois à portée de la jetée, mais elle est aussi repoussée et tous les attaquants sont abattus. Les Britanniques s’avèrent en revanche incapables de reprendre aux Japonais une hauteur donnant directement sur la jetée. Le 10 mai à 16h, Cowan décide de ne plus faire évacuer les blessés puis les derniers hommes valides qu’un peu plus au nord, afin d’échapper aux tirs des Japonais. Vers 20h, les pièces d’artillerie de la rive gauche vident leurs dernières caisses de munitions jusqu’au dernier obus en une vingtaine de minutes, puis les servants détruisent leurs canons. A la faveur de ce barrage d’artillerie, les dernières troupes franchissent le fleuve, à l’exception de quelques arrière-gardes, qui seront presque toutes recueillies plus au nord.

Propagande japonaise en faveur de l’Inde où les partisans de l’indépendance pourraient s’avérer de précieux alliés prêts à saisir l’opportunité d’un affaiblissement britannique

La marche qui suivit, 130 kilomètres par la vallée de la Kabaw, surnommée la vallée de la mort en raison de son caractère insalubre, n’est pas sans difficultés mais le Burcorps a au moins le soulagement de na plus être poursuivi par les Japonais. La mousson s’abat toutefois précocement sur la colonne en retraite dès le 13 mai et s’ajoute ainsi aux souffrances des hommes. A deux jours de marche de Tamu, le Burcorps est enfin recueilli et pris en charge par des soldats de l’armée des Indes. Les troupes de Slim sont toutefois dans un piteux état. Affamés et parfois sans chaussures, 80% de l’effectif est atteint plus ou moins gravement de paludisme. C’est pourtant à pied qu’ils doivent faire retraite, les cinquante derniers camions n’ayant pu les soulager tous de la difficulté de la marche, en dépit des rotations qu’ils effectuent sans cesse, permettant à près de la moitié des hommes d’en bénéficier. Le Burcorps est toutefois mal accueilli aux Indes, en dépit d’une retraite de 1 600 kilomètres, exploit rarement égalé dans l’histoire militaire. Les officiers et les soldats de Slim en garderont beaucoup d’amertume : pour eux, aucun accueil chaleureux comme celui qui fut offert aux rescapés de Dunkerque en juin 1940. Slim est pourtant fiers de ses hommes et ne cache pas son admiration à leur égard. Il a mené la retraite de main de maître mais, comme Stilwell et contrairement à beaucoup d’officiers dans d’autres campagnes, il ne fuit pas ses responsabilités et il accepte la réalité de la situation : « Nous avions été battus à plates-coutures ».

Write the message

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>