Il y a 74 ans en Normandie : 13 juin 1944

13 juin 1944

Le fait d’armes attribué à Michael Wittmann à Villers-Bocage appartient à la légende de la bataille de Normandie depuis que l’exploit a fait les choux gras de la propagande de Goebbels. Des années plus tard, Paul Carell ne manque pas de grossir le trait: « ce combat de Villers-Bocage, le 13 juin, est à coup sûr un des plus extraordinaires épisodes de toute la bataille de Normandie: une douzaine de Tiger engagés contre toute une brigade anglaise, contre l’élite des « rats du désert de Montgomery ». Dès le 11 juin, le QG de la 7. Armee a bien compris que l’ennemi prévoit d’introduire la 7th British Armoured Division à la jonction des 352. ID et Panzer Lehr.Que s’est-il réellement passé ?

Le 13 juin, alors que la Panzer Lehr, qui défend le secteur de Lingèvres et de Tilly, est fixée par les 49th et 50th divisions britanniques, la 1st British Army de Dempsey lance l’opération Perch, qui constitue la première tentative d’enveloppement en vue de prendre Caen. La percée américaine jusqu’à Caumont -prise le 13 juin par la 1st US ID- permet au chef du 30th British Corps, le général Bucknall, d’envisager une opération pour contourner la Panzer Lehr, fermement installée autour de Tilly-sur-Seulles. La 7th Armoured Division, les fameux « rats du désert », mène l’audacieuse offensive et traverse Villers-Bocage. L’exploitation est alors possible vers Caen. Ce faisant, la Panzer Lehr, isolée, risquerait l’anéantissement. Mais c’est sans compter avec les Tiger du 101. SS schwere Panzer Abteilung du SS-Sturmbannführer von Westernhagen. Michael Wittmann, un as des Panzer, alors chef d’une compagnie de Tiger, est informé de l’avance britannique et saute immédiatement dans le Tiger n°222. Il est 9h05. Il est immédiatement suivi par deux autres blindés.

A la faveur du bocage qui le dissimule à la vue de l’adversaire, Wittmann s’approche d’un ennemi, imprudemment arrêté sur la route et qui ne soupçonne rien du danger qui le menace. Le Tiger ouvre alors le feu sur l’escadron du QG et, soutenu par un second engin qui se joint au massacre, remonte toute la colonne en faisant feu de toutes ses armes. Tiré à bout portant, un obus de 75 mm de char Cromwell aurait -aveu d’impuissance- ricoché sur l’épais blindage du Tiger de Wittmann.

Pendant ce temps, un peu plus à l’est de cette même route, d’autres Tiger anéantissent les chars Cromwell britanniques qui tiennent la côte 213. L’infortunée colonne britannique qui n’est plus que carcasses calcinées… Les combats vont se poursuivre toute la journée, mais le plan de Montgomery est mis à l’échec. Trop confiants, les Allemands poursuivent leur avantage dans Villers-Bocage. Wittmann fait alors montre d’un singulier manque de jugement tactique puisqu’il expose dangereusement ses Tiger en les engageant dans un combat urbain sans soutien d’infanterie. Le propre Tiger de Wittmann tombe sous les coups bien ajustés d’un antichar britannique. Le célèbre officier SS a donc l’honneur controversé d’avoir été le premier chef de char à perdre son char Tiger en Normandie… Le piège qui s’est refermé sur les Allemands leur coûte cher: 5 Tiger sont incendiés dans la ville, 6 en tout, sans compter 2 Panzer IV détruits également au cours de combats de rues particulièrement acharnés. Le 101. SS schwere Panzer Abteilung ne percevra jamais de nouveaux engins pour combler ces pertes. Les Alliés ont pour leur part perdu un peu plus de 30 chars, mais ce sont pour eux des pertes faciles à combler.

Le 13 juin, alors que la 1st US ID s’empare de Caumont-L’Eventé tandis que la 2nd US ID s’approche de Saint-George-d’Elle (elle perd 540 hommes en deux jours en progressant vers Bérigny), la 2. Panzer-Division -sans les chars du Panzer-Regiment 3 qui sont alors débarqués des trains à l’est de Paris- est montée en ligne dans la région de Villers-Bocage et verrouille solidement le secteur au sud de Caumont-L’Eventé, établissant la jonction avec la 3. FJD sur le flanc droit de celle-ci. L’armée allemande a conjuré la menace. Saint-Lô est solidement tenu. Mais, une fois encore, de puissantes formations, parachutistes et blindés, sont contraintes d’adopter une posture défensive. Arrivés avant l’armement lourd -Panzer, antichars automoteurs et artillerie automotrice-, les Panzergrenadiere de la 2. Panzer-Division subissent des pertes anormalement élevées.

Plus à l’Ouest, le principe d’une attaque pour refouler les Américains de Carentan ne soulève pas d’objections. Dans la nuit du 12 au 13 juin, une atmosphère fiévreuse règne parmi les Fallschirmjäger note Martin Pöppel: « est-ce que nos troupes vont être en mesure de repousser l’ennemi? »Le 13 juin, en lever de rideau, la préparation d’artillerie devance une contre-attaque dont la modestie des effectifs engagés n’est pas en rapport avec l’importance stratégique. L’avance s’effectue haie après haie en terrain connu.

Les limites de la ville sont atteintes mais le baptême du feu des Waffen SS est rude. Sévèrement repoussés par les parachutistes et les tanks américains, les Allemands perdent environ 500 hommes. La discipline confine à la cruauté lorsqu’un officier, vétéran de la « Das Reich » abat ses propres soldats fuyant devant les blindés américains. « Maintenant tout est calme sur le champ de bataille. Ici et là des hommes remettent de l’ordre. Les camions se déplacent sans cesse pour évacuer les blessés, les munitions sont complétées et, le plus important de tout, les unités sont réorganisées ». Pöppel se lamente sur les restes de sa compagnie de Fallschirmjäger, encore « si fière et si forte » il y a peu.

   L’échec de la contre-attaque sur Carentan est cuisant. L’Oberstleutnant Criegern, le chef d’état-major du LXXXIV. Korps, ne cache pas son amertume devant le manque de combativité des Osttruppen et l’absence de la Luftwaffe, qui avait pourtant promis d’apporter son concours à cette opération d’une importance cruciale. Rommel entend faire de Carentan sa priorité mais, on l’a vu, Hitler impose sa volonté: les Panzer doivent être affectés à la défense de Caen.

La perte de Carentan pose à Rommel un autre problème. Il est impératif de s’opposer à l’extension de la tête de pont américaine en direction du sud, ce qui suppose d’allouer à la défense du secteur des renforts qui vont manquer dans le Cotentin où la pression américaine est également sensible.

. Le 13 juin, la 7. Armee prévoit que: « puisque un débarquement dans la baie de Vauville se combinera probablement avec des opérations aéroportées autour de Cherbourg (cette hypothèse n’est pas si qu’il n’y paraît: le 10 juin, les alliés annulent l’opération « Reinforcement » qui consistait en un largage de la 1st British Airborne sur Saint-Sauveur-le-Vicomte), le centre de la Festung Cherbourg côté terre doit être occupé immédiatement, avec l’effort principal dirigé au sud-ouest. Pour cela, le Maschinengewehr-Bataillon 17 et un bataillon de la 77. ID sont disponibles, ce dernier devant être amené au cours d’une marche nocturne le 12/13 juin. De solides défenses antichars seront construites ».On se prépare néanmoins à un siège en cas d’isolement de la forteresse. L’OKW ordonne ainsi de convoyer du bétail vers le grand port.

Collins est contraint de porter l’effort vers l’ouest, avec l’idée de couper la presqu’île du Cotentin. La 7. Armee en a parfaitement conscience, et ce dès la 11 juin.Mais les « bleus » de la 90th US ID ne se montrent pas à la hauteur et subissent des pertes très sérieuses. A la faveur d’une contre-attaque allemande, les GIs doivent même abandonner Pont-l’Abbé tout juste conquise.La 77. ID du Generalleutnant Stegmann -10 500 hommes et une cinquantaine de canons- arrive enfin à partir du 10 juin. Décision est prise de l’intégrer dans le dispositif de défense à Montebourg au lieu de l’engager sur le front de Saint-Lô. Marcks avait demandé par ailleurs le renforcement de la 709. ID avec des armes antichars. La situation reste néanmoins très précaire. En cinq jours, depuis le Jour J, la 91. Luftlande-Division accuse la perte de 4 000 hommes, soit près de la moitié des effectifs si l’on exepte le FJR 6 et ses 2 200 pertes au 12 juin (selon N. Zetterling). La division a dû remiser un tiers de ses obusiers, des 105 mm de montagne, faute d’avoir été en mesure de les approvisionner en munitions. Pour compenser, les artilleurs se voient doter de canons d’origine étrangère jusqu’alors en position sur l’Atlantikwall sur la façade ouest du Cotentin. Mais un tel expédient rend impossible toute coordination des tirs, faute de disposer de pièces du même modèle.

Ce 13 juin, pour tenir la ligne Baupte-Les Moitiers face à l’avance américaine au sud-ouest de Saint-Sauveur-le-Vicomte, la 7. Armee déploie le Kampfgruppe de la 265. ID, nouvellement arrivé, ainsi qu’un bataillon du Grenadier-Regiment 1049 de la 77. ID. Une semaine après le Jour J, les Allemands ont stoppé l’avance alliée sur Cherbourg et le Cotentin n’est pas encore isolé.

 

Bilan : une semaine après l’Invasion

La première semaine s’est écoulée et les Alliés sont désormais solidement implantés sur le continent. Au 13 juin, 331 600 soldats et 55 600 véhicules alliés ont été débarqués en Normandie. Les Allemands ont engagé 270 000 hommes face à l’Invasion.Les plans de Rommel, de Rundstedt et de Schweppenburg ont échoué. Rommel, toujours obnubilé par la menace que fait planer le faux groupe d’armée de Patton écrit à sa femme le 13 juin: « Il est temps pour la politique d’entrer en jeu. Nous nous attendons à ce que la prochaine invasion, probablement d’une envergure encore plus grande, se produise ailleurs dans les jours qui viennent ». Rommel, persuadé qu’il ne peut plus l’emporter, est donc d’avis qu’il faut terminer la guerre tant que l’Allemagne tient encore certains atouts entre ses mains comme gages pour des négociations.Marcks, tué le 12 juin, ne croyait plus non plus en la victoire.

Ce 13 juin, le Lieutenant General Miles Dempsey prend pourtant la mesure de l’échec qu’il vient de subir: « nous n’avons plus aujourd’hui aucune chance de nous emparer de Caen, ni d’élargir la tête de pont sur le front du XXXth Corps par une opération éclair qui aurait engagé la 1st British Airborne Division. Il convient de l’admettre, Caen ne pourra plus désormais être enlevée que par une bataille rangée, et nous n’avons ni les hommes ni les munitions qu’elle nécessite ». Mais Rommel a désormais la certitude que l’Invasion ne peut plus être repoussée: « Toutes les réserves qui nous parvinrent arrivèrent trop tard pour désorganiser par des contre-attaques le débarquement allié. Lorsqu’elles furent enfin à pied d’oeuvre, l’ennemi avait déjà débarqué des effectifs infiniment plus puissants et il était passé à l’assaut sous le couvert de son artillerie et de son aviation ».

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