La Campagne de Tunisie/Tunisian Campaign (10) DAK

Pour plus de détails, on se reportera à mon ouvrage sur l’Afrikakorps ou encore à The Bloody Road to Tunis de David Rolf.

 

L’AFRIKA KORPS EN TUNISIE

            La campagne de Tunisie verra la fin d’une unité mythique qui a marqué de son empreinte la guerre en Afrique du Nord : l’Afrika Korps. Fidèle à sa réputation de corps d’élite, l’unité fait encore une fois preuve de professionnalisme et d’efficacité, remportant de derniers succès, le plus notable restant la fameuse bataille de Kasserine.

 Rommel s’illustre une ultime fois en Afrique au cours de la campagne de Tunisie, qu’il n’a pas souhaité ni pu mener comme im le souhaitait, contraint de suivre les instructions de Hitler, de Mussolini et même de Kesselring, beaucoup moins inspiré que le « Renard du Désert ».

Sticto sensu, l’Afrika Korps correspond aux 15. et 21. Panzer-Divisionnen. La question se pose quant à la capacité de l’Afrika Korps à s’adapter aux nouvelles conditions de combats en Tunisie, où le relief plus montagneux, un front moins ouvert et la présence de nouveaux adversaires peuvent changer la donne. L’Afrika Korps, qui n’est plus que l’ombre de lui-même, n’aligne que bien peu de survivants des combats de Tobrouk et d’El Alamein de 1941-42, mais reste une unité d’élite remarquablement encadrée. Vaincu à El Alamein en Egypte en novembre 1942, Rommel réalise l’exploit d’assurer la sauvegarde de son armée qui, à l’issue d’une retraite rocambolesque de 2 500 kilomètres, parvient en Tunisie.

Les vétérans de l’Afrika-Korps, ainsi que les nouvelles recrues qui renforcent ses rangs clairsemés, vont affronter un nouvel adversaire: les soldats américains

L’Afrika Korps contre-attaque le 2nd US Corps

Rommel, enfin parvenu en Tunisie, met au point un plan ambitieux visant à contraindre les forces alliées à se retirer en Algérie après leur avoir infligé une sérieuse défaite. Devant la lenteur de la 8th Army et la nécessité pour celle-ci de reconstituer ses stocks, Rommel estime bénéficier d’un délai suffisant pour lancer une offensive d’envergure contre les Américains. Kesserling, qui espère redorer le blason de la Wehrmacht alors que la 6. Armee de Paulus vient de succomber à Stalingrad, partage son avis.

 Les pertes subies à El Alamein sont très lourdes. On ne peut que spéculer sur ce qu’il serait advenu si Rommel était parvenu en Tunisie avec une armée au potentiel encore largement préservé après la défaite en Egypte.

Les vétérans de l’Afrika Korps constituent le fer de lance de l’opération projetée. Les 15. et 21. PZD ne sont pourtant plus regroupées au sein de ce corps d’armée mythique. La 5. Panzerarmee doit frapper en premier à partir du col du Faïd avec les 10. et 21.PZD (200 chars, blindés et canons), placées sous le commandement du général Ziegler. L’opération est baptisée « Frühlingswind ». Deux jours plus tard, c’est au tour d’un Kampfgruppe de l’Afrika Korps (46 chars, dont 26 Panzer) commandé par le général von Liebenstein, organisé autour d’unités de la 15.PZD et de la 164.Leichte ainsi que de la « Centauro » d’attaquer un peu plus au sud, dans le cadre de l’opération « Morgenlust ».

L’opération « Frühlingswind » est bien connue. Retenons seulement que, les 14 et 15 février, l’US Army est sèchement vaincue à la bataille de Sidi-bou-Zid. Toutefois Ziegler n’entend pas les demandes de Rommel qui préconise une exploitation vers Sbeïtla la nuit même. Trop lente à exploiter son succès, la 21. Panzer n’a plus la fougue qui l’a caractérisé en Libye.

Von Liebenstein, de son côté, prend Gafsa le 15 février. Une compagnie, devant détruire le tunnel de chemin de fer de Metlaoui, s’empare d’une quantité considérable de wagons chargés de phosphates ainsi que de précieuses réserves de carburant. A Thélepte, 34 appareils alliés impossibles à évacuer sont détruits avant d’évacuer la base. Les soldats de l’Afrika Korps mettent la main sur 50 t de carburant et de lubrifiants, une aubaine si on en juge par les difficultés de ravitaillement que connaissent les forces de l’Axe. Rommel reprend l’offensive, baptisée « Sturmflut » et décide d’engager le groupe de combat de l’Afrika Korps sur Kasserine pendant que la 21.PZD se lancera sur Sbiba.

 Rommel mène de l’avant, comme il l’a toujours aimé. Au premier plan, un half-track américain saisi lors de l’offensive, symbole d’une victoire tactique mais aussi de la puissance matérielle d’une armée américaine entièrement motorisée.

Le col de Kasserine

Le 19 février, Rommel attaque la passe de Kasserine mais les mines, la pluie et la précision des tirs de l’artillerie américaine empêchent toutefois l’attaque allemande de déboucher. En outre, sous-estimant sans doute ses adversaires et peu accoutumé aux combats en zone montagneuse, l’Afrika Korps se déploie dans la vallée en négligeant les sommets où les Américains ont établis leurs observatoires d’artillerie. Des combattants du Sonderverband 288 commandés par les lieutenants Schmidt et Buchholz, parviennent néanmoins à réaliser des infiltrations dans le dispositif américain. Le 20 février, l’Afrika Korps s’empare enfin du col en fin d’après-midi. Rommel se lance dans l’exploitation, mais il divise à nouveau ses forces sur deux axes, Tébessa et Thala. La traversée du col de Kasserine est toutefois bien lente, ce qui occasionne encore une perte de temps. Les troupes de l’Afrika Korps et les Italiens, qui ont une nouvelle fois négligé les hauteurs, sont stoppés par le CCB sur la route de Tébessa. Pendant ce temps, la 21.PZD échoue également en direction de Sbiba où les renforts ne cessent en outre d’affluer, dont 25 Churchill tandis que 52 Sherman rejoignent le front à Tébessa ou sont en cours de transfert. Rommel, qui se trouve face à un adversaire beaucoup plus réactif et pugnace qu’escompté, donne l’ordre du repli.

 

Kasserine n’est pas le premier affrontement entre Américains et Allemands en Tunisie. En revanche, il met aux prises des troupes relativement peu expérimentées et des vétérans de la guerre du désert.

Si l’Afrika Korps a failli, le bilan tactique de la bataille de Kasserine est nettement en faveur des Allemands. Les Américains à eux seuls ont perdu au moins 6 500 hommes, peut-être entre 7 000 et 8 500 hommes, 183 chars, 208 pièces d’artillerie (en comptant les Tanks Destroyers) et des centaines de véhicules. Les pertes britanniques et françaises ne sont pas négligeables non plus. 4 000 Britanniques auraient ainsi été perdus au cours de la bataille. Les pertes en blindés sont également lourdes chez les Britanniques, avec au moins 60 chars. Les Allemands enregistrent de leur côté la perte d’un millier d’hommes (201 tués), 14 canons et 20 chars définitivement détruits. Etant restés maîtres du terrain, les Allemands ont en effet eu tout le loisir de récupérer les engins endommagés.

 

Médenine

Pendant ce temps, dans le sud tunisien, le 20 février, agissant pour soulager quelque peu les Américains bousculés à Kasserine, la 8th Army affronte l’arrière-garde de la 1ère Armée germano-italienne, en l’occurrence la 15.PZD, réduite à 20 chars. La division parvient cependant à se replier derrière la ligne Mareth après avoir admirablement affronté l’adversaire. Rommel est donc contraint d’attaquer à Médenine. Cette capacité des formations de l’Afrika Korps à constituer d’habiles unités d’arrière-garde est une des marques de l’engagement tactique de ces unités en Tunisie, capacité déjà remarquablement mise en valeur en Egypte et en Libye de concert avec la 90. Leichte. Prévenu par ULTRA de l’offensive imminente de Rommel, Montgomery ne sera donc pas pris au dépourvu. Le 6 mars, Rommel lance l’opération « Capri », dans le brouillard, sans reconnaissance préalable du dispositif adverse, et se trouve confrontée à un mur de feu infranchissable. Après trois assauts infructueux, il décide d’annuler l’offensive. A la suite de cet échec cuisant, Rommel, premier chef charismatique de l’Afrika Korps, quitte l’Afrique par avion le 9 mars, pour ne plus jamais y revenir. Il cède son commandement à von Arnim, le général vonVaerst étant pour sa part placé à la tête de la 5.Panzerarmee.

 Médenine: un échec cuisant. 50 Panzer perdus pour rien…

La ligne Mareth

Sur le front de la 1ère Armée Italienne, les forces de l’Axedisposent de positions solides, s’articulant sur la ligne Mareth. Cette ligne de fortifications, édifiées par les Français dans les années 1930 et un peu abusivement surnommée « la ligne Maginot du désert », s’étend de la mer aux monts Matmata et ne comporte en fait qu’un nombre limité de casemates et de points d’appuis bétonnés. On ne compte en effet que 25 bunkers. Le dispositif est donc modeste et de faible profondeur, d’autant plus que la commission d’Armistice italienne avait exigé la destruction de certains obstacles. Par ailleurs, un assaillant peut déborder la ligne par le sud. En outre, la ligne de bunkers se situe en arrière de hauteurs essentielles pour assurer la direction des tirs à longue portée et interdire à l’ennemi de posséder une éminence offrant en perspective l’ensemble du dispositif défensif. Des troupes doivent donc être également affectées à la défense de ces hauteurs. En revanche, l’oued et les marais salants constituent d’appréciables zones antichars, bien que ne présentant en aucune manière des obstacles insurmontables pour des unités entraînées. Les Italiens ne ménagent cependant pas leurs efforts pour renforcer le dispositif de défenses existant. C’est ainsi qu’au mois de mars 23 kilomètres de fossés antichars ont été achevés, 6 kilomètres d’aménagements des rives des oueds sur les 7 prévus ont été exécutés, 58 kilomètres de barbelés ont été mis en place et 50 autres kilomètres sont en cours d’achèvement, 50 000 mines antichars ont été distribuées et 27 000 posées, 35 000 mines antipersonnelles ont été distribuées et 18 200 posées. La ligne « Mareth » est donc devenue un dispositif défensif nettement plus conséquent et ne pourra être enlevée qu’à la suite d’un assaut en règle.

 

La bataille de la ligne Mareth

L’infanterie de l’Afrika-Korps se monte à la hauteur à Mareth et à l’Oued Akarit. Pour défendre la ligne Mareth, l’armée de Messe aligne 85 000 hommes et 640 canons. Monty dispose de 160 000 hommes, 750 chars et 700 pièces d’artillerie, 1 000 canons antichars et il bénéficie en outre d’une nette supériorité aérienne puisque la Western Desert Force aligne 800 avions face à seulement 120 appareils de l’Axe.

Sur le front de Mareth, l’Axe dispose de 221 tanks : l’Afrika Korps compte 94 Panzer, la 1ère Armée italienne 29 Panzer et 27 chars italiens et la 5. Panzerarmee 52 Panzer (dont 8 Tiger) et 19 chars italiens dans le sud tunisien. Placée en réserve, la 15.Panzer aligne à peine 32 Panzer.

L’opération « Capri » fut la dernière offensive de l’Axe en Afrique du Nord. Les Alliés ont désormais l’initiative jusqu’à la fin des opérations. Montgomery lance l’opération « Pugilist Gallop » le 16 mars en soirée. Le plan prévoit une attaque frontale du 30th Corps de Leese contre la ligne Mareth. Pendant ce temps, le corps d’armée de Freyberg, guidé par une patrouille du LRDG et par un groupe de volontaires de la DCA servant des pièces de 88 mm capturées, effectuera un vaste mouvement d’enveloppement en direction d’El Hamma. Du 16 au 21, des têtes de pont sont établies par Leese mais au prix de lourdes pertes. Messe fait intervenir la 15. Panzer qui parvient à résorber la tête de pont de l’oued Zigzaou. L’Afrika Korps a encore une fois fait preuve de ses qualités combatives. Le 23 mars, il apparaît que la manœuvre de Freyberg, stoppé par la 21. PZD, est elle aussi vouée à l’échec. Une nouvelle offensive est déclenchée le 26 mars. Les attaquants ont massé 40 000 soldats et 250 à 300 chars.La 21. Panzer n’en aligne que 70 tandis que les 50 Panzer de la 15. Panzer sont encore en réserve, près à intervenir soit vers la ligne Mareth, soit sur la trouée de Tégaba. La route de Gabès est donc enfin ouverte ! L’intervention de la 15. Panzer, pourtant réduite à 30 chars, permet cependant d’arrêter à nouveau les Britanniques pour deux jours, un délai suffisant pour permettre aux Italiens d’évacuer et de se rétablir sur l’oued Akarit.

 L’Afrika-Korps luttera jusqu’au bout, infligeant de lourdes pertes à ses adversaires. A l’Oued Akarit, Monty aligne 400 canons et 462 chars contre 200 et 25. Les Britanniques procèdent à une remarquable attaque de nuit en relief montagneux. Plus de 5 000 italiens sont capturés, mais les Britanniques enregistrent 600 tués et 2 000 blessés sans être parvenus à empêcher l’ennemi de leur échapper à nouveau.

De l’oued Akarit à la capitulation

Il s’agit d’une position qui peut s’avérer formidable, aussi Monty prend Messe de court en lançant la 8thArmy à l’assaut dès la nuit du 5 au 6 avril. A la faveur d’une action d’arrière garde des 15. Panzer et 90. Leichte, les troupes de l’Axe réalisent un remarquable repli vers Enfidaville. La fin du moi d’avril et le début du moi de mai sont le théâtre des derniers affrontements menés par un Afrika Korps toujours aussi pugnace mais mené inexorablement vers la défaite en dépit de succès coûteux pour les Alliés.

La campagne de Tunisie représente le chant du cygne de l’Afrika Korps. Seules une logistique défectueuse et une supériorité numérique écrasante de l’adversaire expliquent sa défaite finale. L’Afrika Korps fera montre de grandes qualités combattives et de talents tactiques jusqu’à la fin. Toutefois, des difficultés sont survenues au cours de cette campagne. Les vétérans de la guerre du désert, bien plus à l’aise dans les opérations mobiles, ont fait preuve à plusieurs reprise d’un manque criant de bon sens tactique en négligeant les hauteurs qui commandent le terrain ainsi que d’un manque d’allant comme aux heures glorieuses de la Blitzkrieg.

 

 

 

 

 

 

 

 

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