La Campagne de Tunisie/Tunisian Campaign (8) US Army

L`US ARMY EN TUNISIE

Eisenhower: un Américain à la tête des forces alliées, mais les Britanniques, à l’image d’Alexander, ici à sa droite, considèrent les Gis comme des soldats de piètre valeur.

La campagne de Tunisie constitue la première étape de l’armée américaine pour la libération de l’Europe et la victoire sur les forces de l’Axe. L’apprentissage de la guerre et la mise en pratique des doctrines tactiques sont soumis à l’épreuve de la confrontation avec la redoutable Wehrmacht. Quel bilan peut-on dresser de l’action de l’US Army en Afrique du Nord ?

 Les Français et les Américains vont se battre côte à côte en Tunisie: contraste saisissant entre une armée archaïque et une autre résolument moderne.

 

L’armée américaine en Tunisie

 Les GIs en Tunisie: la vrai baptême du feu se fera faec aux Germano-Italiens

Au début de la campagne de Tunisie, seuls le Combat Command B (CCB) de la 1st US Armored Division et quelques unités, dont des paras, participent aux combats. La montée en puissance de l’armée américaine est ensuite conséquente. En mars 1943, le 2nd US Corps atteint 100 000 hommes. Les hommes des unités de la logistique ou des divisions stationnées au Maroc sont au nombre de 295 000. L’armée américaine aligne donc 400 000 hommes en Afrique du Nord. En mai, ce chiffre est porté à 467 000. Le 2nd US Corps est successivement commandé par les généraux Fredendall, Patton et Bradley. Il comprend quatre divisions : la 1st US Armored (général Ward), les 1st (général Allen), 9th (général ) et 34th (général Ryder) US Infantry Divisions. Des éléments de la 2nd Armored Division, alors en position au Maroc, interviennent après le désastre de Kasserine pour combler quelque peu les pertes essuyées par la 1st Armored Division.

 Un M3 Lee: le matériel, s’il est abondant et standardisé, n’est pas toujours à la hauteur des missions à accomplir, d’autant plus que l’adversaire se montre supérieur sur le plan tactique. 

Le principal écueil de ces unités américaines est l’absence de troupes aguerries. Ces divisions voient en effet le feu pour la première fois, ce qui n’est pas sans conséquences sur leur conduite face à un adversaire tel que la Wehrmacht. L’affrontement contre les Français en Afrique du Nord ne prépare en rien à la guerre contre les Allemands. Cette remarque vaut aussi dans le cas de l’entrée –peu probable- de l’Espagne de Franco dans le conflit, perspective qui ne déplairait aucunement à ce va t’en-guerre de Patton : « Si seulement ils [les Espagnols]veulent bien attendre l’arrivée du prochain convoi (qui nous amène renforts, ravitaillement et matériels), je serais très heureux de me mesurer avec eux, ce serait un excellent entraînement pour nos hommes ».D’entraînement, l’armée américaine en a certes encore besoin à cette date, pourtant, elle dispose de plusieurs atouts. Le matériel américain est de bonne qualité et il est disponible en quantité. Avec son extrême motorisation, la logistique est le point fort de l’armée américaine. Autre marque de la puissance matérielle américaine, le génie est en mesure de construire plus d’une centaine d’aérodromes pour les forces aériennes au cours de la campagne.

 

Premiers combats révélateurs de nombreuses insuffisances

 Le M3 Stuart est complètement dépassé. Mis à part un coup d’éclat sur l’aérodrome de Djedeida, ils ne brillent guère au cours de la campagne.

Les Américains participent à la première offensive en direction de Tunis au sein de la Blade Force. Le 26 novembre, une compagnie de chars légers M3 Stuart du 1st US Armored Regiment bouscule les avant-postes ennemis et surprend les Allemands sur l’aérodrome de Djedeida où entre 20 et 40 Stukas et Messerschmitt 109 sont détruits.Toutefois, début décembre, la bataille de Tébourba coûte cher aux Américains. A cette occasion, M3 Stuart et Lee lancent des assauts frontaux sans support d’artillerie et subissent de lourdes pertes. Les combats autour de Medjez-el-Bab sont encore plus désastreux quand bien même les Allemands échouent dans leur attaque. Un détachement américain tente vainement de combattre mais 13 M4 Sherman et M3 Lee sont détruits en un quart d’heure par les 88 mm et les Pak 38 de 50 mm. Si les Américains rejettent les Panzergrenadiere du Djebel Bou Aoukaz, l’intervention de blindés américains conduit toutefois à un nouveau désastre et 19 M3 Stuart et tous les chasseurs de chars engagés sont détruits. Les pertes sont conséquentes, de sorte qu’il est décidé de procéder au repli du CCB, de la 1st US Armored. Le général Oliver, qui commande alors les unités américaines engagées, décide de retraiter de nuit. Mais une rumeur non fondée laisse entendre que le pont de Bordj Toum, l’unique pont sur la Medjerda en aval de Medjez, est entre les mains des Allemands. Le lieutenant-colonel McGinness, chef de la colonne de tête, fait donc obliquer ses véhicules vers un chemin boueux le long du fleuve. Bientôt, les camions et les blindés s’enlisent et les américains sont contraints d’abandonner 18 chars, 132 half-tracks et 41 canons. Après cette mésaventure, il ne reste plus que 44 chars au CCB, soit à peine le quart de ses effectifs initiaux, 124 tanks ayant été détruits.

 La guerre dans le relief montagneux tunisien est plus rude qu’escomptée…

Au final, Eisenhower est consterné par le manque d’efficacité et de professionnalisme des troupes américaines. Il se confie sur ce sujet dès le lendemain dans une lettre adressée au général Handy : « je ne peux pas mieux décrire nos opérations du moment qu’en disant qu’elles ont violé tous les principes reconnus de la guerre, qu’elles sont opposées à toutes les méthodes opérationnelles et logistiques exposées dans les manuels et seront condamnées d’un bout à l’autre dans tous les collèges d’état-major au cours des vingt-cinq prochaines années. » Il reste que l’US Army ne prend pas encore la pleine mesure de ses insuffisances. D’une part, l’ennemi a été handicapé par la météo. D’autre part, les forces américaines sont étroitement imbriquées avec leurs alliés Français et Britanniques. Patton, toujours responsable des troupes américaines au Maroc, s’offre une visite sur le front de Tunisie. Les soldats lui déclarent qu’il est le premier général qu’ils voient depuis 24 jours qu’ils sont au front. « C’est probablement vrai et cela me donne une triste idée de la façon dont nous concevons le commandement ». Ses critiques acerbes de ses compatriotes ne sont pas complètement dénuées de fondement.

En janvier, von Arnim lance une série d’offensive contre les Français afin de s’emparer de plusieurs cols et sommets. Les renforts anglais et américains, soit le CCB, permettent ainsi de rétablir la situation le 27 janvier. Un succès certes limité, mais le premier pour les Américains. Ceci est en effet à même de redonner confiance à cette unité. Le 30 janvier, les défenseurs français sont une nouvelle fois débordés des cols du Faïd et du Rebaou. Les contre-attaques américaines mal coordonnées, échouent toutes face aux vétérans de l’Afrika Korps. Pour son premier combat, une compagnie blindée, 17 Sherman appuyés par quelques Tanks Destroyers, donne tout droit dans un piège antichar ennemi.Giraud, généralissime français, est furieux de la lenteur et du manque de punch de la contre-attaque américaine, piètrement menée à ses yeux. Anderson, en accord avec Eisenhower, enjoint Fredendall d’arrêter toute offensive, jugeant les troupes américaines trop inexpérimentées.

 

Un exemple des faiblesses de l’US Army : les Américains frappent vers Maknassy

Tandis que l’offensive Weber menace sérieusement d’effondrement le dispositif allié sur la dorsale orientale à la fin du mois de janvier, une opération américaine est envisagée vers Maknassy, une autre position clé de la dorsale orientale. L’attaque est programmée le 30 janvier, avec pour préalable un raid sur la gare de Sened. En trois heures, les Américains du CCC prennent le village de Sened, infligeant environ 200 pertes dont 96 prisonniers aux Italiens, avant de retourner à Gafsa. Les Américains ne déplorent que deux blessés et deux chars endommagés dans ce raid visant à redorer le blason américain dans l’esprit de Fredendall. Comme il était à prévoir, von Arnim décide immédiatement de renforcer les garnisons de Maknassy et de Sened. Toutefois, Fredendall engage ainsi ses unités en direction de Maknassy au lieu de répondre favorablement aux demandes des Français.

 L’artillerie: une des grandes forces de l’US Army.

 Les premiers engins antichars automoteurs s’avèrent dépassés dès cette première campagne.

L’offensive allemande contre les Français sur le col du Faïd n’est pas sans incidences notables dans le développement des opérations en direction de Maknassy. Les 31 janvier et 1er février, après une série de contre-ordres l’envoyant d’abord vers Faïd, puis Maknassy et enfin vers Sbeïtla, le CCC n’est pas en mesure de lancer une seconde attaque en direction de Sened puis Maknassy. L’opération est donc confiée au CCD renforcé par des éléments de la 34th US ID. Devant le succès remporté une semaine auparavant, les Américains sont confiants. Dans le même temps, les Allemands ont compris la menace qui pèse sur Maknassy. Les colonnes de véhicules en route pour Sened sont soumises aux attaques meurtrières et démoralisantes de la Luftwaffe. Les délais obligent les GI’s à bivouaquer dans un champ d’oliviers avant d’attaquer Sened le lendemain. En fait de raid, la prise de Sened nécessite un combat disputé et le village ne tombe qu’en fin d’après-midi, livrant 152 prisonniers. Le lendemain, la marche reprend vers Maknassy, à nouveau sous les attaques des Stukas. L’apparition de Panzer provoque une hystérie générale et les hommes, paniqués, refluent vers Sened. Le 3 février, le bombardement par erreur de la localité par des appareils américains termine toute velléité de poursuivre l’attaque vers Maknassy. Sened, trop exposé, doit à nouveau être abandonné et les GI’s se replient à Gafsa, a ayant subi 331 pertes en vain. Ces opérations résument toutes les insuffisances de l’US Army : tergiversations des chefs, mauvaise coordination, tendance à la panique, assaut mal conçu…

 

Kasserine : un échec complet ?

Les Allemands ont devant eux le 2nd US Corps du général Fredendall, démesurément étiré sur 150 kilomètres de front. Les revers subis par les Français en janvier ont provoqué une dispersion des forces américaines devant la nécessité de corseter les troupes. Fredendall a négligé de constituer des réserves conséquentes et maintient de nombreuses unités en premières lignes. Inquiet de ces dispositions, Eisenhower enjoint Anderson et Fredendall de concentrer la 1st Armored Division à l’arrière du front afin de constituer une réserve. Toutefois, l’offensive allemande survient avant la mise en œuvre du nouveau dispositif. Une dernière inspection d’Eisenhower dans le secteur de Kasserine et de Sidi-Bou-Zid, le 13 février, la veille de l’attaque allemande, conforte peu le général qui est consterné par le manque de professionnalisme de ses hommes et des négligences en matière de défense. Toutefois, il semble assez satisfait du dispositif et, conformément à l’usage dans l’armée américaine, ne se permet pas d’intervenir dans la répartition locale des troupes d’un subordonné à qui a été confiée une mission.

 Sidi bou Zid: un carnage pour les équipages de Sherman…

En raison de tactiques déplorables et des insuffisances du dispositif, les Américains subissent un désastre à Sidi-bou-Zid. Le 14, ils enregistrent la perte de 44 chars (apparemment des M3 Lee et Stuart), de 59 blindés et de 26 canons, dont 15 automoteurs M7 Priest  de 105 mm. Seuls 7 chars moyens américains ont échappé au carnage qui s’est abattu sur les trois compagnies engagées. Le lendemain, Fredendall lance le CCC de Stack en contre-attaque dans le secteur du Djebel Hamra. Les Sherman se déploient comme à la manœuvre avec l’infanterie sur half-tracks en second échelon avec l’artillerie et les Tanks Destroyers sur les flancs. La belle ordonnance du CCC ne va pas faire long feu. La progression est quelque peu désorganisée par les nombreux wadis qu’il faut franchir. Pilonné par l’artillerie et les Stukas, les fantassins et les tankistes américains, attaquant selon le manuel, sont en très mauvaise posture quand apparaissent les Panzer de la 10.PZD au nord et ceux de la 21.PZD au sud alors que les pièces antichars allemandes ont laissé avancer les tanks américains sans ouvrir le feu. Seuls 4 Sherman échappent au désastre sur les 66 engagés ! Les fantassins américains de la 34th US Infantry Division sont donc laissés à leur sort sur les Djebels Lessouda et Kaisaira. Ils n’ont d’autre alternative que de se rendre ou de tenter la fuite vers l’ouest à travers les lignes allemandes. Les Américains ont en l’occurrence fait montre de piètres qualités militaires. Négligeant préparation et reconnaissance, ils ont attaqué sans coordination et sans imagination.

 Un matériel important est perdu au cours des revers subis à Sidi boy Zid et Kasserine, mais Rommel comprend d’emblée que ce nouvel adversaire saura vite se monter très dangereux.

A Sbeïtla, les rescapés de Sidi-bou-Zid sont renforcés par le CCB. Au crépuscule du 16 février, des obus tombent sur des unités du CCA en train de faire le plein. Mc Quillin, chef du CCA, commet alors une grave erreur en décidant de transférer son QG à l’ouest de la ville. Croyant à une évacuation, de jeunes soldats très nerveux cèdent à la panique et s’enfuient vers l’ouest avec leurs véhicules ! Le 17, l’attaque à proprement parler commence et il s’avère que la défense américaine est adroitement menée par le CCB. Opérant à défilement de tourelle dans un wadi, les Sherman et l’artillerie stoppent les Panzer pendant toute la journée, permettant le repli vers l’ouest, non sans avoir subi de nouvelles pertes, dont au moins 27 blindés. Sbeitla est abandonnée par Ward en fin de journée. En quatre jours, la 1st US Armored Division a perdu 2 500 soldats, 112 chars moyens, 10 Tanks Destroyers, 16 automoteurs de 105 mm et 5 howitzers de 75 mm ainsi que 280 autres véhicules. Toutefois, le CCB a fait montre de qualités, ce ne sera pas la dernière fois.

 Des milliers de Gis sont capturés…

Lorsque le Kampfgruppe de l’Afrika Korps mené par Rommel surgit devant Kasserine depuis la route de Gafsa, le col alors défendu par le lieutenant-colonel Moore avec le 26thInfantry Regiment du colonel Stark et des troupes du génie. Retranchés dans la vallée et sur les hauteurs, ces troupes sont renforcées par quelques tanks, des Tanks Destroyers et quatre batteries d’artillerie. Toutefois, le col n’est pris qu’après deux journées de combats. Les conséquences des plus préjudiciables pour Rommel puisque Tébessa et Thala sont désormais défendues. Le 19th Engineer Regiment, qui a tenu un rôle essentiel dans la défense de la passe, s’est acquitté de sa tâche pour des pertes se montant à 11 morts, 28 blessés et 89 disparus. Le CCB de Robinett stoppe pour sa part la progression de l’Afrika Korps en direction de Tébessa tandis que l’artillerie américaine sauve la situation à Thala.

 Le M4 Sherman: une des clés de la victoire. Un tank qui allie la mobilité à un blindage et une puissance de feu encore suffisants en Tunisie. Supérieurs aux autre blindés américains, il va remplacer les M3 Stuart et Lee/Grant comme char de combat.

Suite au repli de Rommel, la poursuite est bien timide au goût de Harmon puisque l’avance alliée n’est retardée que par les mines et les destructions. Il est certain que la défaite de Kasserine est due au manque d’expérience des Américains. Plus que les atouts relevés au sein de l’US Army –matériel abondant, artillerie efficace, manœuvres de retardement…-, Rommel a échoué en raison du manque de coopération de von Arnim et de la disproportion des moyens.

 Le col de Kasserine est repris. Mais l’image de l’US Army est de nouveau sérieusement ternie aux yeux des Britanniques…

 

Patton passe à l’attaque

 Patton en Tunisie: un formidable coup de fouet pour le 2nd US Corps

 

Patton, qui succède à Fredendall, dispose en mars 1943 de 88 473 hommes. En dépit de la pluie qui transforme le terrain en un océan de boue, la 1st ID du général Allen et la 1st Armored de Ward s’emparent de Gafsa en repoussant sans difficultés les unités de reconnaissance et les Américains poussent ensuite leur avance vers El Guettar. Un raid effectué par 500 Rangers et 70 servants de mortiers menés par Darby prend à revers une position italienne établie sur un défilé. Plus de 1 000 prisonniers sont capturés à la suite de l’assaut mené au clairon : la route d’El Guettar est donc ouverte. Tandis que la 1st US ID avance vers El Guettar, la 1st US Armored attaque en direction de Maknassy. Le 21 mars, Ward, à la tête de 20 000 hommes et de 227 tanks, s’empare de Sened et de ses 542 défenseurs. Le 22 mars, les Américains sont repoussés à l’est de Maknassy au Djebel Naemia, hâtivement mis en défense par une poignée de combattants germano-italiens, renforcés par 80 hommes d’élite, anciens membres de la garde personnelle de Rommel. Patton veut absolument réaliser la percée, pour ensuite lancer deux colonnes contre l’aérodrome de Mazzouna, et sur la route côtière. Le 23 mars, la colline n’est toujours pas prise tandis que le djebel voisin est reconquis en partie par les Germano-Italiens. Ward, envoyé en première ligne par Patton, est blessé en menant ses hommes à l’attaque. Le 25 mars, un nouvel assaut est repoussé de justesse. Début avril, les pertes de la division de Ward 304 tués, 1 265 blessés et 116 disparus, auxquels s’ajoutent 40 chars détruits.Le 5 avril il est remplacé par le général Harmon.

 El Guettar: l’entrée avec brio du TD M10. Mc Nair, le patron des Army Ground Forces, à l’origine du concept du Tank Destroyer, se leurre pourtant complètement sur les capacités de ce type d’arme.

Entre-temps, von Arnim dépêche la 10. PZD pour renforcer la Centauro. Montgomery, préparant un nouvel assaut qu’il espère décisif, fait alors appel à Patton pour que celui-ci intervienne à nouveau dans la région de Gabès. Le 23 mars, les Allemands devancent les deux chefs en lançant la 10. PZD (57 Panzer et autant d’engins blindés) contre la 1st US ID à El Guettar. Les premiers succès allemands laissent craindre un instant une répétition de la défaite de Kasserine: deux bataillons d’artillerie et de nombreuses unités d’infanterie sont bousculés par les Panzer. C’est alors que sort de la bataille tourne à l’avantage des Américains. Les Panzer s’engouffrent en effet dans un champ de mines couvert par les feux de l’artillerie et des Tanks Destroyers dont les tirs détruisent 38 blindés, dont la moitié est récupérée. Alexander félicite Patton pour la prestation de ses hommes et lui demande de lancer une nouvelle attaque depuis El Guettar en direction de Gabès le 28 pour soulager Monty. Toutefois, la 10.Panzer et la Centauro mettent à profit le terrain, parsemé de canyons et de crêtes, en érigeant des défenses, particulièrement sur la colline 365, hérissée de tranchées, de positions de mitrailleuses et disposant de pas moins de 10 antichars de 75 mm. Trois divisions d’infanterie américaines (1st, 9thet 34th) sont engagées avec la 1st Armored Division. La percée n’est pas réalisée, d’autant plus que la 21.Panzer a rejoint le secteur et 15 blindés américains en quelques minutes. 22 Chars et tanks Destroyers sont perdus en vain en trois jours d’attaques infructueuses opérées par la Task Force Benson, groupe de combat constitué pour l’occasion autour de la 1st US Armoured Division.Les pertes dans les rangs de l’infanterie américaine sont également conséquentes. Les raids aériens de la Luftwaffe achèvent de rendre la tentative américaine infructueuse. Le 31 mars, Patton, qui fulmine de rage devant l’absence de progrès, note dans ses carnets : « Téléphoné à Ward de monter une attaque et d’admettre jusqu’à 25% de pertes. Nos hommes, et en particulier la 1st Armored Division, ne veulent pas se battre. C’est écoeurant…Je sais que c’est dur en admettant un tel taux de pertes mais il le faut. On ne gagne les guerres qu’en tuant et, le plus tôt nous commencerons à tuer, le mieux ce sera. » Notons que, en difficulté ailleurs sur le front tunisien, la Luftwaffe parvient à s’accorder une supériorité locale dans le secteur du 2nd US Corps. Alors que Patton, en rage devant l’incapacité des forces aériennes à couvrir les troupes au sol, converse à Gafsa avec Tedder et Spaatz, deux des principaux responsables de l’aviation alliée en Tunisie, trois chasseurs ennemis bombardent le bâtiment où ils se réunissent. Patton ne pouvait espérer meilleur argument pour sa démonstration. « Si je pouvais trouver les fils de pute qui pilotent ces avions », lance-t-il, « j’enverrais une médaille à chacun d’entre eux ».Patton doit suspendre l’attaque, elle ne pourra reprendre qu’au départ des Allemands après la percée de Montgomery au oued Akarit. Les Américains ont pourtant employés de gros moyens. Pour ne s’en tenir qu’à la 9th US ID, 10 millions de cartouches ont été consommées devant El Guettar. En moins d’une semaine, elle subit 1 812 pertes. Des dizaines de milliers d’obus d’artillerie et de mortiers sont tombés de part et d’autre. Les Américains ont perdu 6 000 hommes, dont 845 tués, en trois semaines.

 Les GIs à Bizerte: la part de l’US Army dans la victoire finale est indiscutable. Son rôle a  été essentiel et l’armée apprend, pas à pas, les rudiments du combat.

 La fin de la campagne se caractérise par un emploi intensif de l’artillerie.

La guerre en Afrique du Nord arrive dans sa phase finale. A la mi-avril, le front de l’Axe représente un arc de cercle de 130 kilomètres de long, tenu par des unités très affaiblies. Pour des raisons politiques, le 2th US Corps du général Bradley (Patton, nommé à la tête de la 7th US Army prépare alors l’invasion de la Sicile) est transféré au nord du front, près de la côte méditerranéenne, afin de participer à la victoire finale. La 34th US ID de Ryder , qui s’est entraînée aux combats de nuit et à la coopération entre infanterie et blindés, se rachète une réputation dans les combats pour la colline 609. Si une crête surgit toujours derrière la précédente, les fantassins ont tirés les leçons d’El Guettar et de Maknassy et apprennent à contourner les flancs de l’adversaire pour contraindre ce dernier au repli. La prise de Bizerte par les Américains ne pourra avoir que d’heureuses conséquences sur leur moral et leur prestige national. Ce redéploiement à travers les lignes de communications de la 1st Army, manœuvre délicate s’il en est, s’effectue en une dizaine de jours. Le 24 avril, Bradley déclenche son offensive. Après des combats acharnés, les pertes de la semaine de Pâques se montant à 500 tués et à plus de 2 000 blessés au sein de l’US Army. les Américains s’emparent de Mateur et de Bizerte, participant ainsi glorieusement à la victoire finale.

 La victoire: enfin! La première campagne face aux Allemands a constitué une véritable école de la guerre pour l’US Army.

Conclusion

Pour leur première campagne, les Américains ont remporté une victoire absolue. Certes, les déboires furent nombreux et l’absence de performances décelables à tous les niveaux est indéniable pendant de longues semaines de combat. L’ampleur des difficultés rencontrées démontre l’impérieuse nécessité d’affiner l’outil de combat avant d’affronter la Wehrmacht en France. Un débarquement sur les côtes de la Manche sans l’expérience acquise en Tunisie aurait tourné au désastre. La réorganisation des forces aériennes en 1943 est à cet égard une étape cruciale dans la préparation d’« Overlord ». Matériel, doctrine et commandement subissent ainsi un test sur le terrain avant la campagne décisive en Europe. De surcroît, la campagne permet de déceler et de mettre en valeur des officiers de premier plan appelés à jouer un rôle crucial dans la libération de l’Europe comme Bradley et Patton. Eisenhower semble pour sa part être bien l’homme qualifié pour diriger les forces armées de la coalition anglo-saxonne. Il apparaît également clairement que les styles de commandement, la doctrine tactique, l’organisation et le matériel utilisé ne permettent que difficilement un mixage d’unités américaines et britanniques aux niveaux du corps et de la division. L’armée américaine devra donc combattre sous un commandement indépendant. Eisenhower dispose également désormais de quatre divisions aguerries. Les combattants américains ont appris l’importance du terrain et en particulier des hauteurs, de la coopération interarmes, de la reconnaissance active, de la concentration des blindés, des liaisons air-sol. Les Américains ont aussi procédé à leur première opération amphibie d’envergure de la guerre. L’armée américaine possède l’indéniable faculté d’apprendre vite et de tirer bénéfice de ses erreurs.

 

 

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