La Guerre d’Asie-Pacifique 1941-45 (1): Philippines (1)

L’INVASION DES PHILIPPINES

 

Les Japonais s’assurent de la maîtrise du ciel en Asie du Sud-Est

 L’île de Luçon : le sort de la campagne des Philippines va s’y jouer

Le 8 décembre 1941, lendemain de l’attaque sur Pearl Harbor, le QG de la flotte d’Asie à Manille capta une émission radio de Hawaï annonçant le raid aérien. Dès 5h, le général Brereton, qui commande les forces aériennes américaines de MacArthur, va trouver ce dernier pour lui demander l’autorisation de lancer ses bombardiers HB-17 sur les bases japonaises établies à Formose. Après moult retards, Brereton parvient enfin à recevoir de ses supérieurs l’autorisation de passer à l’action. Mais il est déjà trop tard. L’aérodrome de Clark Field est attaqué par l’aviation japonaise alors que les avions américains sont encore à terre ! Deux escadrilles de B-17 et une escadrille de chasseurs P-40 sont entièrement détruites. A la base aérienne d’Iba, un désastre similaire s’abat sur une autre escadrille de l’USAAF. Cette catastrophe prive ainsi MacArthur de la moitié de ses meilleurs avions dès le premier jour de la guerre. Après le bombardement du chantier naval de Cavite, sur la baie de manille, les unités les plus importantes de la flotte partent pour les Indes néerlandaises.

 Les armées japonaises sont peu nombreuses, mais motivées et très combatives

Après des débarquements préliminaires au nord à Aparri dès le 10 décembre et à l’extrême sud de Luçon et à Mindanao, la 14ème armée japonaise du général Homma (16ème et 48ème divisions) débarque dans le golfe de Lingayen et dans la baie de Lamon, premières étapes de l’avance vers Manille. Les deux divisions de l’armée des Philippines défendant la côte de Lingayen leur opposent une certaine résistance aux Japonais qui sont en outre gênés par les conditions météorologiques. L’intervention de quelques unités américaines dépourvues de leurs blindés ne peut que ralentir les Japonais devant le fleuve Agno. MacArthur décide de replier ses troupes sur la presque île de Bataan mais la panique qui s’empare des unités de ravitaillement fait que seule une fraction des vivres et du matériel peut être évacuée. Manille est évacuée le 31 décembre.

   

Les forces américaines et philippines ne sont pas de taille à résister à l’adversaire

Persuadé que MacArthur va défendre Manille, Homma est surpris de constater que les Américains établissent leur ligne de défense au nord de la presque île de Bataan. Le 1st Corps du général Wainwright tient l’aile droite des positions américaines tandis que le flanc est confié au 2nd Corps du général Parker. Wainwright dispose de trois divisions philippines (1ère, 31ème et 91ème ) ainsi que le reliquat du 26th Cavalry Regiment et de l’artillerie. Parker commande quant à lui quatre divisions philippines (11ème, 21ème, 41ème et 51ème ) et le 57th Infantry Regiment des Philippines Scouts. Les flancs protégés par la mer et un massif volcanique infranchissable, le mont Natib, au centre, les Américains ont réussi à établir de solides positions défensives. Une seconde ligne est établie 13 kilomètres plus au sud est tenue par la division des Philippines. La pointe de la péninsule est en outre défendue par des unités d’infanterie de circonstances formées à partir de marins, d’aviateurs et de troupes des services, hâtivement instruits à la pratique des combats terrestres. Il s’agit en effet de se prémunir contre tout débarquement japonais sur les arrières de la principale ligne de défense. Toutefois, le manque de matériel médicale et d’approvisionnement vont bientôt éroder ces formidables positions défensives avec l’affaiblissement les organismes des combattants américano-philippins.

 L’armée japonaise se joue des obstacles et des lignes de défenses adverses et ne cesse de progresser

Homma installe son QG à manille le 2 janvier, peu après que MacArthur ait déplacé le sien à Corregidor. Il n’est pas pressé et ne conteste pas quand sa meilleure division, la 48ème, est envoyée combattre dans les Indes néerlandaises. Il est persuadé que la conquête des Philippines est bientôt achevée. Les troupes alliées ne l’entendent pas de cette oreille. La position de défense principale résiste en effet pendant trois semaines. Et ce n’est que lorsque les Japonais découvrent un chemin sur les pentes du mont Natib que les Américains sont contraints de se replier. Le 26 janvier, les forces américano-philippines se retrouvent sur leur dernière position défensive. C’est à ce moment-là que MacArthur envoie un message à ses troupes de Bataan depuis Corregidor. Il affirme avec véhémence que des milliers d’hommes et des centaines d’avions sont en route pour venir les renforcer. Il leur assure en outre qu’ils disposent d’assez de ravitaillement pour tenir jusqu’à leur arrivée et qu’une défense énergique est donc attendue de leur part. C’est ainsi que les combats sur Bataan vont se poursuivre encore pendant des semaines.

 Les Japonais en route vers une victoire majeure

 Les forces alliées aux Philippines sont abandonnées à elles mêmes

Ce mensonge éhonté ternira la réputation de MacArthur auprès de ses hommes. Non seulement il n’y a aucun renfort de prévu pour les Philippines, les stratèges de Washington ayant établi que leur perte est désormais inévitable, mais la poursuite des combats à Bataan n’a aucune incidence stratégique : les forces d’Homma ne sont qu’une partie des forces japonaises engagées dans le Pacifique et les yeux de l’état-major impérial sont alors tournés vers la Birmanie et d’autres combats bien plus importants. Pour Marshall, à Washington, sauver la situation aux Philippines nécessiterait un effort militaire massif, impossible à réunir en temps voulu, et, de surcroît, cette opération se ferait au détriment de l’Atlantique, déclaré front principal. La résistance américaine est toutefois une surprise pour Homma. Ce dernier est contraint de marquer une pause en raison de l’augmentation sensible des pertes au combat et de la multiplication des cas de maladies. Les japonais sont donc tout autant que les américains proches de l’épuisement total. Des unités japonaises débarquent loin sur les arrières américains, au sud-ouest de l’île, mais elles sont repoussées. Un régiment japonais s’infiltre pour sa part derrière Wainwright et il faut dix jours pour résorber la poche. Début février, la 14ème armée de Homma est exténuée. L’épaisse jungle de Bataan connaît donc un intermède de calme. A ce stade des événements, il aurait été logique de relever MacArthur de son commandement. Son plan de défense de l’archipel dans son entier a conduit à un désastre et a contribué pour une large part à la pénurie de ravitaillement et de matériel dont souffrent les défenseurs de Bataan. En outre, ses déclarations grandiloquentes et son inexplicable refus de visiter le front nuisent au moral des troupes. Toutefois, MacArthur fait figure de héros aux USA, grâce aux journalistes et à l’efficacité de son organisation des relations publiques. Roosevelt et Marshall s’emparent du mythe pour relever le moral d’une population abasourdie par l’accumulation de mauvaises nouvelles. Le 11 mars, MacArthur quitte les Philippines avec sa famille. Le commandement des forces américaines est alors confié à Wainwright. Quezon, le président des Philippines, est également évacué, non sans avoir versé 500 000 dollars à MacArthur et d’autres sommes moins importantes à d’autres officiers, sans doute pour s’assurer du soutien du général pour un jour libérer son pays.

 Nouveau triomphe pour l’armée du Soleil Levant

La propagande américaine anti-nipponesous le regard du vainqueur…

Le 3 avril , Homma engage enfin ses troupes dans l’assaut final. Les forces américano-philippines cèdent et le front est enfoncé. Le général King, commandant les forces de Luçon, estime que la lutte est vaine et il capitule le 9 avril. Les derniers défenseurs américains sont alors réfugiés sir l’île de Corregidor. La lutte va s’éterniser encore jusque début mai lorsque, après des semaines de bombardement, les Japonais débarquent sur l’île et s’en empare après de brefs mais violents combats. Toute résistance cesse le 6 mai quand le général Wainwright se résout à l’inévitable et offre la reddition de ses troupes au général Homma. La campagne des Philippines constitue une déroute complète pour l’armée américaine. En aucune manière la résistance désespérée de Bataan et de Corregidor n’ont retardé les projets d’invasion japonais. La bataille des Philippines a en revanche un indéniable impact psychologique. La défense héroïque des troupes américaines à Corregidor remonte le moral des Américains et renforce leur volonté de vaincre. Les Japonais ont pour leur part perdu 12 000 tués et blessés pour la conquête de Luçon et la destruction d’une armée de 140 000 américains et Philippins. La conquête des Philippines leur donne accès à l’un des meilleurs ports d’Asie, Manille, et leur donne un excellent point de relais dans la chaîne logistique destinée à la défense de la zone sud du périmètre de défense de l’empire japonais. Il ne reste aux japonais qu’à capturer quelques petites îles pour contrôler l’ensemble des Philippines.

L’incroyable nouvelle…

 

LA MARCHE DE LA MORT

Pour les prisonniers américains et philippins, c’est le début de l’effroyable épreuve de la « marche de la mort », puis de la captivité

C’est après la reddition de Bataan qu’a lieu le tragique épisode de la « marche de la mort », qui a coûté la vie à 2 300 prisonniers américains et à quelque 7 ou 10 000 Philippins, en comptant les hommes qui sont morts dans les semaines qui suivent ce calvaire. Les Japonais, s’attendant à évacuer 30 000 prisonniers, en font en fait 76 000, dans un état sanitaire et de dénuement lamentable. A l’issue d’une marche de 30 kilomètres, il est prévu de faire transporter les captifs par 230 camions jusqu’à San Fernando, un chiffre bien insuffisant. Les prisonniers, dépouillés de leur bien, doivent en fait marcher sur plus de 100 kilomètres, sans eau, contraints parfois de boire furtivement de l’eau boueuse à proximité de la route. L’attitude des gardes japonaises est souvent odieuse. Des blessés et des malades sont transpercés par des baïonnettes ou frappés à mort. Cette marche est épouvantable et ne marque en fait que le début d’un ignoble calvaire qui va s’éterniser durant quatre années. La captivité des Américains et des Philippins prisonniers des forces nipponnes est en effet dénuée de tout sentiment d’humanité et constitue un déni des droits de l’hommes et ce la convention de Genève.

Un zoom sur les combats de Bataan et de Corregidor dans le prochain article

Write the message

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>