L’écriture de mes livres, mes motivations, mes sources…

L’écriture de mes livres, mes motivations, mes sources…

Je suis passionné d’Histoire et d’écriture et j’ai la chance infinie de pouvoir m’y consacrer.L’idée d’écrire un ouvrage procède en partie de mon métier d’enseignant: communiquer son savoir à d’autres, avec tout le plaisir que cela suppose. J’écris en fait les livres que je souhaite lire, sur des sujets qui me tiennent à coeur. Corollaire du plaisir d’écrire, celui de procurer  un beau moment de lecture : la vraie récompense est toujours celle qui provient de la remarque agréable d’un lecteur, qui avoue avoir apprécié un de mes ouvrages…Car écrire génère un véritable bien-être, satisfaction qui ne peut être que renforcée à l’idée qu’avoir accordé de belles heures de lecture et de détente à des lecteurs passionnés comme moi.

Ma manière d’écrire est aussi celle que j’attends d’un auteur.

 

Ecrivant sur l’Histoire, l’humain est au centre de mes écrits : le vécu, le ressenti de ceux qui nous ont précédé est essentiel et, de la même façon dont je fais mes cours, je ne peux imaginer ni envisager de textes sans références à des relations fournies par des témoins, ni faire l’économie d’anecdotes parlantes et évocatrices.

Il s’agit donc de rendre le récit vivant, car c’est le style d’écriture que j’affectionne, puisqu’il permet de rendre la lecture du texte beaucoup plus agréable qu’une litanie froide de récits de batailles et d’unités. L’Histoire est ainsi plus accessible, et plus plaisante à découvrir.

Il s’agit aussi de se démarquer, de sortir de l’ordinaire, mais sans pour autant faire preuve de sensationnalisme. Prendre la posture d’une remise en cause systématique est non seulement ridicule, mais également préjudiciable. Pour se démarquer, trop d’auteurs recherchent l’originalité en prenant le contrepied de tout ce qui est établi, balayant d’un revers de main tous leurs devanciers, et vont s’évertuer à démontrer des absurdités : avec de tels auteurs, Montgomery devient un dieu de la guerre, Rommel est considéré comme surestimé et Patton ne serait pas un grand général… Telle n’est pas ma manière de procéder. Si la remise en cause est essentielle en Histoire, les motivations doivent être nobles, et non sacrifier la vérité historique au nom de la recherche d’une célébrité futile et éphémère.

Je m’oblige également à éviter toute forme de préjugés, ce que certains auteurs ne sont absolument pas capables de faire, souvent pour des raisons politiques plus ou moins assumées: ainsi,  des historiens, obnubilés par le front de l’Est notamment, finissent par avoir une vision par trop biaisée de la Seconde Guerre mondiale. Il faut également être honnête avec les lecteurs et ne pas annoncer qu’on apporte un récit dépassionné quand ce n’est pas le cas. En ce qui me concerne, je m’oblige à être impartial, mais je n’ai pas dissimulé -par exemple- que j’ai toujours éprouvé de la sympathie pour Patton.

Il m’a pourtant fallu proposer des textes différents, qui ne font pas double-emploi et qui apportent du nouveau aux lecteurs. Comment donc se démarquer sur des sujets traités par de nombreux devanciers, dont beaucoup ont incontestablement été de très bons historiens?

 

Afrikakorps; L’armée de Rommel (Tallandier, 2013):

il n’y avait aucune synthèse complète en français de l’ensemble des opérations de l’Afrika-Korps en Afrique. Inédites ont été mes réflexions stratégiques sur l’importance de la bataille d’El Alamein et les conséquences d’une invasion de l’Egypte, de même que les conséquences de la campagne de Tunisie. J’ai mis par ailleurs un point d’honneur à expliquer à plusieurs reprises le quotidien d’un soldat sous ces latitudes. Le plus original est incontestablement la dernière partie, consacrée à la postérité de l’Afrika-Korps, la question du degré de nazification de ce corps d’armée ainsi que celle d’une prétendue « guerre sans haine ». Autant d’éléments qui, s’ils ne proviennent le plus souvent pas de sources primaires, n’émanent que de ma propre réflexion: c’est moi qui ait relié des événements ou des faits et qui leur a donné un sens.

Opérations Aéroportées du Débarquement (Ouest France, 2014):

un sujet rebattu. Pour me distinguer, j’ai décidé de consacrer une partie non négligeable de l’ouvrage à l’entraînement des forces aéroportées et à la préparation du Jour J. Je dresse également un bilan en guise de conclusion. Quant aux opérations, si l’essentiel est relaté, j’ai multiplié encadrés, témoignages et anecdotes.

Invasion. Le Débarquement vécu par les Allemands (Tallandier, 2014):

la bataille de Normandie est sans doute la plus connue des campagnes de la Seconde Guerre mondiale. Il manquait un récit objectif et complet (donc au-delà de la poche de Falaise et incluant des considérations stratégiques) du point de vue des Allemands, défi que j’ai relevé: le célèbre livre de Paul Carell est partial, incomplet et parfois erroné; les nombreux et très réussis ouvrages d’unités allemandes en Normandie ou les souvenirs de vétérans n’embrassent pas toute la bataille, concernent souvent quelques individus et, surtout, au mieux une seule division. J’ai donc établit ma propre synthèse, inédite, compilé de nombreux chiffres (et fait, au besoin, me propres calculs) et tiré des réflexions d’ordre stratégique, en n’oubliant pas, comme d’accoutumée, la vie quotidienne du soldat: j’y consacre toute une partie.

Patton. La chevauchée héroïque (Tallandier, 2016):

s’il existait deux bons livres en français sur Patton (ceux de W. Huon et de Y. Kadari), il n’existait pas de grande biographie (1,3 millions de signes pour la mienne), complète, du général américain, sauf en langue anglaise. Par ailleurs, la plus grande partie des Patton’s Papers n’a jamais été traduite en français. Ma biographie du grand général pallie donc ce manque (voir mon article), agrémenté de nombreuses anecdotes concernant ce personnage truculent, puisées à de nombreuses sources. Comme à mon habitude, je termine par une grande partie largement inédite et issue de mon seul travail, abordant les qualités de général de Patton, sa méthode de commandement, ainsi que sa postérité, dans tous les domaines.

Rommel (Perrin, 2018):

avec Rommel, il était a priori difficile de se démarquer tout en restant un historien sérieux, loin de la recherche du faux scoop. J’y suis parvenu : il manquait une biographie qui ne néglige pas les faits militaires, aussi bien dans leur déroulement que dans les conclusions tactiques et stratégiques à en tirer, tout en étant assez proche de cet officier pour en saisir le quotidien, et donc fournir des anecdotes pertinentes. Il ne fallait surtout pas négliger l’année 1944 et la bataille de Normandie, souvent abordées très succinctement par rapport à la guerre du désert. Des écueils qui touchent les deux précédentes biographies publiées en français mais que j’ai su éviter, en raison notamment du fait que je connais très bien le sujet traité. En filigrane de l’ouvrage, par ailleurs servi par une importante iconographie, parfois inédite, des questions importantes reçoivent une réponse : Rommel était-il un grand général? Etait-il apolitique (pour autant que cet adjectif ait un sens…)?

 

    

L’Armée d’Hitler et Les Divisions du Débarquement, que j’ai écrit avec beaucoup de plaisir, n’ont pas posé les mêmes difficultés: les sujets sont connus mais ces livres, très illustrés (notamment de nombreux mannequins pour les second), constituent des mines d’informations actualisées, condensées dans des formats relativement courts (respectivement 150 et 200 pages tout de même), n’ont pas d’équivalents car uniques dans leur genre, et donc sans concurrence véritable.

Les sources (voir mon article plus précis sur les sources de l’historien) doivent être les plus diverses. Je mets par ailleurs un point d’honneur à n’indiquer en bibliographie que des ouvrages effectivement utilisés, que je possède le plus souvent. L’accès des archives en ligne facilite bien des démarches, qui pour consulter via internet, qui pour passer commande de tel ou tel microfilm. Les principales sources primaires sont néanmoins plus ou moins connues -et depuis longtemps : les utiliser n’a de sens que si on décèle un élément nouveau , ce qui suppose découvrir une nouvelle archive (comme je l’ai fait pour certains articles et hors-série sur la campagne de Tunisie, trop méconnue). Les sources secondaires, à savoir des textes écrits qui ne sont pas des archives, sont également du plus haut intérêt et absolument indispensables à l’historien. On ne peut tout simplement pas s’en faire l’économie. Le retour sur le terrain est essentiel à l’historien qui en a l’opportunité: arpenter un champ de bataille confère un avantage déterminant dans la narration qui sera ensuite donnée des faits. J’ai l’avantage, pour la bataille de Normandie, d’être né à Caen et d’y a avoir vécu plusieurs décennies. J’ai par ailleurs visité de nombreux champs de bataille, d’El Alamein à Arnhem, en passant par les Ardennes ou Monte Cassino.

Enfin, et contrairement à d’autres auteur (je pense à un spécialiste de la guerre du désert qui m’a reproché -lors de la sortie d’Afrikakorps– de « marcher sur ses plates-bandes »), j’aime lire les travaux des autres ayant pour thèmes mes sujets de prédilection, et découvrir des ouvrages qui complètent les miens.

Je termine en précisant que j’assume entièrement les erreurs qui peuvent s’être glissées dans mes ouvrages : les choix, les réflexions et les traductions émanent de moi seul.

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