MARKET-GARDEN: les Fallschirmjäger face aux aéroportés alliés

MARKET-GARDEN: les Fallschirmjäger face aux aéroportés alliés

 

La bataille d’Arnhem et l’imposante opération « Market-Garden » renvoient invariablement aux images d’aéroportés britanniques, américains et polonais. De très nombreuses unités de parachutistes allemands sont pourtant elles-aussi impliquées dans les combats. C’est à elles que nous nous intéresserons dans cet article.

 

Défendre les Pays-Bas

Au moment même où Ramcke, commandant de la 2. FJD devenu responsable de la Festung Brest, vient d’accepter la reddition, les Alliés, pressés de hâter la fin de la guerre et espérant déboucher au-delà du Rhin, viennent de déclencher l’opération « Market-Garden » aux Pays-Bas. Le 17 septembre 1944, à son QG à Vught, le General Student, le père de l’arme parachutiste allemande, ne peut s’empêcher d’exprimer son admiration et son envie quand il observe le spectacle impressionnant de l’armada aérienne alliée: « Oh, comme j’aurais aimé avoir une force d’une telle puissance à ma disposition ».

En septembre 1944, Kurt Student crée la I. Fallschirm-Armee (nous ne nous intéresserons ici qu’aux unités de parachutistes dont il dispose) en même temps que les divisions de parachutistes durement malmenées en Normandie sont remises sur pied. La 2. FJD détruite en Bretagne et la 5. FJD anéantie en Normandie, les 3. et 6. FJD ne sont elles-mêmes que des unités réduites à des Kampfgruppen. Les régiments et les unités organiques de ce qui n’est une armée que de nom (Student ne commande qu’à 20 000 hommes le 17 septembre) sont regroupés aux Pays-Bas et en Prusse-Orientale. Les effectifs sont complétés à partir de jeunes recrues en provenance des dépôts, des unités d’entraînement parachutistes ou encore de formations terrestres de la Luftwaffe. La 3. FJD, désormais commandée par le Generalleutnant Wadehn, ne compte alors plus que quelques Kampfgruppen. Elle sera reformée en novembre 1944 et combattra en Hollande de même que la nouvelle 2. FJD (FJR 2, 7 et 23) du Generalleutnant Lackner, la 6. FJD (FJR 16, 17 et 18) du Generalleutant Plocher et la 7. FJD (FJR 19, 20 et 21) du Generalleutnant Erdmann. Ce dernier ne peut plus demeurer aux côtés de Student qui doit donc commander une armée sans chef d’état-major puisque l’officier promu à ce poste, l’Oberst Kusserow, n’arrive qu’en octobre 1944. Si certains régiments, comme les FJR 2 et 6, comptent des vétérans et sont aptes au combat, encore que la plupart des nouveaux venus n’aient jamais tiré un coup de feu au front, les autres ne comptent que des recrues récentes. Début septembre, les unités de paras n’engerbent encore aucune artillerie. Student dispose également d’un nouvel Panzerjäger-Abteilung de paras ainsi que de 5 000 Fallschirmjäger affectés à des tâches de logistiques.

Quelles sont les troupes parachutistes dont dispose Student pour contrer l’opération « Market Garden »? Parmis les unités de premier plan on compte encore le FJR 6 de l’Oberstleutnant von der Heydte (1 000 hommes), régiment qui s’est illustré en Normandie et qui garde toujours une certaine indépendance. Pour compléter ses effectifs, Heydte dispose d’un bataillon disciplinaire de la Luftwaffe, le Luftwaffe-Straf-Bataillon 6 z.b.V. en provenance d’Italie : souvent d’anciens officiers dégradés, la plupart des hommes portent encore leur tenue tropicale… Les formations défendant la zone de Neerpelt, soit 3 000 hommes, sont regroupées au sein du Kampfgruppe Walther (cet officier est un para). Les trois autres régiments mis à disposition de Student constituent la Fallschirmjäger-Lehr-Division Erdmann. L’entrée en lice de ces unités en Hollande début septembre participe à la reconstitution d’un front cohérent mais n’empêche pas les Britanniques d’établir deux têtes de pont sur le canal Meuse-Escaut avant le lancement de l’opération « Market-Garden ».

La Divisionsverband Walther tient la première ligne aux Pays-Bas pour empêcher toute percée depuis la tête de pont de Neerpelt. On trouve le FJR 6 et les trois bataillons du Fallschirmjäger-Lehr-Regiment Hoffmann –futur FJR 18, dont seul le 1er bataillon, commandé par le Major Kerutt, peut être considéré de bonne qualité. Ce FJR Hoffmann doit intégrer une nouvelle 6. FJD (qui doit compter également les Luftwaffen-Festungs-Bataillone 2, 29, 31, 38 et 40). Walther dispose en outre du II./FJR 2 ainsi que d’unités de la Waffen SS, dont le Kampfgruppe Heinke avec des éléments des 9. et 10. SS Panzer-Divisionen, dont 2 bataillons de Panzergrenadiere, 4 batterie d’artillerie et 12 StuG IV de la SS-Panzerjäger-Abteilung 10. Ce Kampfgruppe comble la brèche qui s’était formée entre le Kamfgruppe Chill et la Division Erdmann. Au niveau de la route principale (la route le long de laquelle attaque le XXXth British Corps vers Arnhem, baptisée « Hell’s Highway ») se trouve le bataillon pénal. A l’est de la route est postée une autre unité commandée par un Fallschirmjäger, le Kampfgruppe Henke, soit deux bataillons de Waffen SS de la « Hohenstaufen » et de la « Frunsberg ». L’Oberst Walther dispose aussi d’une artillerie nombreuse et des chasseurs de chars. Sur sa gauche se trouve positionnée la 85. ID du General Chill et sur sa droite est déployée la Fallschirmjäger-Lehr-Division Erdmann.

 

Les premiers combats

Parmi les premiers aéroportés alliés à être confrontés à une unité « parachutiste » allemande se trouvent les GIs du 506th PIR du colonel Sink. Pas très loin du pont de Zon, en un lieu-dit appelé Wolfswinkel, quelques vieux Panzer III et IV du II. Abteilung du Fallschirmjäger-Ersatz-und-Ausbildungs-Regiment « Hermann Goering » contre-attaquent en vain et laissent trois engins sur le terrain grâce à l’intervention efficace de p-51 Mustang équipés en chasseurs-bombardiers. Un 4e Panzer sera engagé contre le 501st PIR à Veghel. Quelques autres soldats de la « Hermann Goering » vont s’opposer le 18 septembre aux parachutistes américains (du 504th PIR de la 101st cette fois-ci) qui s’emparent du pont de Neerbosch sur le canal Maas-Waal, entre Grave et Nimègue. Le Kampfgruppe Runge aligne en effet notamment le 21. Unterführer-Lehrkommando (c’est à dire une unité d’entraînement pour sous-officiers) du « Hermann Goering » Ersatz-und-Ausbildungs-Regiment de l’Oberst Böhme.

Les seuls Fallschirmjäger qui vont lutter contre la 1st British Airborne Division au cours de ses combats épiques menés à Arnhem sont précisément des éléments de cette unité de la « Hermann Goering », en l’occurrence le bataillon Wossowski -600 hommes- qui intègre la Kampfgruppe von Tettau. L’unité se distingue d’ailleurs par sa participation brutale à la répression contre la résistance locale. Les soldats du bataillon sont parvenus à Arnhem depuis la côte en bicyclettes. C’est d’ailleurs montés sur ces moyens de locomotion peu dignes d’une formation d’élite qu’ils essuient les premiers tirs des « Red Devils » le 21 septembre. Soutenus par 4 chars Renault, les Allemands parviennent à repousser leurs adversaires des hauteurs de Westerbouwing. Succès à la Pyrrhus : la moitié du bataillon est hors de combat, Wossowski ayant lui-même perdu la vie.

Alors que les paras alliés sont largués sur les Pays-Bas, le XXXth Corps de Horrocks déclenche son attaque à 14h15 le 17 septembre 1944. Un feu roulant tiré par 350 pièces d’artillerie sème le chaos et la destruction dans les lignes allemandes alors que les Typhoons mènent des attaques en appui des troupes au sol. La Guards Division perd rapidement 9 chars et 2 scouts cars mais la réplique est puissante et, bientôt, Roestel, qui commande les chasseurs de chars, n’aligne plus que 8 Jagpanzer IV. Le poids de l’offensive britannique s’abat sur les paras du Major Kerutt, le chef du I./FJR 18. Kerutt dipsoe bien de 9 pièces de 7,62 au sein de sa 14. Kompanie mais, malheureusement, l’absence de tracteurs l’empêche de les déployer dans les bois : les canons sont donc disposés en terrain clair, le long de la route. A un kilomètre derrière ses lignes, Kerutt met cependant en place une deuxième ligne antichar au sein de son dispositif sous la forme d’un Panzer-Vernichtungs-Zug, soit 30 paras commandés par le Leutnant Finke et armés de Panzerfaust et de Panzerschreck, dans des foxholes de part et d’autre de la route. Ce sont ces hommes qui causeront le plus de pertes, et non les Pak, pulvérisés par le barrage d’artillerie qui a sonné le lever de rideau de « Garden ». 9 tanks anglais seront ainsi détruits dans le secteur. Le XXXth Corps fera, ce jour-là, des prisonniers du régiment Hoffmann, de la division Erdmann et aussi du FJR 6 qui est pourtant peu engagé à la grande frustration de son chef. Heydte, sans contact avec Walther ou les autres unités, décide de prendre le commandement des forces positionnées à gauche de la route. Il peste contre le manque de moyens alloués au Kampfgruppe Walther, notamment en moyens de communications, et s’insurge contre le manque de professionnalisme de son état-major : il ne comprend pas qu’un seul et unique officier n’ait pas eu clairement en charge la défense de la « Hell’s Highway » en ayant sous ses ordres toutes les unités se trouvant de part et d’autres. Contraint au repli, qu’il effectue sans autorisation ainsi qu’il lui est reproché (il est décidément un habitué de la chose, si l’on songe à l’épisode de Carentan en Normandie), Heydte est rattaché à la 85. ID le lendemain. Ordre est également donné de maintenir le contact avec la division Erdmann. La Guards Division s’arrête à Valkenswaard au soir du premier jour de l’offensive. La situation du Kampfgruppe Walther et cependant précaire et l’Oberst Hofmann reçoit la tâche d’organiser la défense d’Eindhoven (dont il devient le Kampfkommandant).

 

Les Fallschirmjäger au cœur des combats

Le II. Fallschirm-Korps d’Eugen Meindl reçoit l’ordre de contre-attaquer sur Eindhoven dès que la « Frunsberg » sera à Nimègue. La route principale sur laquelle évolue le British XXXth Corps est attaquée de part et d’autre: depuis l’ouest par le FJR 6 et la 59. ID et depuis l’est par le Kampfgruppe Walther et la Panzerbrigade 107. Cette dernière unité est sans doute la mieux équipée que l’armée allemande va engager au cour de « Market-Garden » : outre 36 Panther et 11 PanzerJäger IV, la brigade aligne plus de 100 Sdkfz 251 pour ses Panzergrenadiere et ses Pioniere dont beaucoup avec un armement lourd (4 avec un lance-grenade de 8 cm ; 4 avec lance-flammes ; 10 avec un 7,5 cm court ; 42 avec un affût de trois MG ; 2 avec un Nebelwerfer de 6 tubes et 8 avec un mortier de 12 cm). Toutefois, le II. Fallschirm-Korps est bien faible en regard de son titre (il n’aligne plus que 7 bataillons, dont 2 d’entraînement et de dépôt de la 6. FJD et des unités de services). Meindl le sait bien et Model ordonne que les unités attaquantes soient renforcées par les Kampfgruppen Becker et Hermann constitués de parachutistes. La Panzerbrigade 107 est donc appuyée par un bataillon de Fallschirmjäger commandé par l’Hauptmann Vosshage. L’attaque sur le pont de Son (un pont du génie Bailey qui remplace le pont originel détruit à temps par les Allemands) est lancée le 19 septembre contre des éléments de la 101st US Airborne mais les Allemands ne parviennent pas à empoter la décision. De façon exceptionnelle, 76 bombardiers de la Luftwaffe frappent Eindhoven cette même nuit… Il s’agit en fait de sa dernière attaque de grande envergure sur un ville de la guerre.

Les Américains de la 82nd US Airborne sont eux aussi sujets aux contre-mesures prises par les Allemands. Le secteur sensible consiste en ses Landing Zones T et N pour le contrôle desquelles elle va assigner beaucoup trop d’unités au détriment de l’attaque des ponts de Nimègue (une erreur qui sera aussi celle de la 1st British Airborne à Arnhem). La menace provient de la 406. Landesschütze-Division du Generalleutnant Scherbening, formation ad hoc qui n’est qu’un patchwork d’unités fort bigarrées et plutôt faibles du point de vue des capacités combattantes. Les paras occupent le flanc droit : 600 soldats au sein de la Kampfgruppe Jenkel (soit les restes des Fallschirm-Artillerie-Regiment 2 et 4 avec à peine 7 obusiers, renforcés par une compagnie de cadets de la Kriegsmarine en provenance de Nimègue) et les 700 Fallschirmjäger de la 3. FJD soutenus par 5 Stug de la Fallschirm-Sturmgeschütz Brigade 12 réunis au sein de la Kampfgruppe Becker. Les allemands ne pourront s’emparer des zones d’atterrissages.

Les Allemands vont aussi s’employer à menacer les lignes de communications pour isoler les paras alliés et les forces du XXXth British Corps. Meindl attaque donc la 82nd Airborne sur le front de la Reichswald le 20 septembre et s’empare du village de Riethorst. Plus au nord, le 508th PIR est repoussé de ses positions par les Kampfgruppen Becker et Fürstenberg à Wyler tandis que le 505th PIR est pris à partie par le Kampfgruppe Herrmann (des restes de la 6. FJD, notamment du Fallschirmjäger-Lehr-Regiment 21 de l’Oberstleutnant Herrmann ainsi que des pièces d’artillerie du I./ Fallschirmjäger-Art-Rgt 6, des SS flamands et des canons de la 4. Flak-Division) à Mook, situé à seulement deux kilomètres du pont d’Heumen. Au centre, l’assaut est mené par le Kampfgruppe Greschick. Les combats seront acharnés dans le secteur jusque dans la nuit même si les Allemands seront dans l’impossibilité d’avancer jusqu’aux ponts et à la route. A Monk, la bataille va s’éterniser une semaine durant. Les Allemands ne peuvent s’emparer des hauteurs de Groesbeck, leur objectif. Mais l’alerte a été chaude pour Gavin.

C’est à Nimègue que se joue en grande partie le sort de « Market-Garden ». Gavin a sans doute mésestimé l’importance de la capture du pont sur la Meuse dès le premier jour alors que cela aurait certainement dû constituer la priorité absolue. Les combats menés dans la ville seront acharnés, de l’aveu même des participants. Si le passage en force du fleuve par le 3rd Battalion du 504th PIR de Julian Cook a été immortalisé dans le film « Un Pont Trop Loin » (avec Robert Redford prêtant ses traits à l’officier américain), on oublie que la bataille menée pour le contrôle de la ville a été déterminante. Les abords sud du pont routier sont particulièrement défendus, notamment le Hunnerpark mais aussi la villa Belvoir, sorte de manoir sis sur une place contrôlant l’accès à la rampe du pont. Cette villa est défendue par une compagnie de Fallschirmjäger qui s’y installe le 17 septembre. Les paras allemands aménagent une défense tout azimut : des MG sont embusquées au fenêtres, des tranchées et des barbelés disposés dans le jardin. Sur le rond-point limitrophe, une pièce de 8,8 cm complète le dispositif ainsi que des Pak. L’ensemble constitue le Kampfgruppe Henke, du nom de l’Oberst commandant le Fallschirmjäger-Lehr-stab 1. Les paras allemands proviennent d’une compagnie du Fallschirmjäger-Ersatz-und-Ausbildungs-Regiment « Hermann Goering » commandée par le Major Ahlborn. Lorsque la position tombe enfin le 20 septembre après de durs combats, les Alliés pourront photographier un antique Panzer II Ausf B de ce régiment parmi le butin abandonné par les Allemands. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas tous été capturés puisque Euling parvient à s’esquiver avec une soixantaine d’hommes.

 

Menacer la « Hell’s Highway »

On a déjà évoqué les assauts en direction de Nimègue, qui menacent eux-aussi de couper le corridor. La 101st doit cependant faire face à une attaque coordonnée de la part de Student. La « Hell’s Highway » est sujette à ces assauts de part et d’autre. A l’est, la Panzerbrigade 107 change de tactique à partir du 20 septembre, optant pour soumettre la route à des tirs d’interdiction plutôt que de viser à s’en emparer. L’attaque menée depuis l’ouest, c’est à dire de l’autre côté de la route, est dirigée par l’expérimenté Major Jungwirth. L’attaque est couronnée de succès puisque Jungwirth parvient à couper le corridor du 24 au 26 septembre. Il dispose du Kampfgruppe Huber, un agrégat de différentes unités de Fallschirmjäger et de la 59. ID, ainsi que 7 Pak et 2 Sturmgeschütze en provenance du Kampfgruppe Chill. Jungwirth commande aussi en théorie le FJR 6 d’Heydte, renforcé d’un nouveau bataillon, qui doit donc se désengager des Britanniques à Best avant de remonter vers le nord. Les Fallschirmjäger ont marché jour et nuit et c’est épuisés que les hommes d’Heydte bouclent les 90 kilomètres les séparant de la zone d’attaque. Ils arrivent pourtant trop tard pour participer à l’assaut lancé le 22 septembre, dans le secteur de Veghel. La menace venant de l’est semble plus dangereuse et les Américains y font face, repoussant les Allemands de la route. Ce faisant, ils parviennent à encercler une partie du Kampfgruppe Huber. A cette occasion, certains soldats allemands, tapis dans un fossé, sont tués par l’acide chloridrique déversé par les Américains. Les Fallschirmjäger font cependant preuve de mordant et on rapporte que Student se serait exposé en personne en première ligne. Les Américains de la 101st et les Britanniques de la 50th parviennent cependant à réouvrir la route.

Le 23 septembre, toutefois, le FJR 6 (l’unité aligne alors 301 MG, 4 lIG, 2 Pak, 9 Flak de 2 cm, 58 Panzerschreck et 46 mGR.W.) attaque à son tour et se rapproche de Veghel. Les combats sont toutefois inégaux car Heydte attaque seul, avec le support des quatre derniers Jagdpanther du Panzer-Jäger-Abteilung 559. De surcroît, ignorant la situation et les plans des troupes allemandes situées à l’est de la route et de Veghel, il se trouve dans l’incapacité de coordonner son assaut avec d’autres unités. A 9 heures, Heydte s’empare des dunes surplombant les positions américaines qu’ils soumettent aux tirs d’artillerie et de mortiers. A l’ouest de Eerde, le 501st PIR appuyé par des blindés britanniques stoppe le FJR 6. L’attaque est donc un échec et le FJR 6 n’a plus qu’à s’enterrer provisoirement où il se trouve. Model et la 15. Armee s’entêtent pourtant et ordonnent que l’attaque se poursuivent, au contraire de Reinhard (le chef du LXXXVIII Korps), Chill et Poppe (le chef de la 59. ID).

Student n’a pourtant pas dit son dernier mot. Jungwirth prépare une nouvelle attaque en envoyant des patrouilles reconnaître les secteurs les plus faiblement tenus de la ligne adverse. Mais l’arrivée des derniers éléments de la 101st -1 077 hommes et 400 véhicules- décourage les Allemands. De son côté, l’Oberst Walther (il a alors perdu 1/5 de ses fantassins et 1/4 de ses blindés) apprend que le British VIIIth Corps s’apprête à attaquer Deurne. Il décide donc de replier ses hommes sur une nouvelle ligne à l’ouest de la Meuse et installe son QG à Venray.

Le 25 septembre, mettant à profit les reconnaissances effectuées la veille, Student attaque à nouveau depuis l’ouest. Les unités dont il dispose ont plus de succès que ne le laisserait croire leur nombre. Les restes de la 59. ID et du Kampfgruppe Huber (du Grenadier-Regiment 1035), le FJR 6 ainsi que le Bataillon Jungwirth (200 hommes, trois Jagdpanther et un canon automoteur) sont de la partie. L’objectif principal sont les ponts routier et ferroviaire sur le canal Zuid-Willemsvaart. Fort du succès de l’avant-veille qui leur avait permis de prendre les dunes à un bataillon américain, les paras de Heydte lancent l’assaut à 10 heures contre un autre bataillon du 501st PIR en poste à Eerde. A midi, les GIs contre-attaquent les Allemands dans les dunes de sable. La section du Lieutenant Mosier charge en terrain découvert 5 mitrailleuses allemandes soutenues par un mortier. Pris d’un soudain accès de furie guerrière, ces Américains parviennent à balayer les positions allemandes, tuant 15 Landser et en capturant 7, tandis que les 50 autres s’enfuient sans demander leur reste. L’artillerie allemande reste cependant active et parvient à tenir la « Hell’s Highway » sous ses feux pendant toute la journée et jusque dans la nuit. Plusieurs camions et trois tanks sont détruits: la logistique britannique ravitaillant la tête du XXXth Corps doit donc s’interrompre.

E son côté, Jungwirth reprend son avance dès la fin d’après-midi et, la nuit tombée, il parvient jusqu’à la route, à Koevering. Rejoint par une partie des hommes de Heydte et de Huber, il peut annoncer la destruction de 50 véhicules, dont 3 tanks, ainsi que la capture de 40 soldats ennemis et de 2 tanks britanniques: personne ne s’attendaient à voir surgir ici des Fallschirmjäger! Au moins 30 camions ont été détruits. Bien plus, les Allemands coupent les câbles reliant les arrières de la 101st Airborne à St Oedenrode avec les forces présentes à Veghel et Eerde.

Les Alliés entreprennent de nettoyer cette position allemande bien gênante. L’attaque est menée depuis le nord (de Veghel) et du sud, isolant bientôt le Bataillon Jungwirth, qui tient cependant toujours une portion de la « Hell’s Highway » mais qui subit désormais des tirs ravageurs depuis trois côtés. L’artillerie frappe les Fallschirmjäger avec des effets dévastateurs. Zangen (le commandant de la 15. Armee) consent toutefois d’ordonner un repli et Jungwirth s’esquive avant le lever du jour. Parmi les engins ennemis dont s’emparent les Alliés, on retrouve des antiquités comme au cours des combats précédents : un Stug III Ausf E doté d’un canon court de calibre 7,5 cm L/24 appartenant évidemment du Fallschirmjäger-Ersatz-und-Ausbildungs-Regiment « Hermann Goering », unité exceptionnelle pour le conglomérat de blindés déclassés qu’elle rassemble (mais c’est une unité d’instruction), ainsi qu’un L43 Pak (t) auf PzKpfw 35R (f) armé pour sa part d’un canon antichar tchèque de 4,7 cm.

La « Hell’s Highway » n’est pas ouverte au trafic pour autant: il faudra attendre jusqu’à 14 heures le 26 septembre pour que le génie américain ait fini de la déminer. S’il n’y a plus désormais d’attaque contre le corridor, les Allemands continuent leurs tirs de harcèlement, poursuivent leurs missions de patrouilles et affrontent les Alliés dans des escarmouches. La circulation sur le corridor a été interrompue pendant une grande partie de cinq journées. Certes, des colonnes de ravitaillement ont pu emprunter des routes secondaires dans le secteur du VIIIth Corps.

 

Un essai de bilan

Les unités de Fallschirmjäger engagées par la Wehrmacht pour contrer « Market-Garden » semblent bien bigarrées et manquant de puissance. De fait, elles ne purent contenir la progression du XXXth British Corps ni empêcher les paras américains de mener à bien leur mission. Néanmoins, la menace constante et l’activité permanente des forces allemandes sur les flancs, notamment les paras, ont tenu un rôle dans l’échec final de l’opération. Il fut loin d’être le plus décisif et d’être le seul, mais il reste un succès indéniable en dépit de pertes élevées liées notamment à la piètre qualité de la plupart des troupes impliquées et engagées dans des formations de circonstances. Celles-ci font pourtant face aux meilleurs éléments des forces adverses -à commencer par les troupes aéroportées mais aussi les unités blindées- et leur tenue au feu reste donc honorable.

 

Write the message

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>