Ostfront-La guerre germano-soviétique (10/50)

TEMPÊTE SUR MOSCOU (30 SEPTEMBRE-5 DECEMBRE 1941)

 

 

Generaloberst Guderian

 

Alors que la poche de Kiev se referme le 14 septembre, le premier train amenant des renforts soviétiques en provenance d’Extrême-Orient a quitté la Mandchourie trois jours plus tôt, Staline étant assuré par l’espion Sorge de la neutralité du Japon à l’égard de l’Union Soviétique. Alors que les Panzer sont à bout de souffle après leur chevauchée victorieuse en Ukraine, il leur faut à présent obliquer à nouveau vers le nord pour participer à la nouvelle offensive en direction de Moscou, l’opération « Typhon ». Ce plan doit assurer l’ouverture de la route de Moscou en anéantissant les forces de Timochenko à l’ouest de la capitale, une éventualité qui n’avait pas été prévue dans les plans de « Barbarossa ». Timochenko a mis a profit ce délai de six semaines pour parfaire ses défenses entre le Heeres-Gruppe Mitte et la capitale soviétique.

Au 30 septembre 1941, les pertes allemandes sur le front de l’Est depuis le déclenchement de « Barbarossa » se montent à 551 039 hommes, dont 116 908 tués, des pertes sensibles, sans communes mesures avec les précédentes campagnes de la Wehrmacht, remportées à peu de frais. Le Heeres-Gruppe Mitte se voit considérablement renforcé pour « Typhon », puisqu’il regroupe à lui seul les 2/3 des divisions blindées et 40% des divisions d’infanterie de la Wehrmacht, soit 13 Panzer-Divisionnen, 8 divisions motorisées et 47 divisions d’infanterie. Au total, von Bock dispose de plus d’un million d’hommes, 1 300 à 1 600 chars, 19 000 pièces d’artillerie et 1 000 avions. Notons cependant que les unités de panzer devraient disposer de 2 600 chars, ce qui montre bien à quel point la Wehrmacht atteint ses limites alors qu’elle a bénéficié de plusieurs semaines pour se préparer à cette nouvelle offensive, pourtant hautement décisive. Pour défendre leur capitale, les Soviétiques engagent pour leur part 900 000 hommes, 770 chars et 350 avions. Pour la première fois depuis le lancement de « Barbarossa », les Allemands jouissent de la supériorité numérique, alliée à une supériorité qualitative indéniable. Qui plus est, l’infériorité numérique russe est aggravée par une nette faiblesse de la valeur des troupes. Alors que la Wehrmacht est à son apogée, nombre de soldats soviétiques sont alors des recrues hâtivement incorporées et manquant singulièrement d’entraînement. Le péril le plus inquiétant pour les Allemands est l’approche de l’hiver : il leur faut impérativement vaincre rapidement l’adversaire. Toutefois, prévenus par leur excellent réseau d’espion de la future offensive allemande, les Soviétiques ont établi un système défensif conséquent d’une rare profondeur puisqu’il s’échelonne sur près de 250 kilomètres, sur un terrain bien plus vallonné que les steppes d’Ukraine et de Biélorussie.

Le 30 septembre, l’opération « Typhon » est lancée par le Heeres-Gruppe Mitte. Guderian s’ébranle le premier depuis le sud, deux jours avant les autres armées. En quelques heures, le front soviétique s’effondre. En 48 heures, les Panzer de Guderian se sont enfoncés sur 150 kilomètres à l’intérieur des lignes soviétiques ! C’est de nouveau la Blitzkrieg et ses effets dévastateurs ! Le Front de Briansk est déjà menacé d’encerclement. Ce sera chose faite dans les jours qui suivent. Le 3 octobre, la 4.Panzer-Division s’empare d’Orel avec une facilité déconcertante. En l’espace d’une semaine, tout le dispositif couvrant Moscou a volé en éclat.

Le 2 octobre, les Panzer-Gruppen 3 et 4, puis les 9., 4. et 2.Armee passent à leur tour à l’offensive. Très vite, la situation tourne nettement en faveur des Allemands. Le 4 octobre, en fin de journée, des éléments de plusieurs armées soviétiques sont débordés et encerclés. Au nord du Front de l’Ouest, Hoth perce en profondeur. Viazma, distante d’à peine 300 kilomètres de Moscou, est menacé au nord et au sud par trois divisions de Panzer. Le 7 octobre, les Allemands sont parvenu à réaliser un encerclement massif à Viazma. Toutefois, comme d’accoutumée, il se passe un certain temps avant que les divisions d’infanterie rejoignent les unités blindées et ferment hermétiquement la nasse. Une fois l’encerclement réalisé, les combats sont loin d’être finis. Bien au contraire. Conscients de la cruauté du sort que les Allemands réservent à leurs prisonniers et de l’urgence de la situation qui gonfle leur patriotisme, les soldats soviétiques luttent jusqu’au bout. Aucune reddition massive par unité constituée n’a donc lieu. Les combats s’éternisent donc jusqu’au 19 octobre 1941. Les Allemands capturent tout de même 657 948 prisonniers dans les poches de Viazma et Briansk, des pertes énormes, sans compter les tués et les blessés. Le 8 octobre 1941, les pertes allemandes depuis « Barbarossa » se montent à 564 000 hommes. Les Soviétiques ont alors perdu près de 3 millions d’hommes pour les seuls prisonniers.

La route de Moscou est donc ouverte ! Le 12 octobre, les blindés de Hoepner franchissent l’Ouzra en direction de Mojaïsk. Le 14, Kalinine tombe : Moscou n’est qu’à 150 kilomètres ! Le succès tactique allemand est indiscutable mais la lutte jusqu’au bout sans espoir dans les poches de Viazma et Briansk a permis à la Stavka de rameuter des troupes et de reconstituer un front cohérent. Dans la capitale, l’état de siège est proclamé et la population est mise à contribution pour édifier des défenses aux abords de la ville ou dans la cité elle-même. En outre, les premières neiges, qui ne tiennent pas, ont tôt fait de transformer le terrain en bourbier : c’est la fameuse raspoutitsa, la saison des mauvaises routes. A partir du 15 octobre, il pleut continuellement et seuls les chars peuvent continuer à avancer, non sans difficultés. Englués dans la boue, les Panzer ne peuvent plus contrebalancer la supériorité qualitative des chars russes par leur supériorité tactique. En outre, le ravitaillement est handicapé par un territoire dévasté par la tactique de la terre brûlée et la plupart des unités sont immobilisées. Von Bock ne peut disposer que d’une vingtaine de convois au maximum contre 100 à 120 trains acheminant quotidiennement renforts et ravitaillements à l’Armée Rouge. Pourtant, à la fin du mois d’octobre 1941, jamais l’Armée Rouge ne semble si près de la défaite, alors que la Wehrmacht n’est plus qu’à 90 kilomètres du Kremlin. Les généraux allemands attendent donc le retour du froid avec impatience afin de retrouver toute leur mobilité. Le 12 novembre, à Orcha, Halder et les représentants de von Leeb, von Bock et von Rundstedt décident de la poursuite de l’offensive. A cette date, 150 000 soldats allemands ont été perdu depuis le 8 octobre.

Après avoir été stoppé 3 semaines par la boue, von Bock relance ses troupes vers l’avant le 16 novembre. Au nord, le Panzer-Gruppe 3 de Reinhardt, qui a succédé à Hoth, s’empare de Kline le 23 novembre. Le 25, les allemands prennent Istra : la pince nord de l’attaque n’est plus qu’à 45 kilomètres de Moscou. Au sud, Guderian s’évertue à encercler Toula, faute de pouvoir emporter la place par un assaut direct. Moscou est sérieusement menacé mais la résistance acharnée des troupes soviétiques et le froid intense ont raison du courage et de la détermination des soldats allemands. Dans ces conditions, le 1er décembre, l’offensive est au point mort. Un ultime effort est fournit les 2 et 3 décembre et les faubourgs nord de Moscou sont atteints : un groupe de combattants allemands n’est plus qu’à 17 kilomètres de la capitale ! Certains soldats prétendent avoir vu les coupoles du Kremlin dans leurs jumelles, mais la Wehrmacht n’ira pas plus loin. Elle est définitivement stoppée le 5 décembre. L’armée allemande est épuisée et exsangue.

 

VIVRE AU FRONT PAR -40°C

Quant l’hiver russe s’abat sur la Wehrmacht devant Moscou, les problèmes de logistique et l’absence criminelle de prévision, les soldats allemands sont pris au dépourvu face aux rigueurs des grands froids. Les cas de gelures se multiplient et ce n’est pas sans dangers que les hommes doivent satisfaire leurs besoins naturels. En outre, les armes refusent de fonctionner, l’essence gèle, les lubrifiants se solidifient et le caoutchouc se craquelle. Il faut aller jusqu’à couper le pain à la hache ! En moyenne, 3 000 soldats sont évacués chaque jours pour gelures. On dénombre au total 110 000 cas de gelures, dont 14 500 ayant nécessité une amputation. Non préparés à ce terrible hiver, les Allemands subissent une crise de moral sans précédent. Guderian témoigne : « Il faut avoir vu, pendant cet abominable hiver, l’immensité russe ensevelie sous la neige à perte de vue et balayée par des vents glacés qui effacent tout sur leur passage ; avoir marché ou conduit pendant des heures à travers ce no man’s land, pour n’aboutir qu’à un abri médiocre, avec des hommes insuffisamment couverts et à demi affamés ; et avoir aussi réalisé quel contraste il y avait entre nos soldats et les Sibériens bien nourris, chaudement vêtus et parfaitement équipés pour se battre en hiver ; il faut avoir connu tout cela pour se permettre de juger les événements. » En dépit du succès de la collecte de vêtements d’hiver organisée en Allemagne par Goebbels, les convois transportant ces vêtements sont encore à Varsovie quand la Wehrmacht doit affronter le terrible hiver russe et la contre-offensive de Joukov. Parvenus à la limite de l’endurance, les soldats allemands, encouragés par le haut-commandement lui-même, en sont réduits à dépouiller les civils et les soldats soviétiques de leurs chauds vêtements d’hiver, les condamnant ainsi à la mort certaine.

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