Ostfront-La guerre germano-soviétique (11/50)

MOSCOU : LES COUPOLES DU KREMLIN DANS LES JUMELLES (15 NOVEMBRE-5 DECEMBRE 1941)

L’arrivée du gel permet à la Wehrmacht d’envisager enfin la reprise des opérations en direction de Moscou. Cependant, si le froid permet aux Allemands d’attaquer à nouveau, il n’est pas sans provoquer de graves désagrément au sein de la troupe, très mal équipées pour lutter contre les froids extrêmes, bien que le climat de la Russie soit bien connu des stratèges de l’OKH et de l’OKW, qui ne peuvent donc en être surpris. Toutefois, ce n’est pas sans inquiétude pour les généraux allemands que se profile à l’horizon le spectre d’un hiver russe en rase campagne et beaucoup relisent alors les mémoires de Caulaincourt évoquant le terrible destin de la Grande Armée en 1812. Le froid s’installe en effet à nouveau sur le front et devient chaque jour plus mordant mais les soldats allemands n’ont pas touchés de tenues d’hiver, une erreur d’intendance impensable dont les conséquences seront dramatiques. Afin d’assurer la reprise de l’offensive, les unités de la logistique allemande sur le front de l’Est font des prodiges pour acheminer hommes, vivres, matériel et équipement jusqu’aux lignes du Heeres-Gruppe Mitte. En dépit de l’état des routes et des voies ferrées et de la longueur extrême des lignes de communications entre l’Allemagne et les premières lignes, l’exploit est réalisé.

Von Bock lance à nouveau son groupe d’armée sur Moscou. Pour la reprise de « Typhon », il dispose de 74 divisions, dont 14 Panzer-Divisionnen et 8 divisions d’infanterie motorisée. Cela représente au total la force impressionnante de 943 000 hommes, 1 500 Panzer au maximum (tous sont loin d’être opérationnels), 11 670 canons et 650 avions. Certes, les pertes et les ennuis mécaniques de tout ordre ont drastiquement réduit les effectifs en blindés et en avions. La dure réalité de la guerre à l’Est s’impose à la Wehrmacht. Von Bock a à sa charge 870 kilomètres de front, une étendue considérable, qui signifie que la densité moyenne des unités en ligne est réduite à une division pour 12 kilomètres et 13 pièces d’artillerie par kilomètre de front. La partie sera donc dure. Le plan, ambitieux puisqu’il vise à s’emparer de la capitale soviétique alors que l’année est bien avancée, prévoit un double encerclement, au nord et au sud de la ville, se referment à l’est de Moscou, afin de réitérer une fois de plus les succès de l’été et de l’automne. Les espoirs sont permis pour la Wehrmacht. L’armée Rouge a été saignée à blanc et les divisions d’infanterie ne comptent plus en moyenne que 5 500 hommes. Au total, les Allemands attaquent avec un avantage avoisinant les deux contre un en terme de combattants. La supériorité atteint 3 contre 1 en artillerie et même 7 contre 1 dans les antichars. Les Soviétiques n’alignent que 890 chars, dont moins d’une centaine de chars modernes T-34 et KV-1. Staline et la Stavka rechignent à engager toutes leurs troupes dans l’immédiat, préférant sagement se constituer des réserves stratégiques, notamment avec des unités en provenance d’Extrême-Orient, pour frapper la Wehrmacht au moment opportun. Toutefois, la constitution de ces réserves fraîches exige du temps : cela suppose que les unités au front encaissent le choc à venir, rien n’étant moins sûr à en juger les revers subis les mois précédant, en dépit de la farouche résistance des soldats russes. Au 7 novembre, la réserve stratégique se monte déjà à 100 000 hommes, 2 000 canons et 300 chars, et ce n’est qu’un début.

L’attaque reprend donc le 16 novembre, les Allemands étant alors persuadés que, cette fois-ci, ils vont atteindre Moscou. Beaucoup de soldats pensent naïvement que sa prise signifiera la fin de la guerre. Quoi qu’il en soi, la perspective de la victoire et de pouvoir passer l’hiver à l’abri du froid dans la capitale pousse les soldats allemands à combattre avec plus de courage et de détermination que jamais. Le coup de butoir allemand est particulièrement impressionnant dans le nord, sur le front des Panzer-Gruppen 3 et 4. Les combats sont particulièrement acharnés, les Russes, le dos au mur, ne pouvant se permettre aucun repli si près de la capitale : « la Russie est immense mais nous ne pouvons reculer nulle part » se serait exclamé le commissaire politique Vassili Klotchkov. Vers Volokolamsk, les soldats soviétiques se font massacrer sur place. Toutefois, les Allemands repoussent leurs adversaires partout et les positions défensives de Rokossovski, qui lance toutes ses réserves dans la bataille, sont entamées en de nombreux secteurs. Les Russes reculent mais la percée n’est pas réalisée. Le 24 novembre, la 7.Panzer-Division entre dans Kline, à 75 kilomètres de Moscou. Von Bock vise alors la prise d’Istra et de son grand bassin de retenue. La Wehrmacht réussit à franchir l’Istra en plusieurs points mais, épuisée, elle doit vite passer à la défensive. Les unités sont épuisées dans les deux camps, mais le camp qui y mettra le plus de volonté a de fortes chances de l’emporter. Le 27 novembre, les Panzer-Gruppen 3 et 4 s’ébranlent une nouvelle fois vers Moscou sur un front de 90 kilomètres de large. L’objectif est de franchir le canal Moskva-Volga, de détruire la 16ème armée de Rokossovski et d’attaquer Moscou par le nord.

Le choc de l’attaque repousse la 30ème armée de douze kilomètres, un gain important en raison de la proximité de Moscou. Mais le thermomètre indique -40°C ! Le 29 novembre, la 7.Panzer-Division s’empare de Iakhroma et du pont sur le canal, intact, un autre pont étant également capturé par la 14.ID (mot.) à Tatichtchevo-Dmitrov. Devant la menace, Joukov n’a d’autre solution que de dépêcher sur place des unités prélevées au sein de ses précieuses réserves. Fin novembre, le Panzer-Gruppe 4 n’est plus qu’à 45 kilomètres de Moscou. Les unités allemandes sont dépeuplées mais beaucoup caressent l’espoir de bientpôt pouvoir en finir avec la guerre en prenant Moscou, alors si proche ! Conscient de la fragilité du front soviétique, von Bock engage alors son ultime réserve, la 1.Panzer-Division. Elle s’élance contre le flanc sud de la 16ème armée. Le 3 décembre, les Allemands parviennent à Katiouchi et Krasnaïa-Poliana : Moscou n’est plus qu’à 25 kilomètres ! L’offensive de von Bock est toutefois stoppée par l’intervention des troupes fraîches de la 20ème armée, qui ne parvient cependant pas à reprendre le terrain perdu. Les Allemands sont si proches de la capitale qu’il importe de les arrêter immédiatement, au détriment du maintien de troupes en réserve en vue de la prochaine contre-offensive. C’est ainsi que les contre-attaques soviétiques du 3 au 5 décembre bloquent définitivement les Allemands. Dans un dernier effort, des éléments de la 2.Panzer-Division parviennent à atteindre la gare de Lobnia, à 17 kilomètres de Moscou. La Wehrmacht, à portée de jumelles du Kremlin, n’ira pas plus loin.

Pendant ce temps, la 2.Panzer-Armee de Guderian attaque elle aussi à partir du 18 novembre, avec Tula comme premier objectif. Guderian doit franchir pas moins de 160 kilomètres avant d’atteindre Moscou, et ses unités sont usées jusqu’à la corde, le 24.Panzerkorps n’alignant ainsi qu’à peine 50 Panzer, en lieu et place des 600 théoriques ! Il ne dispose pas plus de 150 chars sur les 1 150 dont il disposait le 22 juin 1941. Au bout de quelques jours, les Allemands sont parvenus à encercler largement Toula par l’est et par le nord, mais le ravitaillement parvient toujours aux Russes puisqu’ils tiennent toujours la voie ferrée De Serpoukhov qui relie la ville à Moscou. La résistance énergique des Soviétiques et les conditions de vie si difficiles que doivent affronter ses hommes poussent Guderian à tenter de suspendre son offensive. Il n’obtient de Brauchitsch que le renoncement à la vaste manœuvre d’encerclement de Moscou par l’est, signifiant par là que la Blitzkrieg a atteint se limites et que ce n’est qu’une attaque frontale qui permettra d’emporter la décision, pour autant que la victoire soit encore à la portée de l’armée allemande. Les soldats allemands souffrent en effet terriblement du froid et commencent à être moralement ébranlés : la victoire si souvent promise et annoncée par leurs chefs ne semble pas en vue ! Guderian doit cependant absolument d’emparer de Toula s’il veut poursuivre son avance vers le nord. La position russe constitue en effet une menace trop importante pour son armée. Le 2 décembre, Toula est presque entièrement encerclée puisque la 4.Panzer-Division s’empare de la voie ferrée de Moscou. Cependant, la 2.Panzer-Armee a atteint ses limites et elle ne progresse plus. Le 7 décembre, Guderian est contraint de renoncer à la poursuite de l’offensive et doit se résigner à abandonner une partie du terrain perdu.

Von Bock et von Kluge, le chef de la 4.Armee, directement positionnée à l’ouest de Moscou, reste dans l’expectative dans le secteur central du front, à la grande satisfaction de Joukov qui peut faire intervenir ses réserves face à Guderian et surtout contre Hoepner, dont il contrecarre ainsi plus aisément les tentatives de percée. Le manque de coordination des différentes armées allemandes joue grandement en faveur des Soviétiques. Ce n’est que le 1er décembre que von Kluge se décide à frapper enfin en direction de l’est et soutenir ainsi la progression des autres armées. Les combattants allemands de la 4.Armee, l’arme au pied depuis le début de la reprise de l’offensive, peuvent enfin en découdre à nouveau avec les Russes, moment attendu avec une impatience certaine, persuadés qu’ils sont de pouvoir l’emporter en un ultime effort. L’offensive principale surprend la 33ème armée. Au 20.Armee-Korps, la 258.ID et des Panzer percent le front et s’enfoncent sur 10 kilomètres. Le lendemain, la 258.ID réussit l’exploit d’avancer de 25 kilomètres dans les lignes russes ! Bourzévo est pris. La réaction de Joukov est tout aussi impressionnante et un groupement de marche, constitué de troupes fraîches disposant de chars KV-1 ou T-34, confié au général Efremov parvient à encercler la division allemande. Celle-ci parvient à briser l’étau avec le soutien de la Luftwaffe, mais les pertes sont lourdes : 2 000 morts, 27 chars et 36 pièces d’artillerie sont perdus. Le 4 décembre, les troupes de von Kluge ont été repoussées sur leur ligne de départ.

Le 5 décembre, il est désormais clair pour von Bock que l’opération « Typhon » a échoué. Les conditions de combats et les difficultés de ravitaillements rendent la lutte plus qu’incertaine. Les divisions blindées ont perdu toute mobilité et les troupes sont épuisées, beaucoup d’unités étant incapables de fournir le moindre effort offensif. L’arrêt de l’offensive atteint des troupes allemandes sur un front tout à fait incohérent, formé de multiples saillants et de poches. Il importe au Heeres-Gruppe Mitte de se replier sur des positions plus adéquates pour passer à la défensive pour l’hiver. Dans les airs, la Luftwaffe a perdu les trois quarts des 1 000 appareils qu’elle alignait pour « Typhon ». A son QG de Rastenburg, en Prusse-orientale, Hitler ne veut pas entendre parler d’arrêt de l’offensive. Mais, le 6 décembre, Joukov lance sa contre-offensive, prenant Hitler, von Brauchitsch et von Bock au dépourvu…

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