Ostfront-La guerre germano-soviétique (14/50)

INTRODUCTION PARTIE II

LA CAMPAGNE A L’EST DE 1942

La Wehrmacht ne peut que constater que l’incroyable capacité de récupération de l’Armée Rouge, en dépit des pertes considérables qui lui sont infligées. Les réserves humaines et matérielles des Soviétiques semblent inépuisables, alors que les USA entrent également en guerre. Aussi, pour Hitler, l’offensive projetée en 1942 est celle de la dernière chance. Il s’agit d’écraser l’Union Soviétique avant que tout le poids de l’industrie américaine ne pèse dans le conflit, ce qui signifierait une défaite inéluctable. L’armée allemande n’a en fait pas disposé de moyens suffisants pour abattre un si redoutable adversaire en une seule campagne. Le 25 mars 1942, les pertes totales à l’Est dépasse le million d’hommes. Nombre d’unités ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. C’est ainsi que, à cette date, sur 162 divisions engagées sur le front de l’Est, 11 seulement sont aptes à l’offensive alors que pas moins de 47 divisions n’offrent plus que des capacités opérationnelles réduites et seront cantonnées dans des tâches défensives. La guerre de position refait son apparition et beaucoup d’unités en sont réduites à vivre d’expédients en ayant recours aux réquisitions afin de compenser les pertes en équipement moderne. Les pertes en matériel sont en effet conséquentes puisque 3 500 chars ont été détruits, 142 à peine étant alors en état de fonctionnement sur l’ensemble du front russe, soit autant qu’au sein de l’Afrika-Korps à la même date! La Luftwaffe a également beaucoup souffert en 1941, puisque ses pertes atteignent 5 000 appareils tous fronts confondus, dont 60% sur le front de l’Est. Un effort considérable est réalisé par la Wehrmacht pour renforcer ses unités à l’Est avant la reprise de l’offensive. En juin 1942, l’OKH dispose de 167 divisions à l’Est, soit 36 au Heeres-Gruppe Nord, 63 au Heeres-Gruppe Mitte et 68 au Heeres-Gruppe Süd, bientôt amputé de 14 divisions envoyées en Europe de l’Ouest. En revanche, les alliés italiens, roumains et hongrois fournissent à l’Allemagne un appoint de 28 divisions de médiocre qualité. En face, l’Armée Rouge n’a cessé de se renforcer malgré les pertes subies depuis le début de la guerre. C’est ainsi que 134 divisions sont mises sur pied par les Soviétiques en 1942. Cette année-là, 3,25 millions d’Allemands vont combattre 5 millions de Soviétiques. L’effort fourni de l’industrie de guerre soviétique est impressionnant. Jusqu’en mai 1942, les Russes produisent 4 500 chars, 3 000 avions et 14 000 pièces d’artillerie. Au cours de l’ensemble de l’année, la production atteint 24 000 chars et canons d’assaut, 25 000 avions et 127 000 canons et mortiers (dont 3 000 batteries de Katiouchas et 30 000 canons antichars de 76 mm). Ces chiffres sont stupéfiants, mais ils s’avèrent nécessaires pour combler les pertes gigantesques subies par l’Armée Rouge cette année-là, puisqu’au moins 15 000 chars sont détruits. La production allemande est nettement distancée par celle des seuls Soviétiques si en juge par les chiffres de la production de matériel de guerre en Allemagne en 1942 : 9 000 Panzer, 15 000 avions et 12 000 canons et mortiers. La supériorité tactique de la Wehrmacht et les choix stratégiques de 1942 vont-ils permettre à l’Allemagne de faire toutefois la différence ?

La victoire défensive remportée devant Moscou persuade Hitler qu’il est doté d’un génie militaire incontestable. Devenu lui-même le commandant en chef de l’armée de terre, il va intervenir désormais de plus en plus dans la préparation et la mise en œuvre des opérations sur le front, au grand dam des professionnels, pour lesquels il ne ressent que du mépris. En revanche, Staline prend acte de l’échec des contre-attaques ordonnées au cours de l’hiver 1941, particulièrement après les succès remportés devant la capitale, et se trouve de plus en plus enclin à écouter son état-major, dans lequel il a entière confiance en ce qui concerne les questions militaires. L’offensive d’été allemande, le « Fall Blau », vise à s’emparer dans le sud de l’URSS de zones économiques indispensables à la poursuite du conflit, avant d’en finir une fois pour toute avec l’Armée Rouge. Pour la Wehrmacht, l’année 1942 est celle de l’apogée de ses conquêtes militaires en dépit de la constitution d’une formidable coalition face à l’Axe, alliant l’URSS aux USA et à la Grande-Bretagne. La bataille de l’Atlantique est sur le point d’être remportée par les U-Boote et la Wehrmacht, indiscutablement nettement supérieure tactiquement à tous ses adversaires, remporte de spectaculaires succès à l’Est et en Afrique, puisqu’elle se trouve aux portes d’Alexandrie, sur la Volga et dans le Caucase. En Asie et dans le Pacifique, les Japonais réussissent une stupéfiante série de succès au cours du premier semestre de l’année. En novembre 1942, les Allemands occupent 1,8 millions de km2 de territoire soviétique, où vivent 80 millions d’habitants et produisant 74% du charbon et 42% de l’énergie électrique du pays. Pourtant, à l’automne 1942, la Wehrmacht se trouve confrontée à la défaite presque simultanément à Stalingrad en Russie et à El Alamein en Egypte. Cette fois-ci, la boue et l’hiver ne sont pas en cause : l’armée allemande va être sèchement battue à Stalingrad en raison de graves erreurs stratégiques et d’un manque de moyens disponibles au moment et à l’endroit critiques. Hitler sait que la défaite est désormais quasi-certaine, à moins d’un improbable miracle. Mais est-il prêt à l’admettre ? Quoi qu’il en soi, l’année 1942 s’achève sans avoir réussi à détruire l’Armée Rouge, alors que cette dernière est bien plus puissante qu’en 1941 et que la Wehrmacht, de son côté, ne cesse de devoir faire face à une crise des effectifs, devant la nécessité d’engager des moyens de plus en plus conséquent face aux armées anglo-saxonnes. Alors que toutes les ressources sont nécessaires pour vaincre la Russie à Stalingrad et dans le Caucase, Hitler, dans la crainte d’un débarquement allié, est contraint de renforcer les garnisons à l’Ouest, avant d’expédier des renforts substantiels en Afrique, alors qu’il est déjà trop tard et que la Wehrmacht est dans une véritable situation de crise à Stalingrad. En juin 1942, le Reich dispose de 229 divisions, mais seules 167 sont à l’Est, 54 précieuses unités étant réparties sur les autres fronts, dont à peine 3 en Afrique et jusqu’à 12 divisions en Norvège ! Le 1er juillet 1942, la Heer a 2,847 millions d’hommes en Russie et 971 000 dans les autres théâtres d’opérations, contre respectivement 3,206 et 0,594 millions lors du déclenchement de « Barbarossa ». Bien plus, les Alliés lancent au cours de cette même année 1942 leur grande offensive aérienne contre l’industrie allemande, contraignant la Wehrmacht à concentrer les escadrilles de chasse et des milliers de pièces de FLAK pour la défense du Reich, au détriment du front de l’Est. Le second front est déjà une dure réalité pour l’armée allemande en 1942. Si cette année ne voit pas la concrétisation d’une victoire allemande contre l’Union Soviétique, elle coûte encore des pertes colossales à l’Armée Rouge, qui perd 2 millions d’hommes dans l’année. Les forces de l’Axe enregistrent pour leur part 300 000 pertes avant la bataille de Stalingrad et 1 million au cours de celle-ci.

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