Ostfront-La guerre germano-soviétique (16/50)

 

KHARKOV L’ARMEE ROUGE AU BORD DE LA RUPTURE (1er-29MAI 1942)

La Panzerwaffe fait une nouvelle démonstration de Blitzkrieg à Kharkov

Parmi les opérations préparatoires à la grande offensive d’été de la Wehrmacht, le plan Fredericus I prévoit la résorption du saillant d’Izioum en engageant la 1.Panzer-Armee et la 17.Armee. En fait, les allemands vont être pris de cours par Timochenko, qui passe à l’offensive le premier. Le 12 mai, après une impressionnante préparation d’artillerie, les troupes soviétiques de la 28ème armée, appartiennent au Front du Sud-Ouest, se ruent sur les lignes allemandes. L’attaque implique pas moins de 16 divisions d’infanterie et 5 brigades motorisées et s’abat sur les positions défendues par les 17. et 51.Armee-Korps. Les combats sont immédiatement acharnés. Ce même 12 mai, le front s’embrase également dans le secteur occupé par le 8.Armee-Korps et le 6ème corps roumain, qui doivent faire face à une vigoureuse offensive menée par les 6ème et 57ème armées soviétiques, totalisant 30 divisions d’infanterie et 14 brigades blindées. La puissance de l’offensive de Timochenko met en difficultés les combattants allemands de la 6.Armee. Les Russes percent donc sans difficultés dans le saillant d’Izioum. Le front roumain est ainsi enfoncé par environ 600 chars soviétiques !

La ligne avancée du 8.Armee-Korps du général Heitz, occupée par les 62. et 454.ID et la 108ème division hongroise, est enfoncée dès le premier jour de l’assaut. La 113.ID du général Zickwolff, tenue jusque là en réserve, est battue également à son tour. Le troisième jour de la bataille, les blindés russes cherchent à regagner leur liberté de mouvement afin de s’emparer de Krasnograd et de Taranovka, au sud-est de Poltava, atteignant par là même la voie ferrée qui relie Kharkov au sud de l’Ukraine. Face à l’assaut, le 7.Armee-Korps (79., 113., 305. et 336.ID) doit consentir à laisser les Russes s’approcher jusqu’à 40 kilomètres de Poltava ! Toutefois, les Soviétiques ne parviennent pas à s’emparer de Kharkov. Les divisions du 7.Armee-Korps établissent fermement leurs positions le long de la ligne ferroviaire de par et d’autre de Meref. Les Allemands parviennent ainsi à stopper les blindés russes dans leur avance vers le nord. Toutes les tentatives russes pour déloger les Allemands de leurs positions sur la voie-ferrée s’avèrent vaines. L’attaque soviétique s’arrête ainsi entre Smiev, sur le Donetz, et Krasnograd. Les Kampfgruppen allemands parviennent même à reprendre une partie du terrain perdu. En dépit des succès initiaux, Timochenko a pris une décision qui sera dramatique en concentrant tant de forces dans le saillant d’Izioum, une position bien exposée où les Allemands ont envisagé de frapper avant même le déclenchement de l’attaque soviétique. Timochenko est conscient des risques que représente la situation si ses flancs ne sont pas assez assurés. Il fait part de ses inquiétudes à la Stavka, mais on lui ordonne de poursuivre sa poussée sur Kharkov.

Von Bock se voit contraint de réagir face à l’avancée des forces de Timochenko et ordonne en conséquences à la 1.Panzer-Armee de concentrer toutes les unités mobiles disponibles dans le secteur Dnepropetrovsk-Poltava pour contrecarrer la percée ennemie en direction du Dniepr. Toutefois, ne désirant en aucune manière retarder de quelque manière que ce soit la grande offensive de l’été de la Wehrmacht, l’OKH intervient lui-même directement dans la mise en place de la contre-attaque. En conséquence, la 1.Panzer-Armee, qui s’est déjà mise en marche, est stoppée et redirigée vers le flanc sud du saillant ennemi. En ignorant ainsi la direction où les Soviétiques ont effectué la percée, la 1.Panzer-Armee va pouvoir frapper à la base du saillant par le sud et faire sa jonction avec la 6.Armee, enfermant ainsi dans une poche les armées russes imprudemment avancées vers l’ouest. Le 17 mai, la 17.Armee reçoit la mission de frapper à Izioum depuis le secteur de Slavyansk en engageant dans l’opération les 52. et 44.Armee-Korps. En opérant dans cette direction, la 17.Armee peut ainsi assurer le flanc des unités Panzer de la 1.Panzer-Armee. Le 18 mai, le 3.Panzer-Korps du général von Mackensen (14. et 16.Panzer-Division, 60.ID (mot.) et 100.Leichte-Division) reçoivent l’ordre d’attaquer de concert avec la 6.Armee en direction de Balakleya depuis Barvenkovo, pour couper l’ennemi de ses zones de franchissement du Donetz. Le flanc gauche du 3.Panzer-Korps sera assuré par le 11.Armee-Korps et le 4ème corps roumain. Lorsque l’attaque de la 1.Panzer-Armee aura commencé à prendre de l’ampleur, la 6.Armee frappera à son tour en engageant vers le sud son 51.Korps (3. et 23.Panzer-Division et 44.ID). Les ordres ont donc été donnés aux unités. La contre-offensive allemande peut donc à présent être mis en œuvre. Le 17 mai, les troupes de von Bock contre-attaquent dans une chaleur estivale le 17 mai 1942. Les 9ème et 57ème armées soviétiques tentent de s’opposer à l’avance allemande, mais elles sont vites séparées l’une de l’autre. Les Allemands réalisent ainsi une percée de 40 kilomètres de profondeur dès le premier jour de l’assaut, dans les ecteur le plus dangereux pour Timochenko. Staline reste toujours intraitable et refuse toute idée d’abandon du saillant. Dès le second jour de combat les environs d’Izioum sont atteints par les soldats de la 17.Armee. Les six ponts qui traversent le Don à cet endroit sont tous capturés intacts sans difficultés. Les routes menant vers l’Est sont donc toutes entre les mains des Allemands : toute tentative de retraite des Soviétiques est donc compromise. Le 19 mai, von Mackensen se trouve au nord de Barvenkovo. Les Russes comprennent alors la menace que représentent ces opérations et tentent en conséquences de repousser un peu plus les lignes le 8.Armee-Korps, mais en vain. Le 21 mai, les Soviétiques arrêtent leur offensive, qui n’aboutit pas en dépit de la violence des combats. Les pertes en blindés ont été particulièrement sévères au cours des derniers affrontements. L’ordre de retraite donné par Moscou arrive bien trop tardivement.

Le 21 mai, von Bock ordonne une attaque immédiate du 3.Panzer-Korps vers le nord pendant que la 6.Armee attaquera en direction du sud et du sud-est avec respectivement les 8. et 51.Armee-Korps, afin de réaliser une manœuvre en tenailles et établir la jonction entre les deux armées. Dans le même temps, l’OKH ordonne à la 6.Armee de fortifier le front au nord-est de Kharkov avec toutes les unités à sa disposition. L’Armée Rouge parvient cependant à établir une tête de pont sur le Dontez, à Saltov. Celle-ci est soumise à une rude pression de la part des Allemands et elle est finalement résorbée par l’action conjuguée des 3. et 23.Panzer-Divisionnen et des 71. et 294.ID. De son côté, le 3.Panzer-Korps poursuit sa marche irrésistible vers le nord, parvenant au sud de Balakleya où, le 22 mai, il établit sa jonction avec la 6.Armee. La manœuvre d’encerclement est donc un succès et plusieurs armées soviétiques sont donc ainsi enfermées dans un chaudron.

A Kharkov et en Crimée: de nouveaux désastres pour les Soviétiques.

L’état-major soviétique a été complètement pris au dépourvu par l’attaque allemande. La situation est alors dramatique puisque la chaîne d’approvisionnement des armées aventurées vers l’ouest a été coupée à l’instant même où les troupes allemandes ont atteint et occupé les rives du Donetz. Très vite apparaissent les premiers signes de désintégration. C’est ainsi que les tentatives de sorties menées sur le front tenu par le 3.Panzer-Korps et le52.Armee-Korps baissent très vite en vigueur et intensité. La cause est alors vite entendu. La poche est de plus en plus compressé par l’action conjuguée des armées allemandes. Le 26 mai, les premières grandes redditions ont lieu. Les généraux Gorodnyanski et Podlas, respectivement commandants des 6ème et 57ème armées tombent au champ d’honneur. 239 306 de leurs soldats entrent pour leur part en captivité. Les 6ème, 9ème et 57ème armées soviétiques ont ainsi été anéanties. Au total, cela représente pas moins de 20 divisions d’infanterie, 7 divisions de cavalerie et 14 brigades blindées qui sont anéanties au cours de la désastreuse bataille de Kharkov. La défaite russe est donc totale. Les pertes matérielles se montent à 1 249 chars, 2 026 canons et 538 avions d’après les revendications allemandes de l’époque, d’autres sources indiquant cependant des pertes en blindés oscillant entre 750 et 850. Quoi qu’il en soit, le revers est de taille pour Timochenko et Staline et les conséquences en seront tragiques. Loin d’être au bord de la rupture, la Wehrmacht s’avère être un adversaire de taille, dangereux et toujours tactiquement supérieur. Tout ceci présage mal de la campagne d’été à venir, la reprise de l’offensive par les Allemands étant bien sûr considérée comme inévitable. Les Allemands ont pour leur part enregistré 20 000 pertes. Les conséquences de cette désastreuse offensive sont de tailles pour l’Armée rouge. Celle-ci a perdu ses meilleures unités sur le front sud, précisément là où Hitler a décidé de lancer sa nouvelle offensive d’été, qui doit mettre cette fois-ci l’URSS à genoux, en s’emparant des richesses industrielles et pétrolières du sud du pays et du Caucase. L’offensive soviétique sur Kharkov a donc indubitablement facilité la réussite des premières phases du « Fall Blau », la grande offensive de la Wehrmacht de l’été 1942.

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