Ostfront-La guerre germano-soviétique (17/50)

 

MANSTEIN SE COUVRE DE GLOIRE EN CRIMEE

(SEPTEMBRE 1941-2 JUILLET 1942)

Après la difficile rupture des défenses de l’isthme de Perekop à travers le fossé des Tartares en octobre 1941, les troupes allemandes du général von Manstein font irruption en Crimée, repoussant rapidement les forces soviétiques qui leur font alors face. A l’est, la péninsule de Kertch est vite abandonnée et les troupes se replient dans le Kouban le 16 novembre, mais tout le matériel lourd a dû être abandonné dans l’opération. Les pertes subies par les Soviétiques au cours de cette retraite précipitée se montent à 25 000 morts relevés sur le champ de bataille par les Allemands, 100 000 prisonniers, 160 chars et 700 canons. Les seules positions encore aux mains des Soviétiques en Crimée sont donc celles qui défendent Sébastopol, sur lesquelles se sont repliés des éléments de la 51ème armée. Placées sous le commandement de l’amiral Oktiabreski, la garnison se monte à 52 000 hommes et 170 canons en novembre 1941. Comme ailleurs sur le front de l’Est à ce moment-là, les opérations militaires allemandes sont gravement handicapées par des conditions météorologiques difficiles qui rendent les mouvements et le ravitaillement plus qu’aléatoire. Les assauts lancés par le 54.Armee-Korps à partir du 17 décembre ne débouchent donc pas sur une percée et la ceinture de défense de Sébastopol, sans cesse renforcée par l’arrivée de nouvelles troupes par la mer, résiste, causant des pertes sensibles aux assaillants.

 

La Wehrmacht est en difficulté en Crimée avant de remporter deux succès spectaculaires.

La Stavka n’est pas sans réagir face à l’irruption de la Wehrmacht en Crimée et une vigoureuse contre-attaque va s’abattre sur l’armée allemande, comme partout sur toute l’étendue du front de l’Est en cet hiver 1941-42. C’est ainsi que, tandis que les partisans instaurent un climat d’insécurité dans les régions montagneuses de Crimée, des forces soviétiques débarquent dans l’isthme de Kertch le 26 décembre, en tout 16 000 combattants la 51ème armée, débarquant à Kertch et au cap Opouk. Appuyés par l’intervention mesurée de quelques unités de parachutistes, les forces russes nouvellement débarquées parviennent à constituer une solide tête de pont, dont les positions sont vite renforcées le 29 décembre par un nouveau débarquement, opéré cette fois-ci dans le secteur de Féodosia, impliquant pas moins de 23 000 hommes de la 44ème armée. Autant dire que la situation de la 46.ID du général von Sponeck, unique unité de la Wehrmacht engagée dans la péninsule de Kertch, risque fort de vite devenir absolument intenable. Von Sponeck demande en vain l’autorisation de se replier afin de raccourcir son front. Devant l’obstination de Manstein, von Sponeck doit se résoudre à ordonner une retraite en abandonnant tout son armement lourd, sauvant ainsi sa division d’une destruction assurée mais sacrifiant par la même occasion toute sa carrière militaire. L’infortuné général est en effet relevé de son commandement, jugé en cour martiale et condamné à mort. Sa peine commuée en détention, il est exécuté après l’attentat contre Hitler en juillet 1944. Le 5 janvier, les Soviétiques effectuent un petit débarquement à Eupatoria, au nord de Sébastopol. La tête de pont est rapidement éliminée mais elle a pour conséquence des disperser les efforts allemands. Pendant ce temps, les troupes roumaines envoyées à la rescousse de la 46.ID sont repoussées à leur tour, forçant Manstein à engager vers l’est des moyens plus conséquents, en l’occurrence les 132. et 170.ID. Les Allemands parviennent à reprendre Féodosia le 16 janvier, ce qui n’infléchit en aucune manière les combats en leur faveur puisque, la mer d’Azov étant alors gelée, les Soviétiques n’ont aucune peine à renforcer leur dispositif. Toutefois, les Russes perdent 6 700 tués, 10 000 prisonniers, 85 chars et 170 canons dans la défense de la ville. Les combats hivernaux dans la presqu’île de Kertch sont toutefois loin d’être terminés. En janvier et février, l’offensive soviétique, baptisée « Staline », continue avec vigueur, mais ne parvient pas à percer en direction de Sébastopol. En mars, un nouvel effort se solde par un échec, qui coûte la perte de 130 chars. Manstein contre-attaque en vain avec l’inexpérimentée 22.Panzer-Division. Le 26 mars, puis le 9 avril, les Soviétiques tentent un ultime effort pour enfoncer les lignes allemandes mais la rupture n’est pas acquise. Les combats cessent alors, faute de moyens.

Les soldats roumains combattent aux côtés des Allemands de Manstein

En mai 1942, von Manstein lance une opération dans la péninsule de Kertch afin d’y anéantir les forces soviétiques qui y sont concentrées et qui représentent une menace que la 11.Armee doit absolument conjurer avant d’entreprendre de réduire les défenses de Sébastopol, faute de quoi elle exposerait ses arrières à de dangereuses attaques. Manstein rassemble 9 divisions, dont 6 allemandes et 3 roumaines pour cette indispensable opération préliminaire à la prise de Sébastopol. L’attaque est lancée le 8 mai et elle rencontre très vite le succès. Puissamment renforcées par le 8.Luftkorps de Richthofen, les unités de la 11.Armee enfoncent sans coup férir les lignes russes, handicapées par un manque de profondeur de leur dispositif, bien que les défenseurs jouissent d’une incontestable supériorité numérique. Les Soviétiques ont pourtant concentré pas moins de 3 armées, les 44ème, 47ème et 51ème. La percée est cependant irrésistible, appuyée par de petits débarquements opérés sur les arrières russes et la maîtrise de l’espace aérien par les formations de la Luftwaffe. Dans ces conditions, la cause est vite entendue et Kertch est prise par les Allemands le 15 mai. Les quelques unités russes rescapées franchissent alors le détroit et se réfugient dans le Kouban, mais tout le matériel lourd est perdu. Les pertes sont conséquentes pour les Soviétiques puisque les Allemands ont capturé 170 000 prisonniers, 250 chars, 1 100 canons, 3 800 camions et 300 avions. La Wehrmacht ne déplore pour sa part que 7 500 pertes au cours de cette démonstration militaire.

La Wehrmacht fait de nouveau montre de sa supériorité tactique à Kertch puis à Sébastopol

Le commandement soviétique a fait preuve d’une incompétence certaine au cours de l’affaire de Kertch en laissant la garnison de Sébastopol l’arme au pied tandis que Manstein nettoie la presqu’île. Fin mai, la 11.Armee peut à nouveau consacrer toute son énergie pour la prise de Sébastopol, qui résiste encore. La forteresse soviétique représente toutefois un formidable système défensif. La bataille s’annonce dès lors longue et coûteuse. Manstein doit pourtant frapper au plus vite et emporter la décision avant que soit lancée l’offensive générale de la Wehrmacht sur le front sud, en direction du Caucase et de la Volga, le « Fall Blau ». Les positions russes se sont considérablement renforcées depuis le mois de décembre. La garnison se monte alors à 40 chars et 600 canons, 7 divisions d’infanterie, 3 brigades d’infanterie de marine, sans compter les unités de circonstances formées en enrôlant des civils et les 2 brigades qui seront acheminées par voie maritime après le début des combats. Manstein engage pour sa part deux corps d’armées, le 30.Armee-Korps au sud et le 54. au nord, soit 7 divisions d’infanterie allemandes et 2 roumaines. Les Allemands disposent en outre d’une artillerie nombreuse, dont des pièces ultra-lourdes comme l’obusier Thor et le canon Dora, dont le calibre atteint 800 mm !

 

Les puissantes défenses de Sébastopol se sont avérées insuffisantes face aux troupes d’assaut de l’Axe

Après un bombardement en règle des positions soviétiques par l’action conjuguée de l’artillerie et la Luftwaffe, les fantassins et les sapeurs allemands se lancent à l’assaut des défenses formidables de Sébastopol le 7 juin 1942. La lutte est âpre et sanglante, certaines unités russes luttant jusqu’au bout dans les galeries de leurs massifs bunkers. Les trois lignes de défenses russes s’avèrent très difficiles à emporter et la lutte est tout aussi sanglante pour la prise de pitons rocheux que pour la capture des forts ou des tranchées soviétiques. Vers le 25 juin, les Soviétiques tiennent encore la ville mais les deux premières ceintures de défenses ont été emportées et la fin est proche. L’effondrement se produit 3 jours plus tard, après l’audacieuse traversée de la baie de Severnaïa par des fantassins allemands à bord de canots pneumatiques. Le 4 juillet, tout est fini. Les allemands ont capturé en tout 90 000 prisonniers et 467 canons. La Wehrmacht est alors maîtresse de toute la Crimée, mais les pertes consenties pour la prise de Sébastopol sont lourdes : 24 000 ont été perdus. A l’issue de cette campagne victorieuse, la 11.Armee est dispersée sur tous les fronts, au détriment du maintien d’une force à la cohésion certaine et dont l’intervention à travers le détroit de Kertch vers le Kouban ou dans le secteur de Stalingrad aurait pu s’avérer décisif.

 

LA LOGISTIQUE SUR LE FRONT DE L’EST

La logistique devient rapidement un cauchemar à l’Est…

Ravitailler efficacement la Wehrmacht sur le front de l’Est efficacement a représenté une tâche des plus ardues pour les services de l’intendance de l’armée allemande. Les distances sont en effet considérables, particulièrement au cours de l’été 1942 lorsque le Heeres-Gruppe A s’enfonce dans les massifs du Caucase. L’écartement des voies ferrées russes est supérieur à celui des chemins de fer allemand. Il faut donc les transformer au fur et à mesure de l’avance en rapprochant de 9 cm l’un des deux rails, ce qui représente une tâche considérable. Les unités chargées de convoyer le précieux et indispensable ravitaillement le long des voies d’approvisionnement, les Rollbahn, doit en outre compter avec la boue de la raspoutitsa, la neige et le froid l’hiver, la poussière de l’été, les attaques des partisans et, à proximité du front, le danger de l’aviation soviétique. La tâche est rendue plus difficile encore par l’absence totale de standardisation au sein du parc des véhicules utilisés par la Wehrmacht, qui réemploient en outre en masse les camions russes et français de prise. Les véhicules hippomobiles sont également encore largement utilisés pour le transport, y compris les traîneaux l’hiver. Le froid hivernal paralyse nombre de locomotives et la plupart des véhicules tombent en panne. Très vite, les stocks de carburant, de pneus, de moteurs et de boîtes de vitesse s’avèrent insuffisants en regard de l’usure très rapide et faute d’un nombre suffisant de pièces détachées. Les unités de ravitaillement reçoivent toutefois l’appoint non négligeable de volontaires soviétiques, les Hiwis, qui constituent l’essentiel de la main d’œuvre. Peu à peu, de nouveaux véhicules chenillés font leur apparition, améliorant quelque peu la mobilité des unités de soutien logistique. Le ravitaillement par voie des airs se révèlera en revanche toujours inefficace et insuffisant, comme l’illustre la tragédie de Stalingrad, bien qu’un certain succès ait été remporté à Demiansk, au pris, il est vrai, d’un affaiblissement considérable des unités. Pourtant, en dépit des nombreuses difficultés, la Wehrmacht n’aura jamais de difficultés majeures pour transférer rapidement des unités entre le front de l’Est et les fronts de l’Ouest et méditerranéen, et inversement.

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