Ostfront-La guerre germano-soviétique (18/50)

SEBASTOPOL : MANSTEIN REITERE L’EXPLOIT DE 1855

(7 JUIN-4 JUILLET 1942)

Le port de Sébastopol tombé entre les mains de la Wehrmacht après une lutte acharnée

Après s’être débarrassé de la menace soviétique de la péninsule de Kertch, Manstein peut envisager de reprendre les opérations contre Sébastopol et concentrer ses forces pour emporter enfin la décision et s’emparer du port, mettant ainsi un terme à la conquête de la Crimée. Le plan retenu par le général allemand est en fait similaire à celui qui a été retenu pour l’assaut malheureux de novembre 1941. L’effort principal est lancé au nord de la forteresse. Cette zone dispose de défenses conséquentes, dont les redoutables batteries des forts baptisés Maxime Gorki I et Staline par les troupes allemandes. Ce secteur apparaît toutefois à Manstein comme le plus propice pour réussir à percer le dispositif ennemi car il s’avère beaucoup moins probable de parvenir à enfoncer les lignes russes dans le secteur central du front, qui est très montagneux. Toutefois, une attaque est également envisagée au sud du front, près de Balaklava, si célèbre pour avoir été le théâtre de la fameuse charge de la brigade légère britannique au cours du siège de 1855. La tâche s’avère néanmoins des plus ardues pour les combattants de la Wehrmacht, puisque les lignes russes s’appuient sur un réseau d’ouvrages bétonnés pour le moins difficiles à neutraliser.

La ceinture de bunkers soviétiques qui enserre Sébastopol semble imprenable

Outre les pièces lourdes de 305 mm, qui pourront s’avérer des plus redoutables, les nombreuses positions bétonnés se doublent de fortifications de campagne, qui forment autant de points d’appui qu’il faudra emporter au corps à corps. En tout, trois lignes de défenses des plus redoutables, la dernière s’appuyant sur les falaises de la baie de Severnaïa. La redoutable mission de percer dans le secteur nord est confiée au 54.Armee-Korps du général Hansen, composé de 22., 24., 50. et 132.ID. Le secteur central montagneux est confié au corps de montagne roumain. Au sud, Manstein engage le 30.Armee-Korps du général Fretter-Pico, qui dispose pour sa part des 72. et 170.ID et de la 28.Leichte-Division. Les forces allemandes sont appuyées par des unités de Sturmgeschütze et disposent de moyens considérables en matière d’artillerie lourdes, puisque pas moins de 121 batteries sont ainsi à la disposition du 54.Armee-Korps, un atout non négligeable et absolument indispensable pour s’assurer du succès face à des positions défensives aussi impressionnantes que celles dont bénéficie Sébastopol. Le 30 Armee-Korps n’est pas en reste non plus, puisque il aligne de son côté 50 batteries. Les troupes roumaines ajoutent en outre 12 batteries lourdes à ce total déjà impressionnant.

« Karl », un obusier de 615 mm

Au sein du parc d’artillerie dont il dispose, Manstein peut s’enorgueillir d’engager les pièces les plus lourdes de l’armée allemande, dont un obusier ultra-lourd de 427 mm (« Gamma », avec des obus de 900 kg et d’une portée de 14 km) deux obusiers ultra-lourds de 615 mm (« Thor » et « Karl », avec des obus de 2 t), et le canon géant de 800 mm, « Dora » (ses obus pèsent entre 5 et 7 t et sa portée atteint respectivement 47 et 38 km), au tube atteignant l’impressionnante longueur d’une trentaine de mètres, conçu à l’origine pour écraser les défenses de la « ligne Maginot », et qui nécessite la mobilisation de 60 trains et de 4 000 hommes et le soutien permanent de deux bataillons de Flak, des moyens considérables pour des résultats en fait plutôt décevants en regard de l’énergie et de des ressources mobilisées. En face, les Soviétiques du général Pétrov opposent sept divisions d’infanterie, une division de cavalerie démontée et diverses brigades de fusiliers-marins.

L’opération contre Sébastopol reçoit le nom de code « Störfang », « Pêche à l’esturgeon ». L’assaut est lancé le 7 juin 1942, après une terrifiante préparation d’artillerie, vite relayée par l’intervention en masse de la Luftwaffe. Les fantassins et les sapeurs allemands sortent alors de leurs positions et se ruent contre les défenses soviétiques. La première ligne sera prise relativement facilement. Mais les difficultés et les pertes s’accumulent dans les combats pour s’emparer de la deuxième ligne de fortifications. Les corps à corps qui s’ensuivent sont particulièrement acharnés et meurtriers. La défense des Soviétiques est remarquable de courage et de ténacité. La cohésion tactique allemande est mise à mal par la fragmentation du terrain et la multiplication des obstacles, tels que barbelés et autre mines, qui gênent la progression. Chaque point d’appui et chaque bunker ne tombe qu’après un combat très disputé, nécessitant bien souvent l’utilisation des lance-flammes, des charges explosives et des fumigènes. Le 13 juin, le fort Staline tombe entre les mains du colonel Choltitz, le futur commandant du 84.AK en Normandie et de la garnison du Gross-Paris en août 1944. Le 17 juin, les troupes allemandes ont enfin emporté la décision sur la deuxième de défense, qui est enfoncée, à la suite de la capture, après des combats de haute lutte, des forts Tchéka, GPU, Sibérie et Volga. La bataille est particulièrement acharnée pour la prise du fort Maxime Gorki I, 300 mètres de long sur 40 de large, particulièrement impressionnant avec ses multiples galeries et la hauteur de l’édifice, en partie mis à nu par les bouleversements de terrain dus aux bombardements. Il faut des heures de combat dans les couloirs, équipés de masques à gaz, pour que les combattants allemands s’emparent un à un des bastions russes. Sur 1 000 défenseurs, à peine 40 se constitueront prisonniers ! Les combats pour les hauteurs dominant la baie de Severnaïa sont très disputés. Un commissaire politique va jusqu’à faire sauter un puits où se sont réfugiés 1 400 civils plutôt que de se rendre ! Le 26 juin, les troupes allemandes, épuisées, ont anéanti les défenses extérieures russes. Il n’y a plus que la baie de Severnaïa entre les assaillants, dont les rangs ont été décimés, et la ville même de Sébastopol.

Pendant ce temps, le 30.Armee-Korps a attaqué à son tour le 10 juin à travers les ravins, parvenant à s’emparer de quelques hauteurs, sans toutefois percer en profondeur le dispositif soviétique, en dépit d’une trouée réalisée dès le premier jour par la 72.ID et exploitée par les Roumains. De leur côté, ceux-ci ont réussi à s’emparer d’une hauteur stratégique, surnommée le « pain de sucre », après bien des assauts coûteux en vies humaines. Là non plus, il ne semble pas que le front russe ne présente la moindre manifestation d’affaiblissement et d’être au bord de la rupture. L’attaque allemande dans le secteur sud n’a donc pas donné les résultats escomptés. Le terrain très escarpé n’est en effet pas très favorable aux assaillants. Néanmoins, Hitler envoie le chef d’état-major de la Wehrmacht, le général Jodl en personne, pour mettre les choses au point. Jodl est cependant vite persuadé que les troupes ont donné le maximum et il décide d’annuler toute attaque en direction de Sébastopol à travers les collines de Sapoun. La tête de pont soviétique est donc encore solide dans le secteur sud. Au centre, les soldats de Pétrov tiennent solidement les positions autour du fort d’Inkermann.

 

La baie de Severnaïa, large de près d’un kilomètre, constitue un obstacle de taille pour les Allemands et s’avère être un élément de défense de premier intérêt pour les défenseurs soviétiques. Toutefois, Manstein est prêt à accepter le risque d’un audacieux assaut amphibie en force à travers la baie à bord de simples canots pneumatiques et de canots d’assaut. La mission est confiée au 31.Infanterie-Regiment de la 24.ID et au 16.Infanterie-Regiment de la 22.ID. C’est à 1h du matin, le 29 juin, que s’élance la première vague d’assaut allemande. Les Russes sont pris au dépourvu et ne réagissent que trop tardivement pour parvenir à repousser l’attaque allemande. Le même jour, le flanc gauche du 54.Armee-Korps traverse le pont ferroviaire et marche sur Inkermann. Le 30.Armee-Korps attaque à son tour le Sapoun et s’en empare enfin. Le 30 juin, les premiers éléments de la 11.Armee entrent dans Sébastopol. A ce moment-là, toute la ceinture défensive devant Sébastopol est tombée aux mains des Allemands. La victoire est désormais proche pour les troupes de Manstein.

Au cours des derniers jours de juin 1942, Manstein met au point les préparatifs en vue de l’assaut final sur Sébastopol. Les batteries d’artillerie sont ainsi positionnées pour soutenir l’assaut imminent tandis que les pilotes des escadrilles du 8.Flieger-Korps de von Richthoffen détruisent les bunkers les uns après les autres afin de faciliter la tâche prochaine de leurs camarades de l’infanterie. Le 1er juillet, le ciel s’embrase sous l’effet des tirs de l’ensemble de l’artillerie de la 11.Armee. Les Soviétiques n’ont d’autre alternative que d’évacuer ou d’être tués ou capturés. Les défenseurs de Sébastopol, qui refluent vers la péninsule de Chersonèse, pensent que la flotte de la mer Noire va organiser avec célérité l’évacuation des unités encore présentes en Crimée et les acheminer jusque dans le Caucase. En fait, la flotte soviétique ne viendra jamais. Seules quelques évacuations sont effectuées de nuit, permettant notamment au général Pétrov d’échapper à la nasse. Les Allemands capturent petit à petit tous les rescapé, les derniers, cachés dans les collines ou sur les rivages escarpés, ne sont pris que le 4 juillet. La bataille de Crimée est enfin terminée pour la Wehrmacht. Les Allemands ont capturés 97 000 prisonniers et détruits 631 canons et 26 chars. C’est toutefois une victoire chèrement payée pour Manstein. Sa 11.Armee a en effet perdu 24 000 hommes, soit 4 337 tués, 1 591 disparus et 18 183 blessés.

Satisfait du succès remporté, Hitler instaure un écusson commémoratif pour la bataille, destiné aux valeureux combattants de la 11.Armee et des forces navales et aériennes qui ont participé aux combats. Avant même la fin des combats, le Führer récompense également le général Manstein pour sa victoire en l’élevant à la dignité de maréchal. Toutefois, Hitler commet l’erreur de disperser le 11.Armee. Ses deux corps, réduits à 4 divisions, sont envoyés avec Manstein à Leningrad tandis que les autres unités sont versées au Heeres-Gruppe Mitte, sauf la 22.ID, qui constituera désormais la garnison de la Crète.

 

 

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