Ostfront-La guerre germano-soviétique (19/50)

 LE MIRAGE DU PETROLE CAUCASIEN

(28 JUIN-18 NOVEMBRE 1942)

Le 28 juin, le « Fall Blau » est déclenché, soit un mois après l’échec de l’offensive de Timochenko. Après s’être assurés des rives du Don et de la Volga jusqu’à Stalingrad, dont la prise ne semble alors pas indispensable, et avoir ainsi anéanti les forces soviétiques dans la grande boucle du Don, les Heeres-Gruppen A et B s’empareront du Caucase. 88 divisions de l’Axe, dont 10 de Panzer et 8 de Panzer-Grenadiere sont impliquées. La première phase n’implique que le Heeres-Gruppe B de von Bock, soit la 6.Armee et la 4.Panzerarmee, 250 000 hommes, 740 chars et 7 500 canons soutenus par 1 200 avions. Les débuts semblent prometteurs puisque le front russe est vite enfoncé. Voronej est atteinte dès le 3 juillet, mais von Bock commet l’erreur de s’engager dans des combats de rues, qui vont finalement lui coûter son commandement. Sur toute la longueur du front, les armées soviétiques sont en pleine retraite en direction du Don. Les Allemands espèrent anéantir leur adversaire par des manœuvres d’encerclement mais les premières tentatives d’enveloppement du « Fall Blau » semblent tomber dans le vide. Si Timochenko adopte alors une stratégie de défense élastique, ce n’est pas seulement pour gagner du temps en sacrifiant de l’espace, il subit avant tout le contrecoup des pertes excessives du printemps, qui ont tant affaibli le front sud.

Eté 1942, sud de la Russie: le retour de la Blitzkrieg

Hitler, se méprenant sur la portée de sa victoire, estime à tort que les Russes sont définitivement battus et interprète les faibles rendements des encerclements en terme de butin comme autant de preuves que l’ennemi a atteint les limites de ses ressources. En conséquence, il opère un changement de taille en ordonnant le 13 juillet à la 4.Panzer-Armee de Hoth de se joindre à von Kleist, laissant la 6.Armee de Paulus foncer seule vers son destin à travers la steppe jusqu’à Stalingrad. Hitler décide de mettre en œuvre le plan « Brunswick », en lieu et place du « Fall Blau » : la campagne donne lieu désormais à deux opérations simultanées, l’une vers Stalingrad, l’autre vers le Caucase. Indubitablement, les forces allemandes auraient remportées une victoire rapide et complète si elles n’avaient pas été ainsi séparées à un moment aussi inopportun. Stalingrad est devenu un objectif pour le Heeres-Gruppe B de von Weichs. Dans la poche de Kalatch, les Russes retardent la marche sur Stalingrad en subissant cependant des pertes conséquentes : 35 000 hommes, 270 chars et 600 canons. Le 23 août, des éléments de la 6.Armee de Paulus atteignent le cours de la Volga au nord de la ville. Une terrible bataille d’attrition s’engage alors. La lutte va s’émietter en une multitude de combats de rues. Toutes les réserves allemandes et l’attention du Führer vont se fixer sur la plus grande bataille d’usure de la guerre. A la mi-novembre, les Allemands ont réussi à se rendre maîtres de la quasi-totalité de la ville. Mais les pertes ont été effrayantes et les Russes s’accrochent encore à d’infimes poches de résistance le long de la Volga.

La Wehrmacht atteint la steppe kalmouks: la victoire en vue?

Lorsque la 17.Armee et la 1.Panzerarmee du Heeres-Gruppe A frappent à leur tour le 7 juillet, les Soviétiques ont déjà évacué le bassin du Donetz pour atteindre des régions plus sûres au sud et à l’est. Les Soviétiques tentent de ralentir partout l’avance allemande en acceptant le combat dans des secteurs clés. Après une défense acharnée de Rostov, les Russes se replient rapidement vers les hauteurs du Caucase. L’ordre de Staline de ne plus faire un pas en arrière ne peut être sérieusement appliqué dans toutes les situations face à un ennemi mobile, qui maîtrise si remarquablement l’art de la « Blitzkrieg ». Ce faisant, les Russes font ici preuve de bon sens en amenant les Allemands à accepter des combats de rues, qui seront particulièrement meurtriers et, finalement, fatal à la Wehrmacht. Toutefois, Hitler se rétracte une nouvelle fois en ordonnant le retour de la majeure partie de la 4.Panzer-Armee de Hoth dans le secteur du Heeres-Gruppe B, afin d’appuyer Paulus à Stalingrad, mais arrivant trop tard pour épargner une bataille d’attrition dans les rues de la grande cité industrielle. Le repli sur le Caucase répond à la même exigence, les quelques divisions d’infanterie soviétiques alors disponibles étant alors incapables de s’opposer à l’irruption des Panzer dans les plaines au nord du Caucase sans risquer la destruction en rase campagne. Les Russes s’établissent alors sur des positions défensives favorables, tandis que les unités mobiles allemandes dépassent les points de résistance pour foncer vers les puits de pétrole. Le premier obstacle majeur qui se présente sur la route des Allemands est la rivière Manych, marquant traditionnellement, avec le Caucase, la frontière entre l’Europe et l’Asie.

Les Landser s’emparent de Maïkop mais les puits de pétrole sont en feu

 

La 3.Panzer-Division capture intact le barrage de Proletarskaya. Après une traversée en force plutôt hardie, une tête de pont est formée et vite exploitée. L’avance vers le Caucase semble irrésistible, von Kleist étant seulement particulièrement ralenti par le manque de carburant et l’usure mécanique des engins. Des parachutages vont remédier en partie au problème de l’essence, des caravanes de dromadaires étant même mises à contribution pour apporter le précieux ravitaillement en première ligne, sous une chaleur torride. Le 5 août, les Allemands prennent Vorochilovsk. Peu après, les SS de la « Wiking » passent le Kuban et menacent Armavir, qui tombe à son tour. La Wehrmacht s’empare des champs pétrolifères de Maïkop, mais toutes les installations sont détruites et mises en feu par les Russes avant leur repli.

                 

Les Gebirsjäger sur la cime du Mont Elbrouz, point culminant du Caucase.

Le long de la mer Noire, les Allemands engagent la 17.Armee. La bataille de la péninsule de Taman est particulièrement disputée. L’avance vers Novorossisk est très dure, aussi les Allemands décident-ils de se frayer un chemin à travers la montagne. Le 28 août, ils atteignent ainsi la mer dans le dos des défenseurs du port, après une percée initiale du 49.Gebirgskorps. Toutefois, les défenseurs de la ville se maintiennent jusqu’au 10 septembre avant de succomber. La progression le long de la route côtière vers la Turquie reste toujours aussi malaisée. Aussi les Gebirgsjäger tentent-ils une nouvelle fois de forcer le passage à travers la montagne, par des cols atteignant 3 000 mètres d’altitude. Toutefois, les deux bataillons du Kampfgruppe Stettner, épuisés et mal ravitaillés, ne peuvent s’approcher à moins de 20 kilomètres de Soukhoum. De leur côté, les Jäger sont à 50 kilomètres de Touapse. Aucune unité de renfort n’étant disponible, l’avance allemande est finalement stoppée. Des unités alpines réussissent toutefois l’exploit sportif d’atteindre le sommet du mont Elbrouz, 5 633 mètres, le 21 août 1942.

  

Les divisions de Panzer, trop peu nombreuses, atteignent les contreforts du Caucase

Début septembre, von Kleist est encore à 100 km de Grozny et 500 de Bakou. La mer Caspienne est proche et des éléments de la 16.ID (mot.) sont envoyées dans l’immensité de la steppe des Kalmouks vers Astrakhan et le delta de la Volga, occasionnant quelques sabotages. Le 25 août, les Allemands reprennent leur offensive. Il s’agit de s’emparer des champs pétrolifères de Malgobek et d’Ordzhonikidze. Ce jour même, Mozdok est prise après de terribles combats de rues. Le Terek est franchi mais la défense est si rude, le terrain si défavorable aux assaillants et les difficultés logistiques tellement insurmontables que Kleist doit renoncer à poursuivre son effort. De leur côté, les Russes ne cessent de renforcer leurs positions dans le Caucase, fortifiant Grozny et Bakou et constituant de nouvelles armées en levant des unités locales ou en recevant de nouvelles divisions et du matériel via la mer Caspienne et l’Iran, où arrive l’aide anglo-saxonne dans le cadre du prêt-bail.

La division SS « Wiking »: en tête de la poussée vers le Caucase

Hitler est en proie à la colère à l’égard de ses généraux en raison de leur incapacité à s’emparer des précieux champs de pétrole. Dépêché sur place, le général Jodl, chef d’état-major de l’OKW, souligne que ceux-ci n’ont fait que suivre les instructions du Führer. Hitler s’emporte de plus belle, n’admettant pas sa part de responsabilité dans l’échec. Halder et List sont limogés et le dictateur resserre ainsi son emprise sur la Wehrmacht. Le 25 octobre, sur insistance de Hitler, la 1.Panzerarmee renouvelle ses assauts et obtient un notable succès. Les Soviétiques perdent en effet à cette occasion pas moins de 16 100 prisonniers. Le 6 novembre, la 13.Panzer-Division isolée dans le secteur d’Ordzhonikidze, réussit à percer grâce à l’intervention de la division SS « Wiking ». La neige commence à recouvrir le champ de bataille, les Allemands n’iront pas plus loin. Déjà, les rapports annoncent un renforcement des forces soviétiques sur les flancs de la 6.Armee, qui est engagée à Stalingrad. L’heure du désastre va bientôt sonner pour la Wehrmacht. Si l’avance allemande dans le Caucase revêt le caractère d’un bel exploit, les objectifs stratégiques majeurs ne sont pas atteints : le pétrole du Caucase, la mer Caspienne et la mer Noire sont toujours contrôlés par les Soviétiques. Les Russes ont encore une fois été sous-estimés.

 

L’AIDE OCCIDENTALE A L’UNION SOVIETIQUE

Des M3 Lee américains cédés à l’Armée rouge dans le cadre du prêt-bail

L’histoire officielle a souvent minimisée à tort l’aide considérable apportée par les Alliés occidentaux à l’effort de guerre soviétique. Le matériel militaire et les matières premières accordées à l’URSS dans le cadre de la loi « Prêt-Bail » représentent des quantités considérables. Cette aide a transité essentiellement par l’Iran, via ensuite Astrakhan, et, dans une moindre mesure, par le biais des convois de l’Arctique, via Mourmansk. Sur toute la durée de la guerre, les Alliés ont ainsi livré à l’Armée Rouge 10 000 chars, dont de nombreux Sherman, 40 000 canons, 15 000 avions, 7 000 half-tracks et 400 000 camions et jeeps, ces derniers ayant permis de motoriser une partie des troupes combattantes. L’URSS a en outre reçu 2 millions de tonnes de produits pétroliers, 700 000 t de métaux non ferreux, 4,5 millions de tonnes de denrées alimentaires, 190 000 téléphones de campagne, 12 000 wagons et locomotives, 34 millions d’uniformes et 5 millions de paires de bottes. Pour les seuls Etats-Unis, cette aide se chiffre alors à 10 milliards de dollars. Cette aide joue un rôle économique considérable et favorise la reconversion militaire et de se concentrer sur la production d’armement.

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