Ostfront-La guerre germano-soviétique (21/50)

UNE VILLE SUR LA VOLGA : STALINGRAD

(13 SEPTEMBRE-18 NOVEMBRE 1942)

 

Le plan allemand prévoit la prise de Stalingrad afin de s’assurer de la destruction de la 62ème armée soviétique et établir de solides positions sur la Volga, permettant ainsi de bloquer cette voie de communication et de ravitaillement essentielle, tout en assurant le flanc nord des opérations dans le Caucase. La première attaque sur Stalingrad débute le 19 août 1942. Paulus tente de percer au-delà de Kalatch et d’anéantir les 62ème et 64ème armées soviétiques en engageant 18 divisions, dont 5 de Panzer. Le 23 août, l’aile droite de la 62ème armée est finalement enfoncée. Ce même jour, la atteint la Volga au nord de la ville.

Mais le corridor est étroit et soumis aux bombardements de l’artillerie russe. Pendant la nuit, la 4.Luftflotte de Richthofen opère ce qui est alors le raid le plus massif effectué sur le front de l’Est depuis le lancement de « Barbarossa ». La ville, largement construites avec des édifices en bois, se consume dans le brasier infernal allumé par les bombardiers allemands, transformant la cité en décombres beaucoup plus aisées à défendre pour les Soviétiques. Les premiers combats dans les faubourgs nord de la ville, à Spartakovka, donnent tout de suite aux Allemands le ton quant à l’âpreté des combats qui les attend. En revanche, les troupes de la Wehrmacht marquent un point en parvenant à s’emparer des installations du ferry-boat de Rynok, une perte des plus importantes pour les Soviétiques, puisque celui-ci représente l’unique liaison entre l’immense ville industrielle et la rive est de la Volga, dont le cours atteint à cet endroit presque 3 kilomètres de large.

La bataille ne fait que commencer. Le 30 août, les Panzer de la 4.Panzer-Armee de Hoth percent la ceinture extérieure de défenses de la ville à Gravilovka. Paulus engage 100 000 hommes dans la ville, 500 chars et 2 000 canons. Les ruines de la ville ne sont pas le terrain idéal pour le déploiement des blindés mais la confiance est encore de mise dans le camp allemand. Au nord, Paulus ne consent à appuyer Hoth en n’engageant que les 14. et 29.ID. Les Soviétiques estiment pour leur part qu’il est désormais impératif de se replier dans la ville proprement dite. Eremenko ordonne donc aux 62ème et 64ème armées de se retrancher dans Stalingrad et de rendre la ville inexpugnable. Lopatine, le chef de la 62ème armée, perd alors son sang-froid et ordonne le repli sur la rive est du fleuve. Dénoncé par son chef d’état-major, Lopatine est limogé et son commandement est confié au général Tchouikov.

  

Les usines et les immeubles vont alors constituer autant de forteresses que les Allemands vont devoir arracher à leurs adversaires de haute lutte. Krouchtchev, organise la défense de la ville en sa qualité de commissaire politique. Il peut ainsi fournir des volontaires pour les unités de Tchouikov : 50 000 hommes en tout, 75 000 autres étant enrôlés dans la 62ème armée, aux côtés de 7 000 jeunes gens des Komsomols et 3 000 jeunes filles versées dans les services auxiliaires. La situation n’est cependant pas brillante. Les défenseurs sont en effet acculés à la Volga et le ravitaillement ne peut s’opérer qu’avec difficulté à travers le fleuve dont les bacs ont été coulés. Les défenseurs soviétiques mettent admirablement à profit leurs talents de combattants en barricadant les édifices et en utilisant habilement les égouts, les caves et les nombreux abris creusés le long des rives escarpées de la Volga. Le général Tchouikov prodigue lui-même des conseils à ses hommes : « Tenez-vous au plus près des positions de l’ennemi. Déplacez-vous à quatre pattes ou en rampant. Utilisez les trous d’obus et les décombres. Creusez vos tranchées la nuit. Préparez-vous pour l’attaque sans qu’on vous voie, sans qu’on vous entende. Soyez prêts, la mitraillette à l’épaule, et 10 à 12 grenades en réserve. Vous n’aurez plus qu’à choisir le moment et vous aurez le bénéfice de la surprise […] N’entrez jamais seul dans une maison. Allez-y à deux : vous et une grenade […]. Vous entrez dans une pièce ? Une grenade dans chaque coin et en avant ! Une rafale de mitraillette pour le cas où il resterait encore quelque chose ! Vous avancez un peu plus loin, une grenade ! Vous entrez dans une autre pièce, une autre grenade ! Toujours le coup de balai avec votre mitraillette ! Et l’on continue comme ça. Une fois votre objectif conquis, il est possible que l’ennemi contre-attaque. Ne soyez pas effrayé. C’est vous qui avez pris l’initiative, elle est dans vos mains, gardez-là et réagissez brutalement : à la grenade, à la mitraillette, à la baïonnette, ou si vous n’en avez pas, au poignard et au couteau ! »

Dans ces conditions, la victoire allemande ne semble pas impossible. Si les Russes ont réussi à sauver leur armée, rien ne peut certifier que la ville puisse tenir. Le 13 septembre, les Allemands lancent ce qu’ils espèrent être l’ultime assaut contre Stalingrad. Les combats sont acharnés. Le sud de la ville est pratiquement coupé du commandement de Tchouikov et des combattants des 14., 27. et 29.ID parviennent à atteindre le fleuve. Toutefois, des troupes isolées continuent à lutter avec acharnement. La lutte s’avère des plus acharnée pour la prise d’un silo à céréales de grande taille, défendus par à peine une quarantaine de soldats russes, qui repoussent tous les assauts, causant des pertes sensibles aux assaillants. Le 22 septembre, le silo tombe enfin. Les combats pour la colline Mamaïev ont été également très disputés. La résistance russe est alors vite anéantie dans les secteurs sud et central. Dans le nord de la ville, au-delà de la Tsaritsa, les Soviétiques s’accrochent aux ruines, incapables de récupérer le terrain concédé à l’ennemi mais bien déterminés à causer le plus de pertes aux Allemands. Les combats provoquent une véritable hécatombe et nombre d’unités sont décimées. « Le temps, c’est du sang » lance Tchouikov. Il reste à savoir si la résistance peut encore durer suffisamment longtemps. Joukov n’est disposé qu’à envoyer les strict minimum pour renforcer Tchouikov : c’est ainsi que seules 5 divisions traversent le fleuve pour rejoindre l’enfer de Stalingrad en septembre et octobre, ce qui est loin de compenser les pertes consenties. Les combats de rues sont d’une rare intensité. Les Allemands sont contraints de diviser leurs forces en petites unités, au détriment des grandes manœuvres d’encerclement et de la mobilité dans lesquelles la Wehrmacht excelle. Les blindés sont très mal à l’aise dans les combats urbains. Le débattement vertical des pièces ne permet pas de réduire les postes de résistance sur les étages les plus élevés.

  

En outre, les Panzer, engagés à courte portée, sont beaucoup plus vulnérables aux embuscades tendues par les T34, les canons antichars et les fantassins armés de cocktails Molotov. Les compartiments moteurs sont en effet très exposés aux tirs venant des étages supérieurs des édifices. C’est à l’infanterie et aux troupes du génie qu’échoie donc la difficile tâche de s’emparer des immeubles. L’avance est en conséquence très lente et particulièrement meurtrière. Le lance-flammes et les explosifs s’avèrent être les armes de prédilection indispensables aux assaillants. Un lieutenant de Panzer a laissé un témoignage de cette lutte acharnée : « Il y a 15 jours que nous nous battons pour une seule maison, à grands coups de mortier, de grenade, de mitrailleuse…et de baïonnette. Depuis le troisième jour, les corps de 54 des nôtres jonchent le sol, à la cave, sur les paliers, dans les escaliers…Le front ? C’est un corridor entre deux chambres incendiées, un mince plafond entre deux étages […] Demandez à un soldat ce que représente seulement une demi-heure de combat corps à corps dans de pareilles conditions. Et imaginez Stalingrad : 80 jours et 80 nuits de corps à corps ». Et l’officier d’ajouter que, la nuit, même les chiens fuient cet enfer en tentant de traverser la Volga : un enfer que « seul l’homme peut endurer ». Les pertes témoignent de cet enfer : du 21 août au 16 octobre, la 6.Armee a perdu 40 000 hommes.

Après s’être rendus maîtres du secteur sud de Stalingrad, les Allemands entreprennent de nettoyer le nord de la métropole, une tâche qui ne peut que s’avérer que des plus délicates car les défenses y sont beaucoup plus redoutables, s’articulant sur des bâtiments en dur, en particulier trois complexes industriels impressionnants : les usines « Octobre Rouge », « Barricade » et des « Tracteurs » aussi appelée « Djerjinski ». Ces usines sont érigées en de bvéritables forteresses et leurs canaux d’évacuation vers la Volga constituent autant de voies de communications abritées, mises à profit pour frapper l’ennemi par derrière. Les combats qui vont s’y dérouler seront peut-être les plus terribles de la Seconde Guerre Mondiale. L’attaque allemande débute le 4 octobre et les combats s’y poursuivent avec acharnement pendant des semaines. Toutefois, des signes de fléchissement moral apparaisse au sein des unités allemandes, inquiètes à la perspective de vivre une nouvelle fois un terrible hiver russe, alors que la victoire semblait si proche au cœur de l’été. L’avance est désespérément lente. La 24.Panzer-Division combat dans le secteur des usines « Octobre Rouge » et « Barricade », parvenant à la Volga, avant de se rabattre vers le sud en direction de la « raquette de tennis », la voie ferrée desservant l’usine chimique Lazour, mais les Soviétiques ne cèdent pas. Le 14 octobre, l’usine des « Tracteurs » est conquise par la 389.ID et la 14.Panzer-Division, qui pénètre également dans l’usine «Barricade » tout en lançant un groupe de combat qui atteint lui aussi la Volga.

Fin octobre, les 16. et 94.ID se sont pour leur part emparées de Spartakovan. Un suprême effort a donc permis à la 6.Armee de s’emparer de l’usine « Djerjinski » et de la moitié de l’usine « Barricade ». L’usine « Octobre Rouge », totalement isolée, résiste encore. La Wehrmacht est donc maîtresse des quatre cinquièmes de la ville. Les Soviétiques sont acculées le long de la Volga, dans de minuscules poches ne dépassant guère 300 m de profondeur. Le PC de Tchouikov se trouve lui-même dans un môle de résistance d’à peine 200 mètres de large sur lequel s’accroche la 45ème division. La victoire allemande semble proche. Mais la résistance soviétique continue et, le 12 novembre, lorsque l’attaque allemande s’interrompt, Stalingrad résiste encore. L’armée de Paulus est à bout de souffle et il n’y a absolument aucune réserve disponible sur l’ensemble du front de l’Est pour venir la renforcer pour emporter enfin la décision. Paulus a alors perdu 59 000 hommes, 525 chars et 282 canons. Le front de l’Est est à ce moment là démesurément étendu, puisqu’il s’étend désormais sur une ligne plus de deux fois le double de ce qu’il était au début de l’été. De surcroît, le Reich commence à connaître une sérieuse crise des effectifs, les pertes s’accumulant de façon inquiétante depuis l’entrée en guerre. En outre, les lignes de communications, démesurément allongées, handicapent grandement les capacités opérationnelles de la Wehrmacht. Un nouveau danger menace d’ailleurs Hitler en ce début de novembre 1942. Alors que les effectifs manquent cruellement pour obtenir la décision à l’Est, Rommel subit une défaite cinglante en Egypte à El Alamein et se voit contraint à une longue retraite jusqu’en Tunisie, où la Wehrmacht envoie de précieux renforts pour faire face à un nouveau front, ouvert le 8 novembre 1942 en Afrique du Nord française par le débarquement des forces anglo-américaines du général Eisenhower. Le « second front » tant réclamé par Staline devient de plus en plus une réalité. Bientôt, une semaine à peine après la fin des attaques de la 6.Armee, les Soviétiques vont déclencher une offensive qui va conduire la Wehrmacht à subir une défaite décisive et sans appel, à Stalingrad précisément…

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