Ostfront-La guerre germano-soviétique (22/50)

STALINGRAD : l’AGONIE DE LA 6.ARMEE

(19 NOVEMBRE 1942-2 FEVRIER 1943)

   

 

Le 19 novembre, la Stavka déclenche l’opération « Uranus », visant à l’encerclement de la 6.Armee. A ce moment là, le Heeres-Gruppe A tient un front de 1 000 km dans le Caucase et le Heeres-Gruppe B est réparti sur 1 300 km. La liaison entre les deux groupes d’armées est alors assuré par l’unique 16.ID (mot.), qui protège la route d’Astrakhan sur 400 km. En l’espace de quatre jours, du 19 au 22 novembre, les Soviétiques percent le front sur une distance considérable. Les Allemands sont totalement paralysés par la puissance de l’offensive soviétique qui balaye les armées roumaines qui lui font face. Le 23 novembre, les Fronts du Don et de Stalingrad font leur jonction à Kalatch : la 6.Armee de Paulus est alors encerclée. Goering assure à Hitler que l’armée pourra être ravitaillée par voie aérienne comme à Demiansk au cours de l’hiver 41-42. Mais les besoins d’une armée encerclée en plein hiver dans la steppe et dans une ville en ruines sont immenses. Le minimum requis est estimé à 500 tonnes quotidiennes. La Luftflotte 4 engage 320 JU 52 et JU 86 dans l’opération, ainsi que 190 bombardiers Heinkel He 111, transformés en appareils de transport pour l’occasion. La tâche demandée à la Luftwaffe est au-delà de ses capacités. Le 27 novembre, le temps est épouvantable et la 6.Armee ne perçoit que 24 m3 de carburant contre les 300 exigées chaque jour par Paulus ! C’est le 30 novembre que l’armée encerclée reçoit pour la première fois plus de 100 t de ravitaillement, soit très en deçà des demandes et des prévisions, mais, dès le 10 décembre, le tonnage journalier ne cesse de baisser avant de remonter du 19 au 24 décembre, avec presque 300 t à deux reprises. Au total, le pont aérien est un échec et il aboutit à la perte de 488 précieux appareils de transports, alors qu’une hécatombe de même ampleur est sur le point de se produire au-dessus de la Méditerranée pour ravitailler la tête de pont de Tunisie.

Dans l’esprit du Führer, ce pont aérien n’est envisagé que de manière provisoire, puisque une vigoureuse contre-attaque délivré par le tout nouveau Heeres-Gruppe Don de von Manstein doit permettre de percer l’anneau érigé par les Soviétiques autour de Stalingrad. Pour ce faire, la 4.Panzer-Armee perçoit deux nouvelles Panzer-Divisionen, les 6. et 11. . Manstein est cependant pris de cours par une attaque du 1er corps blindé soviétique à travers le Tchir. La 11.PZD du général Balk est immédiatement engagée et remporte une éclatante victoire aux dépends des Soviétiques, causant un massacre au sein d’une colonne de camions transportant l’infanterie du corps blindé, anéanti ainsi en rase campagne. Après ce succès, Balk surgit sur les arrières des T34 et en détruit une cinquantaine. Pendant une dizaine de jours, la 11.PZD tous les assauts soviétiques sur le Tchir, apportant ainsi un soutien à l’offensive de Manstein.

Celui-ci confie l’opération, baptisée « Tempête d’Hiver », au 57.Panzer-Korps du général Hoth. Il met à la disposition de celui-ci la 23.PZD, qui vient du Caucase avec 96 chars, la 6.PZD, fraîchement arrivée de France avec 160 Panzer et la 17.PZD, qui est engagée plus tardivement. Derrière les éléments de tête de Hoth, les Allemands ont formé une colonne invraisemblable de véhicules hétéroclites afin d’acheminer 3 000 t de ravitaillement à la 6.Armee. Le plan prévoit que Paulus attaquera à son tour vers l’ouest quand les troupes de Hoth ne seront plus distantes que d’une trentaine de kilomètres de la poche. La contre-offensive débute le 12 décembre à 120 km de Stalingrad et les débuts sont prometteurs. En dépit de la résistance farouche des soldats soviétiques, Hoth progresse de 20 km par jour. Le 17 décembre, la rivière Askaï, dernier obstacle naturel entre les forces de Hoth et celles de Paulus est atteinte et même franchie. La 6.Armee n’est plus qu’à 55 km. Tous les espoirs sont donc permis aux Allemands. Manstein ordonne à Paulus de percer en direction de Hoth afin d’ouvrir un couloir de ravitaillement, mais le général Schmidt, chef d’état-major de Paulus, répond qu’aucune action offensive ne pourra être entreprise avant le 22 décembre, en raison des préparatifs nécessaires à l’opération et du fait de la pression russe sur le périmètre défensif de la poche. Hitler n’autorise pas l’abandon de Stalingrad et n’accepte qu’une jonction avec Hoth. Or Manstein et Paulus savent qu’une attaque en masse de la 6.Armee est la seule solution à même d’obtenir une percée vers l’ouest en y concentrant toutes les forces disponibles, solution qui implique l’abandon de Stalingrad, une décision que Paulus se refuse à prendre sans ordre de l’OKW. Joukov va bientôt rendre caduque ces discussions quant à l’option que doit suivre Paulus pour sauver son armée.

En effet, le 16 décembre, alors que Hoth n’est qu’à 50 km de la poche de Stalingrad, Vatoutine déclenche l’opération « Petite Saturne », frappant de plein fouet la 8ème armée italienne après un tir de barrage d’une rare intensité délivré par pas moins de 5 000 pièces d’artillerie. Comme les Roumains un mois plus tôt, les Italiens cèdent et le front est une fois de plus balayé par le rouleau compresseur soviétique. Les troupes italiennes ne manquent pourtant pas de courage et de ténacité, mais la partie est trop difficile face à un adversaire bien mieux armé et équipé. La résistance tenace des Alpini évite à la 8ème armée italienne une destruction totale mais n’empêche pas l’ouverture d’une brèche immense. Manstein est consterné par ce nouveau désastre. La menace est de taille : l’avance soviétique menace Rostov et neutralise les précieux terrains d’aviation d’où la Luftwaffe s’envole pour ravitailler Stalingrad. La situation est dramatique : si Rostov tombe, ce ne sont pas seulement les 250 000 hommes de Paulus qu’Hitler risque de perdre, mais l’intégralité du Heeres-Gruppe A engagé dans le Caucase, 1 million d’hommes en comptant la 6.Armee : un tel désastre signifierait ipso facto l’effondrement de l’ensemble du front de l’Est ! Manstein n’a d’autre alternative que de stopper l’offensive de Hoth et de redéployer au plus vite ses blindés s’il parvient à les désengager. Manstein parvient à reconstituer un front cohérent in extremis avec un groupement de circonstance, l’Armee Abteilung Fretter-Pico. Rostov est sauvée !

Après l’échec de la contre-attaque de Hoth et devant l’impossibilité pour la 6.Armee de tenter une sortie en masse, la situation devient tragique au sein de la poche de Stalingrad, d’autant plus que le ravitaillement n’arrive plus qu’en très petites quantités, en raison de la capture par les Soviétiques des différents terrains d’aviation d’où opère la Luftwaffe tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du chaudron. Bien plus, le repli des forces de Manstein signifie un éloignement toujours plus vers l’ouest de la ligne de front : le sort de la 6.Armee est donc bien scellé.

Les infortunées divisions de Paulus agonisent dans l’hiver russe et les soldats encerclés subissent une détresse morale sans précédent, tout en endurant avec courage les souffrances de la faim, du froid, des combats et de la peur. L’hiver est une nouvelle épreuve, comme en 1941, d’autant que la 6.Armee est encerclée sans ses tenues d’hiver, tombées entre les mains des Russes au cours de l’opération « Uranus ». Les chevaux sont abattus pour être mangés, réduisant d’autant plus la mobilité déjà réduite de l’armée. Le 10 janvier, les Soviétiques lancent l’offensive finale. Les combats sont acharnés jusqu’au bout en dépit de l’état de dénuement de l’armée de Paulus.

Après avoir repoussé plusieurs demandes de capitulation, Paulus se rend lui-même le 31 janvier 1943, à la grande colère de Hitler, qui l’a élevé à la dignité de maréchal la veille, persuadé que celui-ci préférera le suicide à la reddition. Le 2 février, les derniers combats cessent dans la partie nord de la ville en ruines. 107 800 combattants allemands ont été capturés. Plus de 85 000 sont morts pendant le siège, un chiffre très élevé pour une période si brève. 34 000 blessés ont été évacués. Pour la première fois de la guerre, une armée allemande est battue en rase campagne, encerclée et annihilée. Cette spectaculaire victoire marque le début de l’espoir chez les Alliés alors que le temps du doute commence chez les Allemands.

 

L’ARMEE ROUMAINE

 

Les Roumains sont les alliés de l’Allemagne qui fournissent le plus gros effort aux côtés de la Wehrmacht pendant la guerre contre l’Union Soviétique. L’équipement moderne fait pourtant défaut, en dépit de la récupération de matériels capturés par les Allemands en France en 1940 et par la réception de matériel allemand, particulièrement dans l’armée de l’air. L’ensemble reste toutefois disparate et les moyens de transports principaux restent avant toute des charrettes paysannes peintes de couleurs chatoyantes. En dépit de cadres très compétents et de soldats courageux, l’armée roumaine n’est pas de taille à affronter les soviétiques à partir de 1942. Les pertes ont déjà dépassé 130 000 hommes à Odessa en 1941. Les combats livrés au cours de l’opération « Uranus » provoquent la perte de 173 000 hommes sur 267 727 engagés. L’évacuation de la Crimée en mai 1944 coûte encore 26 000 pertes. En août 1944, devant le déferlement de l’Armée Rouge vers la Roumanie, le roi Michel destitue le dictateur Antonescu et déclare la guerre au Reich. 540 000 hommes combattent ainsi aux côtés des Russes. Cette ultime phase de la guerre coûtera encore 170 000 pertes aux Roumains.

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