Ostfront-La guerre germano-soviétique (23/50)

OPERATION « URANUS » : LA 6.ARMEE ENCERCLEE

(19-30 NOVEMBRE 1942)

   

 

A la mi-novembre, la 6.Armee de Paulus est épuisée. La ville de Stalingrad est pour ainsi dire entre contrôlée mais les défenseurs russes s’acharnent à défendre les derniers îlots de résistance, qui paraissent inexpugnables. Les pertes ont été si lourdes au sein des unités d’infanterie de la Wehrmacht que les effectifs des compagnies sont souvent ramenés à 30 ou 40 hommes. Les unités blindées ne sont pas logées à meilleure enseigne puisqu’à peine 180 Panzer sont opérationnels. Le 12 novembre, alors que les assauts cessent à Stalingrad, les services de renseignements font part une nouvelle fois de l’accumulation de troupes soviétiques au nord de Stalingrad, face aux positions occupées par les Roumains, les Hongrois et les Italiens.

 

Les Roumains de la 3ème armée sont particulièrement menacés en raison de la tête de pont à l’est du Don qui n’a jamais été complètement nettoyée par les Allemands. Les forces roumaines sont particulièrement mal dotées en matériel moderne et les Soviétiques les ont justement diagnostiquées comme constituant le maillon faible du front ennemi. Sur plus de 100 km, les lignes sont occupées par des unités roumaines, chaque division se voyant confier une vingtaine de kilomètres de front, ce qui dépasse bien sûr leurs capacités. Toutefois, si les signes avant-coureurs d’une attaque sont évidents, les Allemands et leurs alliés roumains ne soupçonnent pas l’ampleur de l’offensive qui se prépare. Hitler, peu rassuré de savoir les flancs de Paulus confiés à des alliés peu sûrs militairement, presse ce dernier d’en finir avec Stalingrad. Au sud de Stalingrad, les positions de l’Axe sont également occupées par une armée roumaine, la 4ème, mais les préparatifs soviétiques dans ce secteur sont passés plus inaperçus. En dépit des demandes réitérées de Zeitzler, le chef d’état-major de l’OKH, la 6.Armee ne s’est pas redéployée hors de Stalingrad, conformément aux ordres du Führer. Paulus est également à blâmer pour ses négligences coupables. Il ne met en effet à disposition de son flanc nord que d’insuffisantes réserves, en l’occurrence le 48.Panzer-Korps, constituée des 147 blindés roumains, des modèles tchèques et allemands dépassés, les 104 Panzer de la 22.Panzer-Division (près de 60 seront pourtant non opérationnels le jour de l’offensive russe, en raison de graves négligences dans leur entretien !) et de la cinquantaine de Panzer IV de la 14.Panzer-Division.

 

 

Le plan soviétique, baptisé « Uranus », est mûrement réfléchi. Il est né au cours du mois de septembre et n’a cessé de prendre de l’ampleur au cours des semaines qui ont suivi. La Stavka fait preuve à cette occasion d’un grand sens stratégique en planifiant une ambitieuse offensive alors que la situation au front est loin d’être avantageuse. Pourtant, les préparatifs vont bon train et les réserves sont accumulées en vue de l’assaut, tout en ne négligeant pas de renforcer au minimum les fronts de Stalingrad et du Caucase. Le plan prévoit une attaque en tenaille sur les flancs de Paulus dans les secteurs tenus par les armées roumaines, afin d’enfermer la 6.Armee dans une nasse et de la détruire. Les Fronts du Sud-Ouest de Vatoutine et du Don de Rokossovski doivent frapper au nord, tandis que le Front de Stalingrad de Yeremenko attaquera depuis le sud. Le plan prévoit que les armées de Vatoutine et de Yeremenko établiront leur jonction à Kalatch, sur le Don. Dans le même temps, Rokossovski aura pour tâche de refouler la 6.Armee dans ses tentatives de percée vers l’ouest. L’offensive est des plus ambitieuses. Mais, en cas de succès, l’ascendant stratégique et moral que prendra l’Armée Rouge sur son adversaire sera de nature à renverser le cours de la guerre. Les moyens rassemblés par les Russes pour cette contre-offensive, sont considérables, à la mesure des objectifs que se sont donnés les planificateurs d’ « Uranus », Vassilievski, Vatoutine et Joukov. C’est ainsi que 500 000 hommes, 900 T 34, 230 régiments d’artillerie de campagne et 115 régiments de lance-roquettes  Katiouchas sont rassemblés. On notera qu’à cette occasion les Russes engagent moins de blindés que Monty à El Alamein une quinzaine de jours plus tôt, preuve s’il en est que l’immensité du front russe rend les concentrations particulièrement difficiles.

Le 19 novembre 1942, une préparation d’artillerie particulièrement fournie s’abat sur les lignes de la 3ème armée roumaine. Les Fronts du Sud-Ouest et du Don se lancent à l’assaut des troupes ennemies, à l’évidence incapables de résister à une attaque d’une telle ampleur. Si certaines unités roumaines parviennent à repousser les assaillants, d’autres sont en revanche écrasées et ne peuvent endiguer le flot. La percée atteint 10 kilomètres de profondeur. En dépit de leur vaillance, les divisons roumaines cèdent sous la puissance de l’offensive russe. De surcroît, le brouillard qui règne ne favorise en aucune manière l’intervention des unités de la Luftwaffe et la précision des tirs de l’artillerie roumaine. Le 48.Panzer-Korps s’oppose courageusement à la 5ème armée blindée soviétique mais manque singulièrement de puissance pour espérer repousser les assaillants et se voit donc obligé de décrocher, la division blindée roumaine, isolée, étant à cette occasion abandonnée à son sort. Le désastre est complet. En à peine cinq jours, la 3ème armée roumaine perd 75 000 hommes, 34 000 chevaux et l’essentiel de son armement lourd. Le flanc nord de Paulus est donc dangereusement enfoncé puisque la profondeur de l’avance soviétique atteint 80 kilomètres !

  

Le 20 novembre, soit 24 heures après l’attaque lancée par les Front du Sud-Ouest et du Don, le front de la 4ème armée roumaine s’embrase à son tour, le Front de Stalingrad de Eremenko frappant à son tour, depuis le sud. Les premières lignes roumaines sont vite enfoncées, permettant à Eremenko d’exploiter immédiatement ce succès en lançant le 13ème corps mécanisé dans la brèche. Les Allemands tentent de briser l’élan en engageant la 29.ID (mot.), unité de la 4.Panzer-Armee, qui dispose de 55 Panzer et d’un certain nombre de Panzerjäger. La 57ème armée soviétique est momentanément arrêtée par cette contre-attaque qui la prend par surprise. Pourtant, la 29.ID (mot.) est vite mise sur la défensive afin d’assurer le flanc sud de la 6.Armee, à laquelle elle est désormais rattachée. Paulus est en effet contraint d’assurer ses arrières et ne peut pour l’heure envisager aucune contre-attaque, l’essentiel de son dispositif étant engagé dans les ruines de Stalingrad. Les 21 et 22 novembre, Paulus préconise à ses supérieurs un repli généralisé sur le Don et le Tchir. Hitler s’oppose à cette vue de la situation et ordonne à la 6.Armee de former un hérisson, en dépit de l’absence d’obstacle naturel sur lequel le front ouest de la poche pourrait appuyer ses défenses.

 

Le 23 novembre, les Fronts du Don et de Stalingrad font leur jonction à Kalatch, conformément au plan retenu. La Luftflotte 4 de von Richthofen intervient massivement, causant de lourdes pertes aux Soviétiques, mais la situation reste toujours aussi critique.

En dépit de l’évolution dramatique de la situation, les Allemands ne perdent pas leur sang-froid et l’optimisme est encore de mise au quartier-général du Führer. Après tout, ce n’est pas la première fois qu’une armée est encerclée : ce fut déjà le cas à Demiansk l’hiver précédent, où la Luftwaffe est parvenue à ravitailler 100 000 hommes. Pourtant, la situation générale autour de Stalingrad est extrêmement grave. La 6.Armee, soit 20 divisions, et des unités roumaines et de services, soit entre 220 et 300 000 hommes, sont encerclées par 60 divisions soviétiques. La 4ème armée roumaine a pour sa part été entièrement détruite au sud de Stalingrad. Au nord, les restes de la 3ème armée roumaine et du 48.Panzer-Korps et la 8ème armée italienne ont de leur côté réussi à reconstituer un front sur la rivière Chir. La situation est particulièrement préoccupante au sud puisque la disparition de la 4ème armée roumaine a créé un vide qui n’a pu être comblé par la 4.Panzer-Armee qu’en se retirant très loin au sud de Stalingrad. En effet, il importe à la 4.Panzer-Armee d’assurer les arrières du Heeres-Gruppe A de Kleist, engagé dans le Caucase, et dont l’encerclement et la perte serait une catastrophe sans précédent et signifierait la défaite assurée de l’Allemagne. Fort heureusement pour les Allemands, les forces russes sont engagées avant tout contre Stalingrad et non en direction de l’Ouest, faute de moyens suffisants. Hitler est fermement décidé à transformer ce revers en victoire éclatante. Il décide que la 4.Panzer-Armee devra contre-attaquer en décembre pour libérer la 6.Armee de son étau. La tâche ne sera pas des plus aisées car, le 30 novembre, le front soviétique borde les cours du Tchir et du Don et les forces engagées par les Russes sont conséquentes.

En attendant la mise en œuvre de cette contre-attaque, l’armée de Paulus, dont les besoins journaliers sont énormes, sera ravitaillée par air afin de lui permettre de garder sa capacité opérationnelle. Hitler crée le Heeres-Gruppe Don, confié au maréchal von Manstein, pour conjurer la menace russe et reprendre les territoires concédés. Manstein dispose pour se faire de la 6.Armee encerclée, de la 3ème armée roumaine et de la 4.Panzer-Armee, très diminuée et en attente de renforts. Le plan de Hitler nécessite du temps et un ravitaillement efficace de la poche. Mais bientôt de nouveaux désastres vont réduire à néant les espoirs du haut-commandement de la Wehrmacht

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