Ostfront-La guerre germano-soviétique (25/50)

MANSTEIN REPREND KHARKOV

(19 FEVRIER-23 MARS 1943)

   

La stratégie de repli élastique que favorise Manstein va s’avérer d’une spectaculaire efficacité au cours de la contre-attaque menée par le Heeres-Gruppe Don en cette fin d’hiver 1942-43. Certes, la manœuvre s’est avérée des plus risquées, puisque les Allemands ont laissé les Soviétiques s’avancer dangereusement en profondeur à l’intérieur de leurs lignes. Manstein est toutefois disposé à frapper en force le saillant soviétique établi entre la 1.Panzerarmee et l’Armee Abteilung Lanz. Pour ce faire, il engage la 4.Panzerarmee, qui s’est renforcée depuis l’échec du sauvetage de la 6.Armee à Stalingrad. La 4.Panzerarmee engage son 48.Panzerkorps, avec les 6. et 17.PZD, ainsi que du SS Panzerkorps, avec les divisions blindées SS « Das Reich » et « Totenkopf ». Ces deux corps blindés vont frapper la 6ème armée russe de part et d’autre de la brèche dans laquelle il s’est imprudemment engouffré. Parallèlement, le 40.Panzerkorps, avec les 7. et 11. PZD et la division SS « Wiking » est chargé de nettoyer le saillant formé un peu plus à l’est par le groupement Popov. Manstein engage donc le maximum d’unités blindées, puisque seule la division SS « Leibstandarte Adolf Hitler » reste en couverture sur le front de l’Armee Abteilung Lanz. Au total, 225 Panzer et Sturmgeschütze sont disponibles au sein des divisions engagées, ce qui de prime abord peu sembler modeste, mais les Russes sont également à la limite de leurs possibilités et les pertes ont déjà été très lourdes.

Le 19 février, le 40.Panzerkorps opère dans le secteur de Krasnoïarmeskoïe. Les combats pour réduire la poche sont brefs et les 4ème corps blindé de la Garde, ou plutôt ce qu’il en reste, est bien vite anéanti. Le groupe Popov n’est pas en mesure de s’opposer efficacement à la contre-attaque allemande. Les rangs des unités se sont en effet dangereusement éclaircis et le ravitaillement fait défaut. Les 3ème, 10ème et 18ème corps blindés ne disposent ainsi que de 30 chars et ne peuvent en conséquence qu’espérer ralentir les Allemands, mais en aucun cas les stopper. C’est pourtant avec courage que les Soviétiques tentent de s’opposer à l’assaut. Vatoutine interdit à Popov tout repli vers le nord, scellant ainsi le sort des unités engagées dans le secteur. Il reste que Vatoutine, dans l’euphorie des spectaculaires succès remportés depuis des semaines, n’est pas encore conscient de la gravité de la situation. Popov se retire lentement vers le Donetz en livrant bataille. Les Russes se battent avec l’énergie du désespoir à Barvenkovo et des renforts sont même envoyés à Popov, sous la forme de la 1ère armée de la Garde. Toutefois, les manœuvres d’encerclement des Panzer obligent les Soviétiques à se replier sur Izioum le 28 février.

Pendant ce temps, la division SS « Das Reich » déclenche son attaque contre les positions également le 19 février. Les SS sont confrontés à l’énergique et tenace résistance de la 6ème division d’infanterie soviétique, qui s’octroie même le luxe de contre-attaquer à son tour. Pavlograd menacée par les SS et la 15.ID, la 6ème armée réclame et obtient des renforts, en l’occurrence le 25ème corps blindé et le 1er corps blindé de la Garde. Il ne s’agit pas pour la Stavka de prendre des mesures défensives. Au contraire, l’avance en direction de Dniepropetrovsk se poursuit. La « Das Reich » poursuit son effort vers Pavlograd le 22 et obtient des succès. La division « Totenkopf » intervient alors à son tour et fait peser tout son poids dans la bataille, permettant ainsi d’élargir la brèche et d’encercler une division soviétique. Le lendemain, les SS de la « Das Reich » établissent le contact avec le 48.Panzerkorps, qui est passé à l’attaque depuis le sud-est du saillant tenu par la 6ème armée. Le 25ème corps blindé, isolé à plus de 100 km des autres unités de la 6ème armée, se voit ainsi contraint d’abandonner ses véhicules, faute de ravitaillement, et de tenter de rejoindre les lignes russes à pied. Vatoutine se rend alors compte un peu tardivement de la situation critique de la 6ème armée.

Manstein est bien décidé cependant à réduire le saillant avant l’intervention de réserves russes trop conséquentes. Le SS Panzerkorps et le 48.Panzerkorps pouruivent donc leur avance, au prix de difficiles combats, très acharnés et très coûteux, notamment pour les Soviétiques, qui s’accrochent désespérément sur le terrain. La Stavka se résout pourtant finalement à admettre la défaite et les restes de la 6ème armée reçoivent l’ordre de se replier jusque sur le Donetz. Pour assurer la réussite de cette manœuvre délicate s’il en est, le Front de Voronej attaque le SS Panzerkorps avec les 12ème et 15ème corps blindés, aux effectifs très réduits. Les 1er et 2 mars, ces unités sont stoppées par la « Das Reich » et la « Totenkopf » et, le lendemain, la « Leibstandarte Adolf Hitler » exécute avec succès une manœuvre d’enveloppement, qui enferme le 15ème corps blindée dans une nasse où il est intégralement annihilé. La victoire allemande est totale et les pertes soviétiques sont lourdes.

La 4.Panzerarmee annonce un butin conséquent à l’issu des combats du 21 au 28 février : 11 000 tués et 4 600 prisonniers russes, 156 chars et 460 canons détruits. La 1.Panzerarmee revendique 300 chars ennemis détruits, de même que 1 700 prisonniers et 6 000 combattants soviétiques tués pour la période qui s’étend du 3 au 24 février 1943. Il s’agit là de pertes lourdes, mais elles sont toutefois modestes en regard des espoirs que pouvait avoir von Manstein et l’OKW : les grandes batailles d’encerclement de 1941 et du printemps 1942 sont bien finies. La contre-attaque a cependant permis des gains territoriaux appréciables puisque la Wehrmacht est parvenue à reconquérir un espace profond de 150 km et large de 120.

 

Manstein est bien décidé à poursuivre l’avantage ainsi acquis. Il tourne désormais toute son attention au nord, dans le secteur tenu par l’Armee Abteilung Kempf, détachement d’armée provisoire qui succède à l’Armee Abteilung Lang. C’est le 6 mars que les divisions du SS Panzerkorps enfoncent les lignes soviétiques établies à l’est et à l’ouest de Novaya Vodolaga, contraignant les Russes à se replier sur le cours de la Mcha, tandis que les 6. et 11.PZD attaquent de leur côté depuis le sud en direction de Kharkov, parvenant aussi sur la Mcha après s’être emparées de Tarnovka. Les SS tentent de contourner Kharkov par l’ouest, repoussant toujours plus vers le nord la 69ème armée soviétique, qui ne parvient pas à trouver les ressources pour stopper l’irrésistible avance des Panzer. La bataille pour Kharkov débute le 9 mars. La « Das Reich » attaque les faubourgs depuis l’ouest, tandis que la « Leibstandarte Adolf Hitler » poursuit la manœuvre de contournement par le nord, le flanc gauche assuré par la « Totenkopf » et la Panzergrenadier-Division « Grossdeutschand », l’unité blindée d’élite de la Wehrmacht. Les Waffen SS s’attaquent aux défenses établies dans les faubourgs le 10 mars. Tandis que les SS s’engagent dans des combats de rues, Manstein ordonne à leur chef de corps, le général Hausser, de poursuivre l’isolement de la ville. L’encerclement de Kharkov est ainsi quasiment acquis le 12 mars lorsque la « Totenkopf » marche sur Tchougoniev et Rozan, dont la prise coupe la 3ème armée blindée soviétique de ses lignes de communications. Le 14 mars, le Front de Voronej autorise l’abandon de Kharkov par la 3ème armée blindée. La ville est recapturée par les SS le 15 mars, effaçant ainsi l’évacuation opérée le mois précédent par ces mêmes combattants.

Manstein livre au même moment un autre combat, tout aussi vital pour la poursuite des opérations, dans le secteur de Bielgorod. La reprise de cette ville doit être assurée par l’Armee Korps Raus avec notamment la division « Grossdeutschand ». Il s’agit en effet d’assurer la solidité du flanc nord des positions de la Wehrmacht à Kharkov. C’est le 18 mars que la division SS « Leibstandarte Adolf Hitler », rendue disponible par la chute de Kharkov, s’empare de Bielgorod, parachevant ainsi une spectaculaire contre-offensive hivernale de la Wehrmacht dirigée d’une main de maître par von Manstein. Celui-ci estime que la bataille dans le secteur Kharkov-Bielgorod est terminée. Il est parvenu à réaliser l’impensable en parvenant à détruire plusieurs menaces russes et à rétablir un front cohérent au sud du front de l’Est après trois mois de retraite sur 400 km. La menace soviétique est momentanément conjurée et la ligne de front est à peu près celle du printemps 1942, avant le lancement du « Fall Blau » en direction de Stalingrad et le Caucase.

Si l’hiver s’achève par un indéniable succès allemand, il est tout aussi indiscutable d’affirmer que les Soviétiques ont remporté de spectaculaires victoires au cours de l’automne 1942 et de l’hiver 1942-43. Les pertes infligées aux forces de l’Axe sont considérables : la 6.Armee allemande et les 2/3 de la 2.Armee sont anéanties, de même que la 8ème armée italienne (185 000 pertes), la 2ème armée hongroise (140 000 pertes) et les 3ème et 4ème armée roumaines (250 000 pertes). En mars 1943, la Wehrmacht accuse un déficit de 470 000 hommes au sein des unités engagées sur le Front de l’Est. La victoire a été toutefois chèrement acquise, puisque les Soviétiques ont perdu plus d’un million d’hommes. L’Armée Rouge est épuisée et nombre d’unités ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, certaines divisions alignant moins de 1 000 hommes, voire à peine quelques centaines.

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