Ostfront-La guerre germano-soviétique (3/50)

INTRODUCTION PARTIE I

La guerre germano-soviétique, qui s’ouvre le 22 juin 1941, quand le Reich déclenche l’opération « Barbarossa », est à bien des égards un choc de titans. La guerre qu’Hitler impose à son ancien allié soviétique est une guerre idéologique, entre deux systèmes totalitaires historiquement voués à un inévitable affrontement : le nazisme et le communisme. La volonté du Führer de conquérir un espace vital à l’Est pour la race allemande supérieure au détriment des Slaves, condamnés à n’être que les esclaves du nouvel ordre nazi, couplée à l’antibolchevisme viscéral du maître de l’Allemagne, aboutit à une guerre d’une ampleur sans précédent. Les effectifs colossaux qui vont y être engagés et les pertes que la Wehrmacht va consentir sur le front russe, 80% des tués et disparus de l’armée allemande du second conflit mondial, vont mener à la perte du III.Reich, pourtant alors à l’apogée de sa puissance en cet été 1941. La propagande nazie, habile, présente l’opération « Barbarossa » comme une nécessaire croisade contre le bolchevisme, dont la perversité menace la civilisation européenne selon l’optique nazie. « Barbarossa » apparaît donc aux Allemands comme une attaque préventive pour sauver la patrie du déferlement des hordes asiatiques. La survie de l’Allemagne et le caractère impitoyable de l’ennemi exige de mener la guerre avec une extrême brutalité. Il exige ainsi que la campagne soit menée avec brutalité, sans esprit de compassion pour l’adversaire. Il s’agit d’une guerre d’anéantissement. Pour les Nazis, les Russes sont des sous-hommes. Il est donc tout à fait justifié de supprimer les commissaires politiques, les communistes et les Juifs. En outre, il est désormais clair que la lutte qui s’engage ne présente plus que deux issues : la victoire ou l’anéantissement. L’invasion de l’Union Soviétique oblige une solidarité de tous les Allemands derrière leur Führer : en cas de défaite, le Reich sera anéanti et sera la proie du bolchevisme. L’idéologie raciale nazie va donner libre cours à sa violence dans cette lutte effroyable et le front de l’Est sera le théâtre des pires abominations du siècle.

Le pacte de non agression signé entre les deux puissances en août 1939 n’est, pour les deux parties prenantes, qu’une remise à plus tard de l’inévitable confrontation. Staline est toutefois surpris par l’effondrement rapide des forces alliées, alors que l’Armée Rouge n’a pas achevé sa réorganisation. Les immenses succès remportés à l’Ouest par la Wehrmacht, la piètre performance de l’Armée Rouge face à la Finlande au cours de l’hiver 1939-41 et les assurances de Hitler concernant la fragilité politique de la Russie bolchevique ne peuvent que rassurer les commandants de l’armée allemande et c’est avec confiance qu’ils envisagent la confrontation maintenant inévitable avec les Soviétiques. L’outil de la Blitzkrieg, le tandem Panzer-Luftwaffe, est cependant bien trop peu étoffé pour envisager une répétition à l’Est des exploits remportés à l’Ouest. En outre, l’opération « Barbarossa » est lancée sur une telle échelle et sur un front si large que l’offensive ne peut s’y développer qu’au détriment de la concentration des forces blindées, pourtant au cœur de la guerre éclair. L’immensité russe ne peut aussi qu’avoir raison d’une Wehrmacht, dont 80% des unités se déplacent essentiellement à pied ! Le retard de l’Etat soviétique en matière d’infrastructures et de communications, sans parler de l’écartement différent des voies ferrées, ne peuvent que contribuer à rendre téméraire toute invasion : les routes carrossables et goudronnées sont bien rares et les boues du printemps et de l’automne ont tôt fait de paralyser les communications dans le pays. Hitler ne manque toutefois pas d’atouts lorsqu’il se décide à lancer « Barbarossa », en dépit des vives inquiétudes que lui suscite l’ampleur de l’entreprise. Son armée est en effet la meilleure du monde et elle se trouve renforcée par des contingents non négligeables de troupes alliées, principalement en provenance d’Europe centrale et orientale, mais aussi des Finlandais, qui ont fait montre de leur efficacité au combat au cours de la guerre russo-finlandaise.

C’est ainsi que Hitler décide d’envahir l’Union Soviétique avec 153 divisions, dont 19 blindées et 14 motorisées. L’armée allemande et ses alliés vont frapper sur un front immense qui s’étend de la mer Baltique à la mer Noire, soit 2 000 kilomètres ! 4,5 millions d’hommes sont impliqués dans cette opération d’une ampleur sans précédent. Les forces de l’Axe engagent 3 600 Panzer et 2 900 avions. La Wehrmacht aligne 7 000 pièces d’artillerie, 600 000 véhicules et 625 000 chevaux. A ce total déjà impressionnant il convient d’ajouter 38 divisions fournies par les pays alliés au Reich (14 pour la Finlande, 22 pour la Roumanie et 2 pour la Hongrie), soit 900 000 hommes, 5 200 canons, 260 blindés et 1 000 avions. En juillet, 4 divisions italiennes (61 000 hommes, 1 000 canons et mortiers, 60 chars, 70 avions), 2 slovaques (42 000 hommes, 2 000 véhicules) et une division espagnole renforcent la Wehrmacht. La concentration des forces allemandes est impressionnante. Il reste 38 divisions allemandes à l’ouest, 7 dans les Balkans et 2 en Afrique, avec le tiers de la Luftwaffe. En face, l’Armée Rouge, qui n’a pas mobilisé, aligne 4,7 millions de combattants. Toutefois, avec la baisse de l’âge de la conscription et l’allongement du service militaire, Staline peut compter sur une réserve de 10 millions d’hommes, dont 6 millions ont bénéficiés d’une préparation militaire intensive. 750 000 hommes sont déployés face aux Japonais, pour parer à toute éventualité. Les effectifs soviétiques sont impressionnants : pas moins de 241 divisions, dont 170 à l’ouest, 22 000 chars, soit plus que le reste du monde entier, 148 000 canons et mortiers et 10 000 avions, dont 7 500 sont déployés à l’ouest. Toutefois, ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité. Si les effectifs sont conséquents, la qualité des cadres laisse à désirer depuis les purges des années trente, ainsi que l’a illustrée la désastreuse campagne d’hiver russo-finlandaise. Le 22 juin 1941, la surprise stratégique est totale. En dépit de maints avertissements, Staline s’est laissé surprendre et l’Armée Rouge, totalement prise au dépourvue, est assaillie sur plus de 2 000 kilomètres de front. Si la guerre avec l’Allemagne paraît inévitable, la Wehrmacht frappe en premier un adversaire en total réorganisation. En dépit des efforts consentis, les fortifications sont loin d’être opérationnels, faute de moyens suffisants. En outre, les Soviétiques ont adopté un plan de défense inadapté. L’ensemble des frontières soviétiques n’est tenu que par un nombre réduit de divisions, chargées de contenir l’avance allemande sur ses positions fortifiées le temps que le pays mobilise pendant les quelques jours qui suivront l’inévitable déclaration de guerre. Les autres divisions russes, positionnées en second échelon, auront alors la tâche d’anéantir les unités ennemies qui auront réussi à percer les premières lignes. Mais Hitler ne s’embarrasse en aucune manière d’une déclaration de guerre en bonne et due forme et frappe à l’Est sans avertissement.

 

 

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