Ostfront-La guerre germano-soviétique (5/50)

SMOLENSK : COUP D’ARRÊT DE LA BLITZKRIEG (10 JUILLET-10 SEPTEMBRE 1941)

Début juillet, Hitler estime qu’il est nécessaire de s’emparer de Smolensk, afin d’ouvrir la voie vers la capitale soviétique, ce en quoi il est en parfait accord de vues avec l’OKH. Sous-estimant les forces soviétiques qui font face au Heeres-Gruppe Mitte, l’état-major allemand estime que von Bock dispose des ressources suffisantes pour obtenir un succès décisif devant Smolensk. La Wehrmacht possède néanmoins la supériorité numérique en première ligne et ses unités sont tactiquement nettement supérieures à leurs adversaires. Von Bock dispose de 44 divisions, dont 9 blindées. Le soutien aérien fourni par les mille appareils de la Luftflotte 2 lui assure la maîtrise des airs. En outre, les lourdes pertes enregistrées depuis le début de la campagne ont conduit la Stavka à réduire drastiquement les effectifs de chaque division. Timochenko, qui a pris en charge la destinée du Front Ouest, dispose de huit armées totalisant 24 divisions en première ligne. La situation en matière de blindés est assez préoccupante puisque Timochenko n’est en mesure d’en aligner que 145 sur la ligne de front. L’artillerie est logée à meilleure enseigne avec 3 800 pièces disponibles. Dans les airs, les Russes ne peuvent pas engager plus de 400 appareils en état de vol. Von Bock espère réitérer les manœuvres d’encerclement opérées à Bialystock et Minsk., Hoth frappant toujours par le nord et Guderian constituant la pince sud.

Le Panzer-Gruppe 3 de Hoth s’empare sans difficulté de Vitebsk avant de se heurter à la défense de la 19ème armée de Koniev, qui stoppe un temps la ruée des Panzer. Au sud, Guderian frappe dans le secteur d’Orcha, mais le Dniepr constitue un obstacle sérieux et ce n’est pas sans difficultés que des têtes de pont sont établies. Toutefois, 4 divisons d’infanterie et des unités blindées soviétiques commandées par le général Bakounine sont très vite encerclées autour de Moghilev. La résistance de ces unités est cependant très acharnée et elle se poursuit jusqu’au 26 juillet. Pendant ce temps, Timochenko ne reste pas sur la défensive et menace le flanc droit de Guderian en frappant avec le 63ème corps d’armée du général Petrovski 21ème armée. Le flanc gauche de Guderian est soumis quant à lui aux assauts de la 20ème armée soviétique, par ailleurs engagée contre Hoth. La 20ème armée n’est pas de taille à affronter les deux Panzer-Gruppe et elle est taillée en pièces. C’est à l’occasion de ces combats que le fils aîné de Staline tombe entre les mains des Allemands. Le 14 juillet, la 29 ID (mot.) parvient à proximité de Smolensk et se heurte à la 152ème DI russe. Les combattants allemands repoussent les Soviétiques et s’infiltrent dans le centre-ville, s’emparant du précieux pont de chemin de fer enjambant le Dniepr. Le 16, la ville est entre les mains des Allemands. La route de Moscou semble ouverte !

Pour parer au plus pressé, la Stavka forme le front des armées de réserve au nord de Briansk. Les Soviétiques ambitionnent ni plus ni moins de frapper et d’anéantir les éléments de pointe du groupe d’armée de Bock et d’encercler les Allemands à l’ouest de Smolensk. La situation est si critique que ces nouvelles unités russes sont lancées dans la bataille dès leur arrivée sur le front. C’est ainsi que les attaques de flanc se multiplient sur le front allemand, particulièrement autour d’Ielnia à partir du 20 juillet. Le secteur d’Ielnia constitue la pointe orientale de l’avance allemande et nécessite une intervention de plus en plus d’unités allemandes pour le maintenir, en dépit de la demande d’évacuation préconisée par Guderian. Les Soviétiques parvenant même à reprendre aux Allemands une partie du terrain perdu. Le 27, la 16ème armée soviétique réussit à pénétrer dans Smolensk et à remettre le pied dans Smolensk. L’armée allemande fait toutefois encore preuve de sa supériorité quand les 7. et 20.Panzer-Divisionnen de Hoth réussissent à enfermer les 16ème et 20ème armées soviétiques dans une nasse. Les efforts des forces blindées du général Rokossovski pour rétablir la situation et secourir les troupes soviétiques enfermées dans le chaudron s’avèrent vains, en dépit de l’indéniable supériorité qualitative des chars russes KV-1. Les Russes sont finalement repoussés.

Début août, les Allemands tiennent fermement Smolensk mais la Blitzkrieg semble bien finie et l’espoir d’une rupture rapide en direction de Moscou semble s’évanouir. De surcroît, les pertes deviennent de plus en plus sensibles au sein de nombre d’unités de la Wehrmacht. Les troupes de Bock sont en outre menacées sur leur flanc droit par le saillant que forment les unités soviétiques au sud de la ville. Guderian reçoit l’ordre de conjurer cette menace en s’emparant de Roslavl. Le 1er août, l’Armee-Gruppe Guderian, ex-Panzer-Gruppe 2, s’élance sur son objectif et parvient à prendre Roslavl, balayant la 28ème armée soviétique dans l’opération. 38 000 hommes, 250 chars et 359 canons sont capturés. Le succès ne sera pourtant pas exploité vers l’est. Staline, inquiet de la menace, prélève toutefois deux armées en Ukraine pour protéger la capitale, facilitant ainsi les opérations futures de Guderian vers Kiev. Notons toutefois à la décharge du maître du Kremlin qu’il ne peut se douter qu’Hitler ne saisise pas l’opportunité qui lui est offerte de foncer vers Moscou après le succès remporté à Roslavl.

Au nord, les Allemands améliorent leurs positions autour de Smolensk en frappant en direction de Velikie Louki. Les Panzer de Hoth se distinguent une nouvelle fois en encerclant la 22ème armée soviétique et en repoussant les troupes de la 29ème armée. A la mi-août, le Feld-Marschall von Brauchitch préconise de lancer à nouveau le Heeres-Gruppe Mitte sur Moscou. Toutefois, devant les difficultés rencontrées devant Smolensk, Hitler est fermement décidé à axer son effort dans d’autres directions. Après une avance limitée à 200 kilomètres en deux mois, les opérations en direction de Moscou sont au point mort. En outre, la fin de l’été s’avère particulièrement humide et le sol détrempé rend les communications des plus malaisées. Le matériel souffre également des difficiles conditions climatiques et géographiques. L’usure provoque ainsi la mise hors-condition de nombreux véhicules et armements. Le 20 août, Guderian insiste pour se faire livrer de nouveaux Panzer devant l’usure des moteurs sous l’action de la poussière, une demande qui n’est pas de nature à encourager Hitler à le lancer plus en avant vers Moscou.

 

La pression des Soviétiques devant Smolensk ne se relâche en aucune manière. Bien au contraire, Timochenko engage la 16ème armée dans une nouvelle offensive dans le secteur de Ielnia. Pris au dépourvus, les défenseurs allemands sont contraints d’abandonner la ville le 6 septembre. Toutefois, la solidité des positions allemandes contraint bien vite les Soviétiques à suspendre toute attaque le 10 septembre. La bataille de Smolensk est terminée.

Les deux mois de combats autour de Smolensk sont déterminants pour la suite de la campagne à l’Est. Au milieu du mois d’août, il apparaît clairement à Hitler qu’une progression sur l’ensemble du front n’est plus envisageable. La Wehrmacht doit donc impérativement privilégier un axe. La plupart des généraux sont d’avis de porter l’effort en direction de Moscou, après la nécessaire remise en condition des unités. La directive n° 33 de Hitler transforme radicalement la répartition des forces allemandes engagées dans « Barbarossa ». Il est en effet décidé de fractionner le Heeres-Gruppe Mitte, qui avait pourtant la tâche essentielle de marcher sur Moscou, en renforçant von Leeb avec le Panzer-Gruppe 3 de Hoth et en engageant le Panzer-Gruppe 2 de Guderian vers le sud, en coordination avec le Heeres-Gruppe Süd. La situation devant Smolensk empêche toutefois de renforcer von Leeb comme prévu. Les nouvelles orientations du plan ordonnées par le Führer sont réaffirmées par la directive de guerre n°34, rendant caduque la proposition de von Brauchitch de concentrer les efforts du Heeres-Gruppe-Mitte vers Moscou. Hitler, qui s’est rendu lui-même en Union Soviétique, affirme à ses généraux, parfois récalcitrants, que Leningrad, l’Ukraine et la Crimée, dont l’occupation doit assurer la sécurité du pétrole roumain, représentent des objectifs économiques bien plus importants. Cette directive n°34 représente incontestablement l’un des grands tournants de « Barbarossa ». Les contre-mesures prises par Timochenko pour défendre la route de Moscou semblent donc avoir portées leurs fruits puisque la Wehrmacht est provisoirement stoppée, contrainte à une difficile guerre d’usure. Toutefois, l’armée allemande a infligé de sérieux revers à son adversaire. Les troupes de von Bock revendiquent la capture de 348 000 hommes, 3 205 chars et 3 120 canons.

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