Ostfront-La guerre germano-soviétique (7/50)

BOUDIENNY PRIS AU PIEGE (24 AOÛT-4 OCTOBRE 1941)

Pour les Panzer: c’est encore le temps de la Blitzkrieg!

 

Kiev: 650 000 prisonniers soviétiques

 

Dès le 10 juillet, la 13.Panzer-Division du Panzer-Gruppe 1 de von Kleist est en vue des flèches du Kremlin de Kiev. Peu après, la 14.Panzer-Division, puis la 25.ID (mot.) la renforcent, établissant ainsi une solide tête de pont sur la rivière Irpen, bordée de marécages bien impropres au déploiement des blindés, à une distance d’à peine 16 kilomètres de la capitale ukrainienne. Toutefois, l’indispensable infanterie nécessaire aux combats urbains se trouve encore à presque 200 kilomètres en arrière des troupes de von Mackensen. A ce moment là, le commandement de la garnison, renforcée par la milice, est confié à Khroutchev. Hitler, von Brauchitsch et von Rundstedt ne sont pas favorables à l’attaque directe sur la ville, supposée fortement défendue, alors que les Panzer sont nécessaires pour nettoyer la poche d’Uman. L’infanterie de la 6.Armee perce la ligne « Staline » et arrive devant Kiev à la fin juillet, relevant ainsi le 3.Panzer-Korps de son rôle d’assiégeant.

Les directives n°33 et 34 de Hitler redéfinissent les objectifs immédiats de la Wehrmacht dans le cadre de « Barbarossa ». Au grand dam de von Bock et de Halder, Hitler est de plus en plus préoccupé par la situation en Ukraine. Il tient à priver l’URSS d’une base économique essentielle. Hitler est de plus en plus sceptique quant à la conclusion de la campagne avant l’hiver. Les ressources de l’Ukraine sont indispensables à la poursuite du conflit. En outre, la mainmise sur la Crimée et l’occupation des rives de la mer Noire assurerait la sécurité des champs pétrolifères roumains. Les arguments de Guderian en faveur d’une attaque sur Moscou sont donc repoussés. Hitler s’impose de plus en plus à ses généraux dans la conduite stratégique et même tactique du conflit, une tendance fâcheuse qui ne va cesser de prendre de l’ampleur au cours du conflit. Pourtant, pour l’heure, force est de constater que le Führer a une vision stratégique à plus long terme et plus aboutie que celles de ses généraux. Certains de ceux-ci et de nombreux soldats allemands ont la naïveté de penser que la prise de Moscou signifierait la fin de la guerre, rien n’étant moins sûr. En outre, Hitler est parfaitement clairvoyant en assurant le flanc sud du Heeres-Gruppe Mitte au préalable à une offensive sur Moscou. Peut-il en effet laisser une armée soviétique de 1 million d’hommes menaçant la Wehrmacht s’avançant plus en avant vers la capitale soviétique ? L’attaque sur Kiev s’impose donc. Alors qu’il s’est fermement opposé à cette opération, Guderian va en fait remporter la plus belle et la plus grande victoire de sa carrière à cette occasion. Les généraux soviétiques souffrent aussi des ingérences de Staline. Joukov estime avec justesse que le Heeres-Gruppe Mitte est obligé de marquer une pause après les difficiles combats pour Smolensk et il prévient Staline de la menace qui pèse selon lui sur Kiev. Cet avis lui vaut d’être relevé de son commandement par Staline, qui ne veut plus entendre parler de repli en combattant depuis le désastre d’Uman. Joukov est alors nommé au front. Staline est fermement décidé à tenir Kiev. Des renforts ne cessent d’affluer directement à Kiev, au lieu d’être dirigés sur les flancs, où ils auraient pu s’opposer à l’offensive à venir de Guderian et de Kleist. Boudienny est alors chargé de coordonner les actions des Fronts du Sud-Ouest et du Sud.

Alors que Khroutchev est Commissaire politique à Kiev, 160 000 civils s’évertuent à renforcer les défenses de la cité, réalisant 60 kilomètres de défenses, 30 kilomètres de fossé antichars et construisant 750 bunkers. La 26ème armée du général Kostenko occupe les positions, prêtes à recevoir l’assaut du 29.Armee-Korps depuis la tête de pont sur l’Irpen. L’assaut débute le 30 juillet mais les Soviétiques tiennent fermement et repoussent l’attaque. Le 8 août, la bataille gagne en intensité et l’infanterie allemande repart en avant sous la couverture des Stuka, des Nebelwerfer et des Sturmgeschütze. Les combats sont dignes des pires corps à corps de la Grande Guerre. Le 12 août, la percée n’étant toujours pas réalisée, le 29.Armee-Korps cesse ses assauts. L’attaque frontale sur Kiev s’est avérée être un échec. Le 19 août, la 5ème armée soviétique raccourcit le front en franchissant le Dniepr, mais omet de détruire le pont de bois de Garnostoipal, qui est capturé par la 11.Panzer-Division dans le cadre de l’opération « Biber ». Les Allemands sont maîtres du seul pont entre Kiev et les marais du Pripet et franchissent la Desna dans la foulée. Début septembre, la 6.Armee a établi de nombreuses têtes de pont sur la Desna.

Suivant les ordres du Führer, Guderian oblique vers le sud avec le soutien en force de la Lutfwaffe. Toutefois, en prévision de l’attaque sur Moscou, Brauchitsch interdit à Guderian d’utiliser le 46.Panzer-Korps, afin de disposer de troupes fraîches pour marcher sur Moscou. Conscient de la menace qui pèse sur les arrières de la 5ème armée, Boudienny alerte Staline du danger de la situation. En une journée, le front de la 13ème armée de Golubev est percé et la 3.Panzer-Division du général Model s’empare le 24 août du pont de Novgorod-Severskiy, sur la Desna. La réaction de la 21ème armée soviétique n’aboutit à rien et elle est contrainte au repli, sans prendre la peine d’en informer la 40èmz , positionnée à sa droite. La 21ème armée est finalement repoussé sur Kiev par l’intervention dans la bataille de la 2.Armee tandis que la 3.Panzer-Division coupe la voie ferrée Moscou-Kiev en s’emparant de Shostka. Le 24.Panzer-Korps de von Schweppenburg poursuit sa marche en avant et franchit la Seim le 7 septembre. Une trouée de 30 kilomètres s’est ainsi formée entre le Front du Sud-Ouest et celui de Bryansk, commandé par le général Eremenko. Le 10 septembre, la brèche fait déjà 60 kilomètres. Le flanc nord soviétique s’effondre : la 40ème armée ne cesse d’être repoussé et la 27ème n’a que trois divisions pour couvrir 150 kilomètres de front ! Boudienny comprend le danger que représentent le Panzer-Gruppe 2 de Guderian et le Panzer-Gruppe 1 de von Kleist. Aussi demande t-il l’autorisation de se redéployer sur la Psel et d’abandonner ainsi les positions sur le Dniepr. Staline relève Boudienny de son commandement et ordonne à Kirponos de tenir. Timonchenko est alors nommé commandant en chef dans le sud-ouest, un secteur qu’il est alors nécessaire d’entièrement réorganiser.

Pendant ce temps, les Panzer de von Kleist ne sont pas restés inactifs. La 9.Panzer-Division s’empare de Zaporozhe dès le 19 août, pour être vite ramenée sur l’autre rive du Dniepr à la suite d’une vigoureuse réaction des troupes soviétiques. Toutefois, une solide tête de pont est établie plus au nord, à Krementchug, par la 17.Armee, qui détruit 60 des 80 chars russes qui la contre-attaque. Le 25 août, la 13.Panzer-Division s’empare d’un pont de près de un kilomètre à Dniepropetrovsk. Face au 60.Armee-Korps à Krementchug, les Soviétiques engage la 38ème armée, dont les 40 000 hommes sont étalés sur 180 kilomètres de front, alors que toutes les réserves sont engagées pour tenter de stopper l’avance de Guderian. Le 10 septembre, von Kleist fait passer le 68.Panzer-Korps dans la tête de pont de la 17.Armee à Krementchug. Ce Panzer-Korps ne compte alors plus que 331 Panzer, soit à peine la moitié de sa dotation à son entrée en Union Soviétique. Deux jours plus tard, von Kleist lance ses troupes à l’assaut sous une pluie battante. Totalement surpris, les Russes ne parviennent pas à s’opposer à la ruée des Panzer, qui couvrent plus de 60 kilomètres en à peine douze heures, la 16.Panzer-Division de Hube menant la marche. Le flanc assuré par la 17.Armee de von Stülpnagel, von Kleist peut foncer pour établir sa jonction avec Guderian.

Les troupes soviétiques, au pied du mur, raidissent leur résistance devant le danger qui les menace. Toutefois, le sacrifice et le courage des Soviétiques, et même le fanatisme des troupes du NKVD qui défendent Lubny contre Hube, ne peuvent empêcher l’inéluctable. Le 14 septembre, les avant-gardes des deux Panzer-Gruppen font leur jonction en fin d’après-midi à Lokhvitsa. Au même moment, von Leeb perce les défenses extérieures de Leningrad. Jamais la victoire n’a semblé si proche pour les Allemands…Timoshenko envoie son chef d’état-major, le général Bagramian, pour mettre au point une sortie avec Kirponos. Ce drnier a repris son poste après l’évacuation par air de Boudienny, le vieux compagnon de Staline. Kirponos est circonspect et exige un document émanant de la Stavka. C’est le 18 septembre qu’il autorise une percée. Mais à peine quelques dizaines de milliers d’hommes réussissent à éviter la capture, les assauts désespérés pour tenter de fuir vers l’est donnant parfois lieu à de féroces combats et des attaques quasi-suicidaires. Kirponos lui-même est abattu dans une embuscade le 20 septembre. La poche forme un triangle d’environ 45 kilomètres de côté. Les combats vont la fragmenter en entités plus petites qui sont réduites une à une. Les combats cessent à Kiev le 24 septembre, mais les explosions à retardement vont se multiplier pendant cinq jours. Le Heeres-Gruppe Süd de von Rundstedt a donc réalisé un encerclement spectaculaire de concert avec le Panzer-Gruppe 2 de Guderian. Kiev représente la plus belle victoire de la Wehrmacht du conflit. Le décompte final des prisonniers porte à 665 212 le nombre de Soviétiques capturés. 824 chars et 3 178 canons ont aussi été capturés. Cependant, les combats s’éternisent jusqu’au 4 octobre et, aux mois d’octobre et de novembre, l’Armée Rouge recrute 1,5 millions d’hommes, alors que, pour la première fois depuis « Barbarossa », la Wehrmacht dispose de la supériorité numérique en hommes en raison des immenses pertes subies par les Soviétiques. Nombre d’unités allemandes sont cependant à bout de souffle : c’est ainsi que la 3.Panzer-Division n’aligne plus que 10 chars ! L’attaque sur Moscou ne peut donc reprendre avant de donner le temps aux hommes de se reposer et aux unités de se recompléter. L’ampleur de la victoire remportée en Ukraine, qui frappe même Guderian, justifie cependant les conceptions de Hitler. Il eût été en effet dangereux de laisser cette immense masse de manœuvre de 800 000 hommes sur le flanc droit de von Bock avant d’effectuer un nouveau bon en avant de 350 kilomètres vers l’est. Après cette victoire retentissante, c’est d’un commun accord qu’Hitler et ses généraux décident de lancer l’offensive finale sur Moscou.

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