Ostfront-La guerre germano-soviétique (9/50)

LENINGRAD : LE DEBUT D’UN SIEGE DE 900 JOURS (8 SEPTEMBRE-DECEMBRE 1941)

 

La bataille de Leningrad entre dans sa phase critique à l’approche des Allemands en septembre 1941. La population civile est mise à contribution pour édifier des défenses quotidiennement. Bien plus, des divisions de défense populaire sont constituées à partir de l’enrôlement de 36 000 civils. Fin août, Vorochilov est remplacé par Joukov, qui prend en charge la difficile tâche d’organiser la défense de Leningrad. Tandis que les ouvriers des usines Kirov construisent des blindés, 75 000 civils participent à des travaux de terrassement. En outre, pas moins de 17 000 emplacements de tirs sont aménagés dans les maisons aux côtés de 4 000 bunkers. Plus de 22 kilomètres de barricades, 700 kilomètres de fossés antichars, 4 600 abris antiaériens et 15 000 emplacements d’artillerie complètent le dispositif. De grandes quantités de cocktail Molotov sont aussi fabriqués.

 

Von Leeb décide en premier lieu de frapper directement Leningrad plutôt que de tenter une jonction avec les Finlandais qui opèrent entre les lacs Ladoga et Onéga. Le front du Heeres-Gruppe Nord est cependant bien trop étiré pour que von Leeb dispose de suffisamment de forces pour mener à bien cette attaque cruciale. En effet, seules 11 divisions allemandes sont engagées au sud de l’ancienne capitale russe, face à 12 divisions soviétiques. Von Leeb n’en est pas moins résolu à lancer l’offensive. Celle-ci commence le 9 septembre, le lendemain de l’encerclement total de Leningrad à la suite de la prise de Schlüsselburg. L’attaque allemande se heurte à des réseaux de fortifications construites par les femmes et les enfants de la ville. Les Soviétiques ont en effet tiré le meilleur parti des retards allemands leur ont accordé. Leningrad est désormais entourée de ceintures concentriques de fortifications qui se prolongent jusque dans la ville. La première ligne est établie à 40 kilomètres de la ville, la seconde à 25 kilomètres seulement. Les défenseurs ont droit à une démonstration complète de la tactique d’assaut allemande : bombardements en piqué par les Stuka du 8.Fliegerkorps de von Richtofen, attaque de pionniers, attaques d’infanterie et avances des blindés après neutralisation des défenses et des pièges antichars.

Les combats sont d’emblée très disputés, mais le front soviétique est finalement enfoncé par le 38.Armee-Korps et le 41.Panzerkorps dès le premier jour. L’avance se limite toutefois à quelques kilomètres sur un front d’une dizaine de kilomètres de large. L’avance est lente en face d’une résistance russe déterminée. La SS Polizei Division est arrêté devant Krasnovardeisk, où les combats de rues durent jusqu’au 13 septembre. Le 10, une contre-attaque soviétique s’abat sur les Allemands mais elle ne fait que retarder de quelques heures l’avance des forces de von Leeb. Le 12 septembre, la 18.Armee s’empare de Krasnoe Selo : Leningrad n’est distante que de 12 kilomètres ! La veille, un chef de char annonce vers midi : « Je vois Saint-Pétersbourg et la mer ! » Les progrès se poursuivent les jours suivant puisque la Wehrmacht s’empare de Ouritsk le 15 septembre : les faubourgs de Leningrad ne sont plus qu’à 5 kilomètres !

Les Allemands s’emparent d’un tram conduisant des ouvriers à leur usine de Leningrad. Le 16, l’infanterie allemande s’empare de Pouchkine, autrefois résidence d’été des tsars. Le Panzer-Gruppe 3 quitte alors le front Nord pour se diriger vers Moscou, où va avoir lieu la bataille décisive. Le front se stabilise autour de Leningrad et le siège commence. Celui-ci est confié à la 18.Armee de von Küchler, avec 17 divisions organisées en 4 corps (36, 50, 28 et 1.Korps). L’ancienne capitale russe est toutefois sérieusement menacée. Toutefois, ce succès a été chèrement payé par les troupes du Reich et les pertes sont sensibles. La campagne de Russie s’avère être un monstrueux bain de sang et les pertes sont sans commune mesure avec celles enregistrées l’année précédente lors des victoires spectaculaires en Europe occidentale. Au Heeres-Gruppe Nord, plusieurs divisions ont ainsi enregistré 60% de pertes au sein de leurs effectifs, certaines unités étant encore plus touchées. C’est ainsi que le front se stabilise autour de Leningrad, pour ne plus bouger en fait jusqu’en janvier 1944, lorsque les troupes soviétiques lèveront enfin le siège de la ville. Hitler décide alors de réduire la ville en cendres sous l’action conjuguée de la Luftwaffe et de l’artillerie, une tâche que la Wehrmacht s’avère bien incapable de mener à bien devant les nécessités des autres secteurs de l’immense front de l’Est. Le Führer a en outre décidé de n’accorder aucune possibilité de reddition aux défenseurs de Leningrad : la ville doit être détruite et ses habitants acculés à la famine ! A l’OKW, tout le monde pense que la ville capitulera avant l’hiver. Ce n’est pas la première erreur de jugement de Hitler, mais elle a de graves conséquences pour le Reich : Leningrad ne tombera jamais. En raison de la répugnance de von Leeb à prendre des risques et à enfreindre les ordres reçus, et grâce à la détermination de la population, la ville ne succombera ni aux attaques ni à la famine.

Dans la ville toutefois, les désastres se multiplient et s’accumulent. Le 8 septembre, un raid aérien et des tirs d’artillerie provoquent près de 150 incendies dans la ville. Certains sinistres détruisent intégralement plusieurs entrepôts et fabriques de produits alimentaires. 3 000 tonnes de sucre et autant de farine sont réduites à néant. Après ce désastre est prise la décision sensée de disperser les dépôts plutôt que de les concentrer dans les quelques entrepôts en bois, terriblement vulnérables, situés dans la partie nord de la ville, à portée des tirs ennemis. Il ne reste plus qu’une seule voie d’approvisionnement disponible : celle qui emprunte successivement la route, le rail, le lac et le fleuve, de Leningrad à Tikhvin. C’est une voie tellement meurtrière que seule une infime quantité de ravitaillement parvient à emprunter cette voie sans dommage. Cette voie ne subsiste cependant que parce qu’il se trouve une petite trouée de quelques kilomètres séparant les Allemands à Schüsselburg, à la pointe sud-ouest du lac Ladoga, des Finlandais, qui tiennent l’isthme de Carélie. En pratique, chaque péniche et chaque train doit franchir le meurtrier goulot que constitue la trouée d’Osinovets, à portée de l’artillerie allemande positionnée à Schlüsselburg, tandis que les Stuka opèrent en permanence au-dessus de la partie méridionale du lac Ladoga. Les autorités russes se rendent alors comptent qu’elles ont commis une grave erreur en n’entreprenant pas l’évacuation des trois millions d’habitants que compte alors Leningrad. Le 12 septembre, un état des lieux des vivres disponibles n’est guère encourageant : elles se montent à 35 jours pour le blé et la farine, 30 jours pour les autres céréales et les pâtes, 33 jours pour la viande, 45 jours pour les matières grasses et 300 jours pour les sucres et conserves. Dans ces conditions, un rationnement est vite instauré. Le NKVD se montre impitoyable envers les déserteurs et les fraudeurs, les dissimulateurs de vivres et les falsificateurs de cartes de rationnement. Une femme, qui a dérobé une centaine de ces cartes dans l’imprimerie où elle travaille, est ainsi condamnée à une peine de dix ans d’emprisonnement. Des fraudeurs du marché noir sont quant à eux tout simplement exécutés. L’hiver est particulièrement éprouvant pour l’infortuné population prise au piège par la guerre : aux privations de nourriture et aux dangers des bombardements s’ajoutent en effet l’absence d’électricité, de lumière et de chauffage.

 

Qui plus est, l’arrivée de l’hiver rend le lac Ladoga impropre à la navigation. Seuls des convois de camions peuvent ravitailler la ville en roulant sur la glace qui est suffisamment solide. Le 20 novembre, 11 000 civils sont déjà morts de faim. Au total, la famine cause la mort de 3 500 à 4 000 personnes quotidiennement en janvier 1942. Au total, plus de 600 000 civils soviétiques, peut-être un million, périssent à Leningrad pendant ce terrible siège de 900 jours.

 

En octobre 1941, les Allemands avancent à nouveau vers l’Est et s’emparent de Tikhvine, obligeant les Soviétiques à construire une route de déviation de 300 kilomètres entre la gare de Zaborjé au port de Novaya-Ladoga. La résitance de la 4ème armée russe est cependant farouche et l’avance est toutefois difficile. Ce n’est que le 9 novembre que les Panzer de la 12.Panzer-Division et la 18.ID (mot.) prennent enfin Tikhvine. Le succès allemand est notable car les conditions atmosphériques sont très difficiles, le froid étant particulièrement pénible pour les combattants. 20 000 soldats soviétiques, 96 chars et 179 canons sont capturés au cours de l’opération. Les troupes allemandes sont toutefois épuisées et ne peuvent avancer plus avant. La 18.Armee tient le front entre Oranienbaum et Kirichi. La 16.Armee est positionnée au sud. Au total, von Leeb dispose de 28 divisions, dont une seule de Panzer et une unique division motorisée, pour tenir 600 kilomètres de front. En face, les Russes alignent 75 divisions. La reprise de Tikhvine est considérée de première importance chez les Soviétiques. Le général Meretskov, nouveau commandant de la 4ème armée, lance une offensive à cette fin le 1er décembre par -40°C. L’assaut soviétique enferme les Allemands dans une poche autour de la ville. Le 8 décembre, jugeant la situation désespérée, la 61.ID évacue Tikhvine, mais 42 canons et un matériel important doivent être sabordés. Von Leeb ordonne le repli sur la ligne du Volkhov. Tikhvijne est donc le théâtre d’un échec très coûteux pour la Wehrmacht (la 18.ID (mot.) a perdu 9 000 hommes à elle seule) tandis que les Soviétiques peuvent s’enorgueillir d’un succès éclatant, puisque la voie de ravitaillement de Leningrad est à nouveau ouverte. Un certain espoir s’empare alors de la population affamée. Mais son terrible calvaire est bien loin d’être achevé et la situation reste des plus préoccupantes.

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