Panzegrenadiere! Au combat: l’exemple de Grozny

Les Panzergrenadiere en action : la 13. Panzer-Division sur la route de Grozny

Après la prise de Rostov, le Heeres-Gruppe A de Kleist peut foncer sur ses objectifs du Caucase : les zones pétrolières de Bakou et de Grozny à l’Est, les ports de la Mer Noire à l’Ouest et les cols de haute-montagne au centre. En pointe de l’assaut, comme d’accoutumée, se trouvent les divisions mobiles de la Wehrmacht.

            Les combats menés dans la boucle du Terek à partir du mois de septembre 1942 sont instructifs. L’assaut mené par le I/66 Pz.Gren.Rgt. du Major Brux de la 13. Panzer-Division est pour le moins atypique. Dans le cadre de l’avancée du LII Korps, les forces motorisées allemandes doivent s’assurer du contrôle de Pavlodolskiy afin d’assurer toute menace pesant sur le flanc de la tête de pont du Kislyar. La ville a déjà résisté aux assauts infructueux de la 370. ID. La puissance d’une division blindée devrait faire la différence, même si l’opération met avant tout en lice ses fantassins, les Panzergrenadiere.

Une charge de SPW dans le Caucase!

            Après l’envoi d’une reconnaissance, l’attaque est lancée dans la nuit du 4 septembre 1942 selon une méthode peu orthodoxe. Deux compagnies contournent la localité et se positionnent à l’Ouest tandis que la 3ème compagnie s’apprête à lancer une attaque en règle par l’Est. On comprend ici l’importance primordiale de la mobilité et, donc, de la possession d’engins tout terrain. L’attaque en tenaille des Panzergrenadiere semble irrésistible. Les SPW du bataillon, alors majoritairement massés au nord de la ville et déployés sur un large front, attaquent alors à leur tour, plaçant les défenseurs dans une situation difficile. L’attaque est hardie. Montés sur des véhicules suffisamment rapides, les Allemands ont osé charger. Surpris, les Soviétiques se battent avec énergie mais la défense succombe et Pavlodolskiy est entre les mains des Allemands.

            Pendant ce temps, plus au sud, un groupe d’assaut du 3/66 parvient à s’assurer une tête de pont sur une île du Terek, capturant ensuite le ferry qui relit cette île avec la rive sud, à Gnadenburg. Comme au cours du mois d’août qui vient de s’écouler, les Panzergrenadiere sont les premiers à franchir le cours d’eau vers un rivage hostile. Le 3/66 peut alors capturer sans difficulté les unités soviétiques se repliant de Pavlodolskiy. 400 Frontoviki tombent dans la nasse. Le 3/66 assure alors la sécurité de Pavlodolskiy pendant les autres compagnies -5 et 6/66- se prennent la ville de Novo Ossitinovskaya de nuit, selon la même méthode précédemment employée à Pavlodolskiy. Notons que le mouvement effectué de nuit, que certaines armées –comme l’armée britannique- renâclent à employer, suppose une discipline absolue et surtout un entraînement de premier ordre. L’unité de reconnaissance fonce alors vers Chernoyarska, la dernière ville encore entre les mains des Soviétiques sur la rive nord du Terek. Le 7 septembre, le II/66 s’en empare. Au prix de pertes légères et à la faveur d’attaques nocturnes, le I/66 Pz.Gren.Rgt. s’est donc acquitté de sa mission. La discipline et le professionnalisme des Panzergrenadiere ont porté leurs fruits.

            Le 10 septembre, la 13. Panzer-Division repart à l’attaque. Le Kampfgruppe Crisolli rassemble le QG de la 13. Panzergrenadier-Brigade, les I et III/4 Pz.Rgt, le 93. Pz.Gren.Rgt., le I/13 Artillerie-Rgt, le 1/13 Pz.Jg., le 3/4 Pz.Pi.Btl. avec un K-Strecke ainsi que des éléments du II/ »Brandenburg ». L’attaque s’effectue vers l’ouest et l’intersection au sud de Gnadenburg est prise malgré la défense féroce des Soviétiques. C’est à cette occasion qu’est tué l’Oberst Olbrich le chef du 4. Panzer-Regiment. L’infortuné Olbrich, qui commandait le Panzer-Regiment 5 devant Tobrouk  en avril 1941, avait été renvoyé en Allemagne par un Rommel en recherche de bouc-émissaire pour ses échecs devant la forteresse britannique. Le lendemain, le 11 septembre, progressant à la faveur du brouillard et de la pluie, le Kampfgruppe Crisolli s’empare de Novo Nikolaevskiy et de Gnadenburg à 10h. A 17h, Crisolli s’attaque à Malgobek II mais l’avance est stoppée à la nuit tombante à deux kilomètres de l’objectif. La ville n’est prise qu’à l’issu de combats acharnés le lendemain.

            L’objectif subséquent est Nizhnniy Kurp. Comme d’accoutumée, les troupes de reconnaissance sont les premières sur l’objectif. Mais les blindés sont pris à partie et l’assaut fait long feu. La 13. Panzer déploie alors deux Kampfgruppen et prépare un assaut en règle pour faire tomber la ville. La ligne de bunkers située sur le flanc gauche est sécurisée par l’intervention de la 370. ID. L’ordre d’attaque reçu par est le suivant : « La 13. Panzer-Division doit s’emparer de Nizhniy kurp et des collines aux alentours. Le 4ème bataillon du génie doit maintenir des ferries à travers le Terek près de Pavlodolskiy. Un ferry [pont] de 16 tonnes devra entrer en service dans l’après-midi du 13. Le PC de la division: Gnadenburg, puis le pont au nord de Nizhniy Kurp ».

            Lançant son assaut dans la matinée du 13 septembre, la 13. Panzer-Division écrase les positions fortifiées soviétiques sans que la VVS ne soit en mesure de ralentir sa progression. Dans la soirée, après que le Kampfgruppe Stolz ait repoussé une contre-attaque ennemie contre Khamidiya, la 13. Panzer-Division est déployée sur un arc de cercle de 13 kilomètres autour de Verkhniy Kurp. Les Soviétiques n’entendent pas rester dans l’expectative et, le lendemain 14 septembre, lancent une puissante contre-attaque, habilement appuyée par la VVS qui frappe en profondeur et sur le front, qui s’avère menaçante.  Le 66. Pz.Gren.Rgt doit abandonner l’importante colline 104, qui domine le secteur. Le Kamfgruppe Montfort (II/4 Pz.Rgt) est repoussé suite à une pénétration soviétique entre les lignes tenues par les 370. et 111. ID.

80 SPW foncent sur l’ennemi!

            Le 17 septembre, les Allemands réagissent. Les Panzergrenadiere du I/66 Pz.Gren.Rgt sont engagés avec brio. 80 SPW sur lesquels sont juchés des Panzergrenadiere armés jusqu’aux dents foncent à travers le brouillard et surprennent les défenseurs soviétiques de la colline 404. 400 fusils antichars flambants neufs tombent entre les mains des Allemands, de même que 8 canons qui sont immédiatement réutilisés contre leurs anciens propriétaires. Les combats sont cependant loin d’être terminés. Sur une autre hauteur, la colline 489, le Leutnant Wendt et sa section du 4/93 Pz.Gren.Rgt repoussent pas moins de 17 attaques adverses. Durant toute la bataille, la nécessité de déployer plus de formations sur le front de Stalingrad et les pertes subies ne laissant plus que des escadrilles décimées sur le front du Caucase, la Luftwaffe n’est pas en mesure de s’assurer de la maîtrise des airs.

Les Panzergrenadiere s’avancent vers les montagnes du Caucase

            Le 19 septembre, la 13. Panzer-Division est en mesure de reprendre sa marche en avant. Le Generalleutnant envoie quelques reconnaissances avant de lancer ses Kampfgruppen plein ouest, entre le Terek et les montagnes, qui se déploient à environ 10 kilomètres. L’objectif est de briser les défenses soviétiques près d’Elkhotovo, dans la vallée du Terek. L’attaque est irrésistible. A 7h15, le Kamfgruppe von Raczeck attaque en direction d’Arik en longeant le Terek. Un pont est sécurisé grâce à l’action du II/ »Brandenburg ». A 10h, le I/66 pénètre dans Arik en menant une véritable charge. 8 pièces antichars soviétiques et leurs servants sont bousculés sans que ces derniers ne soient ne mesure de toucher le moindre SPW, qui offrent des cibles trop rapides pour les artilleurs. Après la prise de la ville, les I/66 et II/66 poursuivent l’avance vers le sud et prennent Terek vers 19h. Les combats se poursuivent dans les jours suivants, les Panzergrenadiere menant toujours la progression, assurant la défense des positions conquises mais étant parfois sujets à des encerclements. Dans ce cas, il faut l’intervention du 4. Panzer-Regiment pour rétablir la situation. Panzer et Panzergrenadiere sont indispensables les uns aux autres.

Soutenir les Panzer, sécuriser les villes et les passes, franchir les fleuves d’assaut: des tâches multiples pour les Panzergrenadiere

            Quelques jours plus tard, la 13. Panzer reprend l’avance. Objectif: percer à travers la passe d’Elkhotovo. Il faut d’abord s’emparer de Planovskoe. Le 66. Panzergrenadiere-Regiment progresse après la nuit tombante. Une compagnie renforcée traverse un bras étroit du Terek, dépasse Planovskoe et se positionne à l’ouest de la ville avant de rapporter par radio qu’elle occupe ses positions de départ. La compagnie est certes isolée mais sa présence sur les arrières ennemis sèmera la confusion chez les Soviétiques. Le II/66 frappe l’adversaire par le nord-ouest alors que le I/66, renforcé par un bataillon entier de Panzer, piétine devant les champs de mines et les positions antichars de l’ennemi. Raczeck transfère alors le I/66 dans le secteur du II/66 et la percée est enfin réalisée. Dans le secteur du Kamfgruppe Crisolli, ce sont les fantassins qui mènent également l’assaut: soldats du 93. Pz.Gren.Rgt et du 43. Kradschützen-Bataillon. La ligne de bunkers et de positions de campagne est enlevée, mais non sans le concours essentiel et efficace des Brandebourgeois et des pionniers, ainsi que des Panzer de l’autre bataillon blindé, le II/4 Pz.Rgt.  Les combats sont pourtant disputés. Le Generalleutnant Herr succombe à l’explosion de mines et l’Oberst Crisolli lui succède à la tête de la 13. Panzer-Division. Le terrain boisé, collinaire et presque dépourvus de routes empêche le bon déploiement des Panzer et la progression de tous les types de véhicules. Les fantassins sont les seuls à pouvoir progresser au sein d’un système défensif habilement mis en place.

            Il faut maintenant transformer les premiers succès en une véritable percée. Le 26 septembre, les préparatifs de l’attaque sur la passe d’Elkhotovo sont fébriles. Pas moins de 16 missions de reconnaissance sont menées pour étudier le dispositif ennemi et chercher une faille. Les rapports concluent à l’infaisabilité d’une attaque frontale. Il faut contourner le flanc est des Soviétiques en empruntant un itinéraire traversant des massifs boisés: le Mont Seko et la colline 703. Les Panzergrenadiere doivent alors en quelque sorte se muer en des Gebirgsjäger de substitution. Les SPW sont donc regroupés dans un parc de véhicules, à l’orée de la forêt. Dans la nuit du 3 octobre, après bien des difficultés et non sans avoir mené de terribles corps à corps, c’est le 66. Pz.Gren.Rgt qui parvient à conquérir Elkhotovo à la faveur d’une attaque surprise alors qu’une attaque frontale s’était soldée par la perte de 4 Panzer en dépit du soutien du 13. Panzer-Artillerie-Regiment qui expédia pas moins de1 500 obus sur la ville. La passe d’Elkhotovo, la porte du Caucase, est entre les mains de la Wehrmacht. Mais elle n’est pas en mesure d’exploiter ce succès.

Les Panzer: force de frappe des unités blindées, mais qui restent impotents sans leur infanterie d’accompagnement

            Le mois de septembre 1942 a donc été riche en situations fort variées. A côté du rôle habituel de soutien rapproché aux Panzer, les Panzergrenadiere ont franchi des cours d’eau en zone ennemie, mené des combats urbains, nettoyé des positions fortifiés truffées de bunkers, attaqué en zone montagneuse et mené un assaut en chargeant à bord des SPW. Les soldats motorisés allemands se trouvent tour à tour assaillants ou défenseurs. La polyvalence d’action des Panzergrenadiere n’auraient pu mieux être illustrée. Ces fantassins d’élite sont donc indispensables à la progression des Panzer. Pourtant, la Blitzkrieg se heurte au cauchemar logistique d’un front démesuré.   A 1 000 kilomètres de leurs camarades assaillants les ports soviétiques de la Mer Noire et 500 kilomètres de la fournaise de Stalingrad, la vaillance des Panzergrenadiere des 13. et 24. Panzer-Divisionen et de la SS « Wiking » ne suffira pas : si Maïkop tombe, Grozny et Bakou resteront hors de portée.

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