Panzergrenadiere! Témoignages tactiques sur tous les fronts

Panzergrenadiere : Témoignages

Generalmajor Rommel. 7. Panzer-Division, Dinant, 13 mai 1940 : franchir la un fleuve sous les tirs ennemis.

            Parvenu à Dinant après avoir traversé les Ardennes luxembourgeoise et belge, la vitesse prime pour Rommel : les fantassins de la 7. Panzer-Division franchissent l’obstacle majeur que constitue la Meuse à bord de canots pneumatiques tandis que les motocyclistes empruntent la passerelle d’un barrage imprudemment épargnée.

            « Le Fusilier-Regiment 6 était sur le point de passer en bateaux de caoutchouc sur l’autre rive ; mais il était arrêté par le feu très nourri d’artillerie et très gêné par le tirs d’armes portatives des troupes françaises établies dans les roches de la rive ouest.

            La situation, quand j’arrivai, n’avait donc rien de plaisant. Nos bateaux étaient détruits les uns après les autres par le feu flanquant des Français et la traversée ne s’effectuait plus. Les tireurs ennemis étaient si bien dissimulés que, même en les cherchant longuement à la jumelle, il était impossible de les découvrir. […] Je donnai donc l’ordre d’incendier plusieurs maisons dans la vallée afin d’obtenir la fumée qui nous faisait défaut.

            De minute en minute, le tir ennemi devenait plus gênant. Un de nos bateaux de caoutchouc, qui avait subi des avaries, dériva devant nos yeux ; un homme s’y cramponnait, grièvement blessé, hurlant au secours ; le malheureux était près de se noyer, mais nous ne pûmes rien faire pour lui : le tir ennemi était trop nourri.

            Pendant ce temps, le village de Grange, à 2 km de Houx et de la Meuse, à 5 km au nord-ouest de Dinant, sur la rive ouest, avait été pris par le Kradschützen-Bataillon 7 ; mais cette formation n’avait pas nettoyé la rive autant qu’elle aurait dû. […]

            Quand nous rejoignîmes le Fusilier-Regiment 6, ce régiment avait déjà réussi à faire passer une de ses compagnies sur la rive ouest ; mais le tir ennemi avait été si nourri que le matériel de traversée s’était trouvé réduit en miettes et que l’opération avait dû être suspendue. De nombreux blessés étaient soignés dans une maison proche du pont démoli. De même qu’au point de passage situé au nord, il était impossible de distinguer les ennemis qui nous empêchaient de franchir la Meuse et il n’y avait évidemment pas d’espoir de reprendre l’opération sans un soutien d’artillerie et de chars assez puissant pour contrebalancer efficacement les nids ennemis. […]

            Au barrage de Leffé, nous vîmes tout de suite la passerelle pour les piétons, que l’ennemi avait obstruée au moyen d’une plaque d’acier hérissée de pointes. Le feu avait cessé, pour l’instant, dans la vallée de la Meuse et nous nous dirigeâmes vers la droite, parmi des maisons, vers le lieu même de la traversée. Celle-ci était au point mort et les officiers semblaient démoralisés par les pertes que leurs hommes avaient éprouvées. Nous pouvions voir sur l’autre rive plusieurs des soldats de la compagnie qui avait déjà passé, dont beaucoup étaient blessés, ainsi que de nombreux bateaux endommagés, canots de caoutchouc, etc. Les officiers dirent que personne n’osait sortir du couvert, le tir ennemi s’abattant immédiatement sur celui qui se montrait. […]. Cependant, les chars que j’avais ordonné d’envoyer au point de traversée arrivèrent bientôt, suivis sans tarder de deux obusiers de campagne du bataillon Graseman. […]

            Sous la protection de ce tir, la traversée recommença peu à peu et nous commençâmes à établir un transbordeur à remorque, utilisant plusieurs grands pontons. » Rommel traverse alors lui-même la Meuse à bord d’un canot. Sa présence galvanise. Bien qu’encore dépourvus des armes lourdes restées sur la rive droite du fleuve, les Fusilliers parviennent à repousser quelques blindés français par le tir de leurs seules armes portatives.

Oberleutnant Heinz Werner Schmidt. 15. Panzer-Division, Sidi-Rezegh, 23 novembre 1941 : La charge sur des positions défensives adverses.

23 novembre 1941. La 8th Army tente de lever le siège de Tobrouk. Les combats décisifs ont lieu dans la cuvette de Sidi Rezegh. L’Afrika Korps épaulé par les Italiens entend balayer les positions sud-africaines et anglaises qui y sont établies en lançant ses régiments dans une véritable charge. La victoire est acquise, mais non sans de lourdes pertes…

« Notre régiment, le 115. Schützen-Regiment, devait attaquer à gauche du gros de nos blindés. Il était prévu que ceux-ci fonceraient à la rencontre des chars anglais, essaieraient de les détruire, puis s’élanceraient au milieu de leur dispositif pour tomber sur l’infanterie sud-africaine en profitant de la faiblesse de leur échelon « B » pour se frayer une voie.

            Nous passâmes à exécution, mais la manœuvre ne s’avéra pas si facile. Vers trois heures, nous déclenchâmes un tir de préparation. Nos éléments d’attaque se mirent en place. Devant nous, l’énorme concentration de chars de la 22nd Armoured Brigade semblait former comme une barricade. A sa droite, les antichars des Sud-Africains, les 25 pounders du 7th Artillery Group, et quelques obusiers de 4.5 pouces montaient la garde.

            Notre régiment motorisé prit sa formation de combat. Nos antichars se placèrent en tête. Nous notâmes avec soulagement qu’un certain nombre de nos Panzer étaient remontés à notre hauteur, sur notre flanc droit. « En avant ! ». L’ordre se transmit rapidement. Le colonel ouvrit la marche debout dans sa voiture découverte. Le commandant suivit, dans la sienne. A mon tour, je démarrai. Nous mîmes le cap droit sur les chars ennemis. Je tournai rapidement la tête. Derrière moi s’étalait à perte de vue un curieux éventail de matériels hétéroclites : transports de troupes blindés, voitures de toutes sortes, tracteurs à chenilles tirant leurs pièces d’artillerie, camions lourds bourrés de fantassins, éléments mobiles de défense antiaérienne. Dans le vacarme de tous ces moteurs, nous foncions vers la « barricade » ennemie.

            Du côté du front, le spectacle était fascinant : droit devant, la silhouette rigide du colonel ; tout près, à sa gauche, légèrement en arrière, la voiture du commandant. Les chars tiraient. Les obus passaient en sifflant. L’ennemi faisait donner tous ses 25 pounders et ses petits 2 pounders antichars. Nous chargions à un train d’enfer.

            La voiture du colonel fit une embardée et s’arrêta, touchée de plein fouet. Je passai comme l’éclair à sa hauteur. C’est à peine si j’eus le temps de le voir se redresser. Il pivota sur le côté et tomba de son véhicule comme un arbre qu’on abat. Le commandant roulait toujours devant moi.

            On distinguait déjà les positions d’infanterie ennemies. Un grand gaillard maigre courait vers l’arrière, en terrain découvert, comme balayé par le jet d’une lance à eau. Une rafale déchira l’air. Une balle traçante fila dans sa direction. Je la suivis des yeux. Dieu, qu’elle allait lentement ! Le grand gaillard s’écroula.

            Nous avions presque atteint le rideau des antichars et des blindés ennemis. Un frisson glacé me parcourut l’échine : une mécanique invisible étoilait mon pare-brise d’une multitude de petits trous ronds… Une mitrailleuse ! Mon chauffeur s’aplatit sur son volant.

            La voiture du commandant, à son tour, fit un brusque écart et versa sur le côté. Je restai seul en tête, dans cet enfer ; seul devant des canons vomissant le feu et la mort.

            Soudain il y eut une violente secousse, un bruit de ferraille, un sifflement, et mon véhicule s’arrêta mort. J’aperçus une tranchée à quelques pas. Je bondis m’y réfugier. Mon chauffeur voulut en faire autant ; il n’eut même pas le temps de plonger. Il se redressa d’un coup, tournoya sur lui-même, puis s’affaissa, inerte.

            Je me serrai contre notre Mère la Terre. Je me trouvais sûrement dans un avant-poste abandonné par les défenseurs de Sidi Rezegh. Je relevai prudemment la tête. Où diable était passée la horde de véhicules qui me serrait de si près ? Bon sang ! Elle s’était arrêtée ! Et mon chauffeur ? Vivait-il encore ? Hélas ! Non. Il était étendu tout près de là, mort !

            Oui, le grand éventail de nos véhicules était déployé derrière moi, immobile. La vue des officiers tombant les uns après les autres avait semé le doute parmi les personnels. Fallait-il continuer ? Fallait-il s’arrêter ? Après maintes hésitations, ils avaient décidé de marquer le pas. Heureusement, un jeune lieutenant était encore valide. Il les regroupa et leur ordonna de reprendre la progression. Cette initiative lui valut la Ritterkreuz »

Oberstleutnant Feig. 1. Panzer-Division, secteur de Kiev, automne 43 : Panzergrenadiere contre T 34

            La contre-attaque lancée par Manstein vers Jitomir constituera une des dernières grandes opérations menées par le brillant général. Parmi les unités à la pointe de l’assaut se trouve la 1. Panzer-Division, de retour sur le front de l’Est.

Une compagnie du II./ Panzergrenadier-Regiment 113  de l’Oberstleutnant Feig reprend le village de Kornin. Après ce premier succès, les hommes de Feig reçoivent l’ordre de se porter sur Gnilez. Les Panzergrenadiere forment un Kampfgruppe avec un bataillon d’artillerie et une section antichar, celle du Leutnant Kunz. Feig et Kunz mènent en personne une reconnaissance sur l’objectif. En fait, puisque Gnilez a déjà été traversée par d’autres formations de la 1. Panzer, les deux officiers ne semblent pas s’inquiéter outre-mesure. Survivant à l’attaque suicide d’un blessé soviétique, Feig dispose ses compagnies en hérisson dans la ville. La nuit, un T 34 apparemment isolé est prestement détruit par une équipe de « casseurs de chars » de la 7ème compagnie. Toutefois, la situation semble préoccupante : toute communication avec le régiment ou même le second bataillon de celui-ci a été perdue. Le lendemain, Feig réagit en décidant donc de sécuriser la route menant au PC régimentaire. Survient alors une nouvelle alarmante: 20 T 34 sont en vue, en marche depuis le Sud de Gnilez! Feig fait informer au plus tôt le Panzer-Regiment par radio. Soudain, alors que les Panzergrenadiere s’efforcent de consolider tant faire que peut leurs positions, les T 34, qui semblaient se diriger vers le PC de régiment, obliquent soudain vers Gnilez. Très vite, deux blindés sont mis en feu. Les autres engins répliquent de toutes leurs armes avant de se mettre à couvert dans une dépression du terrain. La pause ne sera que temporaire. Les T 34 continuent l’assaut mais très peu parviennent à briser l’anneau défensif de la localité et les quelques équipages téméraires ayant réussi à pénétrer dans la ville sont réduits au silence par la 8ème compagnie d’armes lourdes. Par ailleurs, le combat s’engage avec les fantassins soviétiques pris à partie par les MG 42. Les pertes sont lourdes de part et d’autres et, finalement, les Soviétiques doivent renoncer, laissant 14 carcasses de T 34 et de nombreux morts sur le terrain. Recevant l’ordre de capturer quelques prisonniers afin de glaner des renseignements sur l’adversaire, Feig est lui-même blessé alors qu’il se charge en personne de cette besogne.

Unteroffizier Rudolf Brasche. Panzer Lehr, secteur de Tilly-sur-Seulles, Normandie, juin 1944 : des Sherman pris dans une embuscade

            Dans le bocage et l’aviation alliée omniprésente, les Panzergrenadiere ne peuvent se déployer en formations largse avec les Panzer, mais ils peuvent mettre à profit le terrain pour la défense. c’est dans ces conditions que la Panzer Lehr affronte les Britannqiues pendant un mois dans le secteur de Tilly-sur-Seulles.

            Dans la nuit du 9 au 10 juin, la compagnie de Brasche, la 1./ Panzergrenadier-Regiment 901,  occupe le flanc gauche de la division, celle-ci étant étirée sur un secteur de défenses  de 17 kilomètres, notamment devant Tilly-sur-Seulles. La compagnie s’avance en direction de Balleroy, adoptant une formation en coin. La 3e section avance en empruntant une route, jusqu’à une haie, suivie de la 1ère section, puis, 100 mètres plus loin, la 4e section lourde, avec ses mortiers et ses mitrailleuses. L’Unteroffizier Brasche est un des servants d’une équipe de « casseurs de chars », dotée d’un Ofenrohr, un puissant Panzerschreck. La section fait halte à l’approche d’une route particulièrement boisée. Soudain, l’Obergefreiter Langemann s’écrie « Des tanks sur la gauche, Rudi! ». Brasche prend immédiatement position à l’abri. Le ronronnement caractéristique des  moteurs des Sherman ne tarde pas à se faire entendre. Martellant le sol avec le sol métallique du cliquettis des chenilles, le premier engin apparaît, puis deux, puis trois, puis quatre… Brasche s’enfonce dans le fossé à droite du défilé d’où vont émerger les monstres d’acier. Le premier engin est désormais très proche! Le Panzergrenadier le frappe à la tourelle avec son lance-roquette. Cette tourelle est volatilisée dans les airs et retombe avec fracas sur le deuxième Sherman tandis que le troisième ouvre déjà le feu, signalant le déclenchement d’un feu d’enfer danstout le secteur. « Suivez-moi! » hurle Brsche. Hannes Keck, Hill et Langemann le suivent avec d’autres roquettes. L’Unteroffizier entend bloquer toute la colonne adverse dans le défilé en frappant le dernier Sherman. Ils parviennent à localiser ce dernier par la lumière des coups de départs de ses tirs. Le Panzerschreck claque une nouvelle fois. Mouche! Frappé dans ses rateliers de munitions,  le Sherman s’embrase dans un tonnerre d’explosions. De son côté, les mortiers prennent à partie l’infanterie britannique, mais celle-ci est bien dispersée et s’abrite prestemment. S’avançant vers un autre tank, Brasche disperse des fantassins ennemis avec son MP 40 puis grimpe sur le Sherman, ouvre l’écoutille laissée imprudement non verrouillée et y jette un explosif. Camouflé sous la végétation de noisetiers, Brasche observe un autre Sherman à à peine 5 mètres de distance. Il décide de fixer quatre grenades ensembles et rampe vers le blindé, sous le couvert de ses camarades. Il parvient à placer ses grenades à l’arrière de la tourelle, fonce se mettre à couvert et observe bientôt un jet de flamme depuis le compartiment moteur du char. Les combats menés cette nuit-là par la 1./ Panzergrenadier-Regiment 901 de l’Oberleutnant Monz furent le baptême du feu de l’unité. Son entrée en lice a été fracassante. Le 11 juin, l’exploit de Brasche est cité à l’ordre du jour de la division.

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