Patton et la percée d’Avranches (3): la seconde nouvelle du 6 août

Le 6 août, en fin de journée, des rumeurs « provenant d’une source secrète » lui apprennent que les Allemands seraient sur le point de lancer plusieurs divisions de Panzer vers Avranches. Patton fait référence à l’interception d’une communication ennemie ainsi que les conclusions tirées par le major Helfers, officier de renseignements au QG de la 3e armée, des informations données par le système ULTRA qui assure le décodage les messages cryptés de la Wehrmacht. Patton, qui découvre alors le rôle de Helfers, se montre d’abord surpris qu’on le lui ait caché jusque-là. Il décide alors de procéder à des rapports réguliers sur les informations fournies par ULTRA en présence de quelques officiers dûment sélectionnés.[1]

Il n’est pas pour autant convaincu de l’importance de la contre-attaque. « Je crois que ce n’est qu’un bluff des Allemands pour couvrir un repli, mais j’ai stoppé la 80e DI, la 2e DB française et la 35e DI à proximité de Saint-Hilaire juste au cas où quelque chose surviendrait ».[2] La contre-attaque allemande, baptisée opération « Lüttich », a effectivement lieu dans la nuit du 6 au 7 août. La préparation de cette offensive de la dernière chance est le cadre de deux histoires apocryphes concernant des références à Patton faites par Hitler. Le Führer aurait d’abord fait remarquer que les Alliés tentent une opération de première envergure puisqu’ils la confient à Patton, leur meilleur général. Or, rien n’indique que les Allemands savaient à cette date (vers le 1er août) que Patton commandait la 3e armée. Le Führer aurait également commenté : « Regardez ce fou de général cow-boy, s’avançant au sud et en Bretagne le long d’une seule route et sur un pont unique avec une armée entière. Il ne se soucie pas des risques et se comporte comme s’il possédait le monde ! Cela paraît impossible ! ». Or aucun témoin ne se rappelle de tels propos, ce qui ne les infirme cependant pas pour autant.[3]

Avec les Panzer concentrés sur le flanc gauche du front allemand, les Alliés vont pouvoir mettre en œuvre l’idée finale d’un encerclement à l’ouest de Falaise et d’Argentan, avalisée par Eisenhower puis par Montgomery. Quoiqu’il en soit de l’origine de ces nouvelles directives, c’est l’avancée des forces de Patton qui permet aux stratèges de mettre au point des plans audacieux ou de tirer parti d’une éventualité qui n’avait été jusqu’alors au mieux qu’un vain espoir. C’est « une opportunité qui est n’est pas donnée à un commandant plus d’une fois par siècle. Nous sommes sur le point de détruire intégralement une armée ennemie » déclare péremptoirement Bradley.[4] Reste à savoir si ce dernier saura prendre les mesures adéquates…

[1] Spires, p 140

[2] The Patton Papers, p 503

[3] Yeide, p 251

[4] Bradley, A Soldier’s Story, p 375-376

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