Patton: L’affaire de Hammelburg

 PATTON ET L’AFFAIRE DE HAMMELBURG 

 

Le fameux raid de Hammelburg est passé sous silence dans la version française des Patton’s Papers ainsi que dans la biographie de Ladislas Farago.  On pourra lire le livre de Charles Whiting, 48 Hours to Hammelburg : Patton’s Secret Ghost. Deux articles intéressants dans les magazines français ces dernières années: celui de Stéphane Mantoux dans 2e Guerre Mondiale Magazine n°47 et celui de Luc Vangansbeke dans Batailles & Blindés N°77. L’épisode est piteusement traité dans La campagne du Rhin des médiocres et prétentieux Cédric Mas et Daniel Feldmann qui commettent une erreur basique (qui ne serait même pas celle d’un débutant) en affirmant que le raid vise à sauver le neveu de Patton (le neveu c’est Fred Ayer Jr, qui a d’ailleurs écrit un livre intéressant sur son oncle: Before the Colors Fade: Portrait of a Soldier) .

Voici donc les faits.

 

L’affaire de Hammelburg

Patton semble avoir le don de se placer dans une situation délicate au moment où il brille au zénith. Les Américains ont baptisé l’affaire « l’incident d’Hammelburg ». Début 1945, les Soviétiques font savoir qu’ils ont libéré le camp de détention pour officiers alliés de Szubin, en Pologne, mais ce camp a été évacué vers Hammelburg où il est donc maintenant hautement probable que John Waters, son gendre capturé en Tunisie, s’y trouve détenu. Patton écrira plus tard à sa soeur qu’il avait qu’au moins 900 officiers américains s’y trouvaient mais qu’il n’avait aucune certitude quant à la présence de Waters. Avec l’approche des Américains, on craint une nouvelle évacuation. Patton, outre l’envie bien légitime de secourir l’époux de sa fille, a aussi le souci d’une belle publicité pour lui-même : le libérateur des officiers alliés détenus par les Allemands ! Le mois précédent, en effet, la libération de plusieurs camps d’internement à Manille par MacArthur a très médiatisé.

Sa décision est donc prise. Le 25 mars, il écrit à sa femme : « J’espère lancer demain une expédition pour aller chercher John ». Il s’agit incontestablement de la décision la plus controversée de toute la carrière de Patton. Stiller, qui est à même d’identifier Waters, sera de l’équipée. Il semblerait que Patton aurait préféré un raid d’envergure mais qu’Eddy aurait opté pour la constitution d’une petite Task Force sous le commandement du capitaine Baum. L’ensemble regroupe 300 hommes et 60 véhicules, dont une vingtaine de chars. L’erreur majeure est de ne pas avoir impliquée l’aviation, qui maîtrise alors pleinement l’espace aérien.

L’avancée derrière les lignes allemandes est épique et, le 27 mars, c’est une force bien diminuée qui parvient au camp de prisonniers, en l’occurrence l’Oflag XIII-B. Waters est lui-même blessé pendant l’action. Patton en ressentira une peur rétrospective : il aurait pu être à l’origine de la mort de son gendre. John Eisenhower, le fils du commandant du SHAEF, constate lui-même le désarroi de Patton qui fond en larmes. La Task Force Baum est anéantie et les prisonniers qui n’ont pas été évacués vers Nuremberg (parmi lesquels Stiller…) ne sont libérés pour de bon que le 6 avril. Waters, resté à Hammelburg, est enfin libre. Le colonel Odom est dépêché sur place à bord d’un halftrack et rapatrie Waters en avion Piper Cub tandis que les autres blessés du camp devront encore patienter plusieurs jours pour bénéficier de soins médicaux.

Le fiasco est complet. Patton, de mauvaise foi, prétend que cette action ne constituait qu’un raid de diversion pour couvrir l’offensive de la 3e armée. Mentionnant le fait qu’il savait qu’un camp de prisonniers contenant au moins 900 Américains se trouvait à proximité, il déclare : « Je pensais ne pas pouvoir dormir pendant la nuit si je parvenais à 100 kilomètres et ne faisais aucune tentative pour m’emparer de cet endroit ». Il reprend l’explication d’une diversion dans son carnet en date du 4 avril : justification a posteriori pour sa conscience ou réalité des faits ? Il est difficile de trancher malgré ce qu’il avait écrit dans la lettre adressée à sa femme le 25 mars. On peut toutefois douter qu’il aurait risqué ce raid s’il n’avait pas estimé hautement probable que Waters se trouvait détenu à Hammelburg.

Bien qu’il exprime un mensonge éhonté en public, il reconnaît son erreur et admet que le raid aurait vraisemblablement réussi si l’intégralité d’un Combat Command avait été engagée, mais il en rejette la faute sur Bradley, qui était opposé à l’idée du raid. La gravité des faits ne saurait être contestée : Patton a sacrifié des vies américaines pour sauver son beau-fils alors même que la guerre arrive à son terme. Pis, cela ternit l’image qu’il donne habituellement d’un général soucieux de ses hommes. Certes, le raid a perturbé les arrières des Allemands par ailleurs guère en mesure de s’opposer à l’avancée de la 3e armée qui vient de franchir le Rhin.

Le 7 avril, il peut néanmoins envoyer une lettre rassurante à sa fille Beatrice après avoir vu Waters à l’hôpital de Francfort : « Je lui ai rendu visite à 11 heures et je l’ai trouvé venant juste de se raser. Il avait l’air maigre mais pas autant que je l’avais craint et il était parfaitement cohérent et il ne souffrait pas ». Lorsque son gendre lui demande s’il savait qu’il se trouvait à Hammelburg, Patton répond par la négative : il n’en avait aucune certitude. Patton est surpris du bon état d’esprit de son gendre : voilà un jeune soldat qui, au lieu de l’excitation du combat, « a perdu deux années de sa vie mais son moral est intact et il se porte bien ».

La rumeur n’est pourtant pas favorable à Patton. De façon fort opportune pour le Californien, un drame secoue l’Amérique à l’heure même de la victoire : le président Franklin Delano Roosevelt décède le 12 avril. La nouvelle fait la une de tous les quotidiens et retient toutes les attentions.

 

 

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