Peter Padfield, Dönitz et la guerre des U-Boote

Peter Padfield, Dönitz et la guerre des U-Boote, Collection Texto, Tallandier, 2017, 702 pages

Les livres sur l’amiral Dönitz, le « patron » des U-Boote pendant la Seconde Guerre mondiale puis successeur de Hitler à la tête d’un Reich, sont une rareté. Ne boudons pas notre chance de pouvoir en lire un en langue française, récemment republié dans la collection Texto des éditions Tallandier. L’ouvrage d’origine date des années 1980, mais le texte n’est pas pour autant désuet et dépassé (même si certains auteurs ou critiques ont l’habitude de déclarer « daté » tout ce qui a été fait avant eux ou qui se heurte à leur vision des choses). Etre le seul à proposer un texte sur un sujet n’est pas garant de qualité, mais cet écueil est surmonté par l’auteur, dont l’ouvrage, sérieux, ne glisse par ailleurs nullement dans l’apologie crasse ou la sympathie néo-nazie, un risque toujours présent sur ce genre de sujet. Si la partie consacrée à la jeunesse et à la Grande Guerre est relativement courte, le lecteur appréciera tout particulièrement la partie traitant de l’entre-deux-guerres. P. Padfield nous donne de nombreux éléments sur le réarmement de la flotte, le contexte stratégique, politique et économique, les discussions quant à l’emploi de la Kriegsmarine en cas de guerre, la grande inconnue pour les Allemands étant la posture qu’adoptera l’Angleterre (situation en grande partie due à l’aveuglement et à la naïveté de Hitler). Les pages portant sur la Seconde Guerre mondiale forment le gros de l’ouvrage, on n’en sera pas surpris. Si la plupart des événements relatés et des renseignements fournis sont bien connus des amateurs de la bataille de l’Atlantique, on appréciera la teneur des discussions au niveau du haut-commandement et des principaux responsables nazis Si le livre vaut d’être acheté, c’est surtout pour ses 150 dernières pages qui traitent de l’agonie du III. Reich puis de l’après-guerre, en particulier du procès de Nuremberg (des pages fort intéressantes), le déroulement de ce dernier ainsi que le quotidien des détenus pendant son déroulement puis, ensuite, dans la prison de Spandau sont très instructifs. Les conditions dans lesquelles Dönitz est devenu l’héritier de Hitler, le règlement du conflit ainsi que ses relations ambigües avec les caciques du pouvoir, à commencer par Himmler, nous obligent à réfléchir sur la personnalité du personnage. Ne méritait-il pas plus que les dix ans d’emprisonnement auxquelles il fut finalement condamné ? Sauf à l’heure de sa mort, force est de reconnaître que l’homme n’a jamais réellement admis avoir mal agi, ni avoir été l’instrument d’une cause démoniaque : le sens du devoir d’un ancien amiral persuadé qu’il aurait pu remporter la bataille de l’Atlantique semble avoir primé tout. Mais quel sens du devoir ? La neutralité n’existe pas en politique. L’homme n’attire guère de sympathie, mais il est nécessaire et intéressant de connaître son parcours. Cette biographie est très révélatrice de la façon dont les responsables nazis se sont dédouanés des crimes du système qu’ils ont servi sans état d’âme, ainsi que de la façon dont une partie de la population allemande, souvent des anciens combattants et compagnons d’armes, est resté fidèle et emplie d’admiration pour des individus tels que Karl Dönitz.

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