Raiders du désert (III)

Indian Long Range Squadron (ILRS)

En 1941, le haut-commandement britannique, à l’instigation notamment d’Ord Wingate, discute de la multiplication d’unités de raiders à l’image du LRDG afin d’opérer en Afrique, mais aussi en Syrie. La mise en place et l’entraînement de ces nouvelles unités doit être supervisée par Ralph Bagnold. En fait, en raison du manque d’hommes et d’équipement, mais aussi car le sentiment d’alors est que les Allemands seront bientôt chassés d’Afrique. Finalement, on ne crée que le seul ILRS. L’ILRS, comprenant quatre patrouilles, est mis sur pied dans l’optique de mener des opérations similaires au LRDG mais en Iran et en Irak, au cas où la Wehrmacht y parviendrait. L’idée de créer l’ILRS vient d’un certain Captain McCoy, de la 9th Army, qui en prendra le commandement. Le personnel de l’ILRS provient de la 3rd Indian Motor Brigade, composante de la 31st Indian Armoured Division. Les hommes sont en majorité des Indiens. A la date de sa création, l’ILRS compte 7 officiers britanniques, 9 sous-officiers et soldats britanniques et 85 Indiens, dont 3 officiers. Abandonnant ses véhicules de reconnaissance, les raiders, à l’instar de leurs camarades du LRDG, sont dotés de Chevrolet et de jeeps, au nombre de 35. Après avoir mené des patrouilles au Moyen-Orient, l’unité est envoyée en Egypte. L’ILRS, bien que formé par le LRDG et ayant accomplit des missions de concert avec celui-ci, n’est pas une composante du LRDG. Alors que son unité est encore en Syrie, un soldat de l’ILRS participe à une opération de la patrouille Y2 du Captain Lloyd-Owen lancée depuis Siwa vers la Tripolitaine centrale le 24 décembre 1941. C’est le 11 mai 1942 que les deux premières patrouilles de l’ILRS arrivent de Syrie. La 1st Indian Patrol est composée de Jats, la 2nd de Musulmans. Elles sont commandées par le Captain Rand et le Lieutenant Nangle. Pour s’acclimater, elles effectuent un petit trajet entre Siwa et le Trigh el Abd. Les 3rd Indian Patrol (Rajputs) et 4th Indian Patrol (Sikhs) entrent en lice plus tard, en octobre 1942.

Le 30 mai 1942, la 1st Indian Patrol quitte Siwa dans l’intention de déposer le Lieutenant Losco et des soldats de l’ISLD dans le Djebel Akhdar et de ramener le Captain Melot du G(R). Avec l’approbation de ce dernier, la voie ferrée Barce-Benghasi sera minée. La patrouille ne parvient pas à trouver Melot au lieu de rendez-vous mais sa position est indiquée par deux de ses Arabes. Le 7 juin, la voie ferrée est minée avec de la gélignite. Le 9, la patrouille est à Siwa, après avoir été pris en chasse par cinq véhicules qu’elle est parvenue à semer.

Du 11 au 18 juin 1942, la 2nd Indian Patrol (lieutenant Nangle) est en position d’embuscade entre Jalo et Jrabub mais aucun convoi ne se présente.

Le 30 octobre 1942, la 3rd Indian Patrol du capitaine Rand quitte Koufra avec pour mission de ramener le Major Chapman et un petit groupe du service de renseignements. Le rendez-vous est fixé à Regima, à proximité de l’escarpement de Benghasi. Les conducteurs indiens sont toutefois encore inexpérimentés et le temps perdu dans la Grande Mer de Sable contraint Rand à renoncer. Toutefois, le 11 novembre lors du voyage de retour, au nord de la Grande Mer de Sable, la patrouille est attirée par un bruit de véhicules et découvre une procession ininterrompue de véhicules sur la piste qui relie les oasis de Jalo et de Jarabub. Le 13, mission lui est confiée de partir en reconnaissance à Jarabub et Siwa. Il est alors avéré que l’ennemi a abandonné les deux oasis. Pendant ce temps, la 2nd Indian Patrol, commandée par la Captain Birdwood, part chercher Chapman et ramène deux prisonniers évadés.

Le 1er décembre, la 4th Indian patrol du Lieutenant Nagle accompagne la patrouille Y1 dans un raid contre un érodrome à Hon. La pluie et le terrain, très mauvais pour les véhicules, empêchent les deux patrouilles d’atteindre leur objectif. Ce même 1er décembre, la 1st Indian Patrol du Captain Cantlay (5 Britanniques, 11 Indiens et 5 véhicules) quitte à son tour Koufra. Mission : assurer la surveillance de la route entre El Agheila et Sirte. Toutefois, le 6 décembre, les ordres sont changés en raison des pertes essuyées par la patrouille G1. Il s’agit maintenant d’aller lui prêter main forte. En raison du mauvais temps, Cantlay éprouve des difficultés à localiser le campement de la patrouille G1 mais la jonction est finalement établie. Alors que les eux patrouilles se mettent en route vers Koufra, elles sont réorientées vers Zella, où elles parviennent le 20 décembre. Les Indiens procèdent ensuite à la destruction d’un champ de mines sur la piste de Marada.

Le 24 décembre, la 4th Indian Patrol, alors basée à Zella, reçoit pour mission de repartir vers Hon, mais aussi Uaddan, afin d’établir si l’ennemi a abandonné les deux localités et, dans le cas contraire d’évaluer sa force et ses intentions. Le 25, en début de matinée, on ouvre le feu sur la patrouille. Celle-ci se met en ligne et commence à manoeuvrer mais s’enlise dans le sable mou. Tandis que la moitié des Indiens attaque à pied, le reste des hommes se démènent pour dégager les véhicules. L’ennemi saisit alors l’occasion pour se replier à bord de ses quatre camions. Le lendemain, deux Arabes qui accompagnent la patrouille doivent s’infiltrer à Uaddan mais, démoralisés par le combat de la veille, ils refusent. Finalement, le 2 janvier, la patrouille constate l’abandon de Uaddan, puis de Hon.

Une semaine après la 4th, la 2nd Indian Patrol (captain Birdwood) quitte à son tour Zella avec pour mission de s’attaquer à tout véhicule ennemi sur la route Brach-Mizda-Tripoli. Brach est alors entre les mains des FFL de Leclerc, lequel a été rejoint à Esc-Sciuref par la 1st Indian Patrol qui accompagne ensuite les Français jusqu’à Nalut, atteint le 21 février. Le 4 janvier, Birdwood est prêt à passer à l’action. Le 6, un convoi de 30 camions escorté par deux blindés est repéré. Les raiders laissent passer 15 camions puis se mettent en route, en ligne, et remontent la colonne adverse après avoir ouvert le e feu à une distance de 300 mètres. De nombreux fantassins sautent alors des camions et répliquent aux tirs des Indiens. la patrouille est alors contrainte au repli mais reste dans le secteur encore cinq jours. Le 8, elle reçoit l’ordre de déminer la route où elle vient de poser ses mines car les Français sont annoncés. Le 11 janvier, une petite colonne formée de deux autos-blindées, l’une d’entre-elles arborant un drapeau français, et six camions remplis de soldats, apparaissent, faisant mouvement vers le nord. La patrouille de l’ILRS se trouve alors en excellente position d’embuscade. Son signal de reconnaissance ne reçoit pas de réponse. La colonne continue à avancer avant de stopper tandis que la patrouille se replie sans être vue. Les automitrailleuses ouvrent alors le feu sur la colline où étaient les Indiens qui répliquent à bord de leurs cinq camions. Une course poursuite s’engage ensuite sur environ 9 kilomètre. Birdwood apprendra ensuite que les Français qui devaient emprunter la route ont en fait pris un autre chemin et que sa patrouille a donc dû affronter des Italiens.

Le 21 janvier 1943, la 3rd Indian Patrol (Captain Rand) quitte Hon pour une mission de repérage topographique dans le sud tunisien. Elle doit trouver un passage à l’est du Grand Erg Oriental. Le 22 janvier, elle se trouve avec la patrouille R1 à Esc Sciuref puis campe dans le secteur d’Allagh dans la nuit du 24 au 25. La patrouille se heurte ensuite à une ceinture de dunes qui, bien qu’aisément franchie par les jeeps, cause des difficultés aux Chevrolets 30-cwt. Rand fait le plein de carburant au « Wilder’sDump ». Les jours suivants, la patrouille se rapproche de l’Erg, mais le terrain est mauvais. Rand, ayant établi une base, est parti avec une jeep et deux Chevrolet quand il reçoit alors l’ordre de partir à la recherche de la patrouille T2 dont on est alors sans nouvelles depuis le 27 janvier, date à laquelle celle-ci a subi une attaque aérienne. Rand parvient à localiser les épaves des véhicules de la patrouille T2 sur lesquels il trouve deux notes, l’une d’elles mettant en garde contre les espions arabes. Rand rentre alors à sa base le 5 février où il retrouve les 2nd puis 4th Indian Patrols. A Tripoli, Rand fait son rapport au général Freyberg et lui annonce que, bien que n’ayant pu patrouiller au nord de la zone, il peut, pour la partie qu’il a parcourue, recommander un passage contournant la ligne Mareth. Les 2nd et 4th Indian Patrols effectuent également des reconnaissances topographiques, notamment dans le Djebel Tebaga. Les deux patrouilles ont dû chacune abandonner un camion pour ennuis mécaniques. La reconnaissance du secteur est alors menée par une patrouille composite formée de 4 jeeps et de 4 Chevrolets. Deux bases dotées chacune de deux Chevrolet sont établies afin de se prémunir d’un désastre comme celui qui vient de survenir dans le même secteur à la patrouille T2 qui y a perdu tous ses engins sous les coups d’une attaque aérienne. La mission est terminée le 10 février. Si elle rapporte que le Djebel Tebaga est infranchissable, elle permet d’établir en revanche qu’un passage existe au sud.

Début mars, l’ILRS est déplacé de Hon vers la frontière tunisienne où il mène notamment des patrouilles de sécurité pour des aérodromes ou des reconnaissances pour établir des routes. Le 3 avril 1943, il rentre en Egypte. Le bilan est mitigé. Certes, l’ILRS est engagé tardivement et les missions sont en général remplies, mais les patrouilles participent peu aux missions d’observation de la route ni aux attaques d’aérodromes, parmi les plus réussies au LRDG. En revanche, sa contribution dans le cadre des reconnaissances topographique est indéniable, notamment à l’ouest de la ligne Mareth, vers Tebaga.

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