Recension Bir Hakeim, Jacques Mordal : en finir avec un mythe

Bir Hakeim, Jacques Mordal, Editions Laville, 2011

Ce petit livre du talentueux Jacques Mordal, alias Hervé Cras, bien écrit, est d’une lecture plaisante comme tous ses ouvrages. Le récit replace admirablement la défense des FFL dans le contexte de la bataille de Gazala et, plus largement, de la guerre en Méditerranée. Il pèche néanmoins par quelques imprécisions historiques. Ainsi Geoffey Keyes, rendu célèbre par son raid à Beda Littoria pour assassiner Rommel, est présenté comme étant un membre du LRDG, ce qu’il n’est pas puisqu’il appartient au Middle East Commando. Le compte-rendu des combats est suffisamment complet et renseigné pour en faire un livre digne de toute bibliothèque consacrée à la Seconde Guerre mondiale. Pour un récit plus vivant et plus détaillé, on préférera cependant le livre d’Erwan Bergot. François Broche et Dominique Lormier ont entre autres également fourni leur version de ce grand événement pour la France Combattante, à tel point qu’on se demande si, en France, la guerre du désert ne se limite pas à ce combat, que j’ai replacé dans ses justes proportions dans mon livre Afrikakorps. L’armée de Rommel. On est pourtant en droit de se demander en quoi la multiplication d’ouvrages apporte quoi que ce soit de neuf sur le sujet, sauf peut-être sur le plan iconographique. En effet, tous ces auteurs ont pour point commun de rappeler avec insistance une contre-vérité historique, à savoir que la résistance prolongée de Bir Hacheim a permis le rétablissement britannique sur El Alamein. Une assertion ridicule et sans fondements. Tous les faits, du déroulement de la bataille de Gazala (pendant les combats de Bir Hacheim qui n’en sont qu’une partie et où ne sont engagés en fait que très peu d’éléments de l’Afrika-Korps) à l’affrontement de Mersa Matrouh et à la mise en place de la ligne de défense d’Alamein militent contre cette thèse bien présomptueuse, sans parler de l’état de faiblesse dans laquelle se trouve la Panzerarmee à son entrée en Egypte. Outre-Manche, où on s’intéresse bien plus à la guerre du désert que dans l’Hexagone, il n’y a guère qu’un Churchill soucieux de multiplier les hommages à visées politiques pour adhérer à une conclusion aussi farfelue. Cette falsification de l’Histoire à laquelle adhère J.Mordal perdure sans ajouter une gloire nécessaire au sacrifice consenti par les FFL. Les Français de Koenig, qui ont rempli leur mission au-delà des prévisions, ont en effet indubitablement mené avec brio un combat dont le retentissement mondial suffit à la pérennité de l’exploit. C’est d’ailleurs non sans une certaine fierté rétrospective qu’on peut, avec Jacques Mordal, lire cette page glorieuse de l’histoire de notre armée.

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