Recension de « La Guerre du Pacifique a commencé en Indochine. 1940-1941 » de Franck Michelin

Franck Michelin, La Guerre du Pacifique a commencé en Indochine. 1940-1941, Passés/Composés, 318 pages

La Guerre du Pacifique, ou plutôt d’Asie-Pacifique, est la grande oubliée de la Seconde Guerre mondiale, particulièrement de ce côté-ci de l’Atlantique. L’historiographie française s’en fait l’écho, même si la belle synthèse de Nicolas Bernard est venue combler un vide. Franck Michelin signe ici une oeuvre magistrale sur ce sujet trop méconnu, fruit de ses recherches car tirée de sa thèse de doctorat. Fort heureusement, son style n’est pas celui, abrupt et académique, de trop de livres qui ne sont que des résumés de thèses.

L’auteur a fait véritablement oeuvre d’historien et a su découvrir des trésors au sein des archives japonaises. Si j’ai beaucoup lu sur cette guerre du Pacifique qui me passionne, mais surtout sur le plan militaire, j’ai également beaucoup appris avec ce livre. Franck Michelin nous démontre avec des arguments pertinents et dûment vérifiés que la guerre du Pacifique a en effet commencé en Indochine. Loin de convoiter cette colonie française dans l’optique de la guerre alors menée contre la Chine, l’Empire du Soleil Levant se prépare ainsi à une nouvelle poussée, en direction du sud. L’affaire des tensions Indochine/Thaïlande est éclairante à ce propos.

L’auteur aborde bien des points passionnants. On redécouvre les tensions entre l’armée et la marine japonaise et on est stupéfait de constater la liberté que prennent les généraux nippons engagés dans le sud chinois pour franchir la frontière du Tonkin. Les dilemmes de Catroux et de Decoux vis-à-vis des exigences japonaises, alors même que la métropole est occupée, sont bien mis en valeur, de même que leurs appels à l’Amérique, dont l’implacable neutralité scelle le sort de l’Indochine. On comprend aussi combien les initiatives japonaises, visant pourtant à éviter une rupture les Etats-Unis, ne font que pousser ces derniers à l’intransigeance.

Les pages les plus passionnantes concernent les relations entretenues par le Japon avec l’Allemagne et l’URSS, ainsi une toutes les discussions d’ordre stratégique (cf l’activité du ministre des affaires étrangères Matsuoka). Le rôle de l’empereur Hiro-Hito est également très bien mis en exergue. Quant à Konoe, il n’a rien du dirigeant opposé à la guerre qu’on a pu jadis imaginer en le comparant à Tôjô Hideki.

Les accords Darlan-Katô ne font que davantage plonger l’Indochine dans l’escarcelle nipponne, l’Empire du Soleil Levant ayant déjà fait la mainmise sur l’économie locale. Le cas de l’Indochine française est exceptionnel: alors que les Japonais clament haut et fort qu’ils se battent pour rendre l’Asie aux Asiatiques, la colonie française est la seule qui demeure au pouvoir des Européens, de surcroît avec un semblant d’autonomie. En fait, le Japon, sème les graines de la décolonisation de l’Indochine, et favorise le mouvement de Hô Chi Minh en 1945.

Je n’arrive pas à admettre qu’un passionné de la Seconde Guerre mondiale puisse mettre la guerre du Pacifique de côté: il ne peut tout simplement pas faire l’économie de la connaître et de la comprendre. Je laisse au lecteur la découverte des éléments apportés par Franck Michelin. Je recommande son ouvrage.

 

 

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