Recension de « Le Monde comme le voyaient les Grecs » de Danielle Jouanna

Danielle Jouanna, Le Monde comme le voyaient les Grecs, Les Belles Lettres, 2018, 299 pages

Après Un petit monde. Les réseaux grecs de l’Antiquité (recensé ici), Les Belles Lettres me procurent de belles soirées ces derniers temps. Ma lecture de chevet de ces dernières semaines et un véritable régal : le meilleur livre que j’ai lu sur l’Histoire ancienne cette année. Danielle Jouanna écrit bien et elle aborde un thème qui m’est cher : celui des représentations (j’insiste toujours auprès de mes élèves pour qu’ils essayent de se mettre dans l’état d’esprit des hommes de l’Antiquité, afin de mieux les comprendre), d’autant que ce sujet concerne également la mythologie, la science et les explorateurs, car il s’agit de la vision du monde par les anciens grecs. L’auteure a la justesse de découper son livre en plusieurs périodes, car l’image du monde varie avec les siècles. Par ailleurs, le distinguo touche également (en partie) les différences de perception entre les scientifiques (au sens large car cela inclut philosophes, géographes…) et la population, qu’elle soit issue de l’élite lettrée ou non. On y a apprend beaucoup, parfois avec quelques surprises (l’idée que la terre est qu’une sphère, qu’il existe d’autres continentes, inaccessibles, et que notre monde ne représente que la moitié de l’hémisphère nord!). Le livre se lit bien car le style est agréable, sans les lourdeurs du vocabulaire académique (souvent pompeux à dessein), qui rendent bien des ouvrages universitaires imbuvables. Les exemples sont pertinents et permettent également de mettre en valeur des auteurs ou des explorateurs méconnus, au-delà des Homère, Strabon et autres Pythéas. L’impact des conquêtes d’Alexandre, l’évolution de la cartographie, de la connaissance des terres éloignée du monde grec de l’époque mycénienne, l’évolution selon les périodes… rien n’est oublié et tout est rendu de façon limpide. La place des dieux, de la mythologie et du merveilleux n’est pas oublié dans ce qui semble être un ouvrage seulement scientifique : il en allait en effet ainsi dans l’Antiquité. L’ouvrage se divise en trois grandes parties : jusqu’à Homère ; d’Homère à Alexandre ; l’époque hellénistique. Ces parties se subdivisent en chapitres, qui se déclinent ensuite en de nombreuses entrées, variées et passionnantes : citons simplement, à titre d’exemples, « les certitudes des Grecs pré-homériques », « L’omniprésence des dieux dans le monde des humains » ou « Héraclès et Jason » dans la partie I ; « Du macrocosme au microcosme : les biologistes du Ve siècle », « L’image des terres du Nord » et « Le dessin de la terre entière » dans les chapitres de la partie II ; « La Terre dans l’univers », « rêveries philosophiques » et « Le désir d’histoires merveilleuses » pour la partie III. Ce ne sont que quelques-unes des entrées à l’intérieur des chapitres (ces derniers sont au nombre de 3 ou 4 par partie), qui embrassent le sujet dans toute sa largeur. Au final, un livre remarquable sur un thème que j’attendais depuis des années, que j’ai lu avec passion. Un seul mot : bravo ! Je le recommande vivement.

 

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