Recension de « Le Siècle des Dictateurs », ouvrage collectif, Perrin, 2019

Collectif (sous la direction d’Olivier Guez) , Le Siècle des Dictateurs, Perrin, 2019

Les dictateurs fascinent. Un paradoxe qui n’est qu’apparent. L’ouvrage coordonné par Olivier Guez est une très grande réussite. Il a le mérite de nous offrir un panel intéressant de dictateurs, ceux du 20e siècle, justement appelé « le siècle des dictateurs », et qui fût également celui des totalitarisme (ce qui n’est du tout la même chose). On y croise les inévitables Hitler, Staline et autres Mao, évidemment. On apprécie beaucoup que l’étude nous fasse découvrir le parcours moins souvent évoqué d’individus tels que Honnecker, Mobutu, Pinochet ou encore Khomeini (et d’autres), mais aussi des contemporains qui sévissaient encore au 21e siècle, tels que Khadafi et Sadam Hussein.   Olivier Guez a eu la bonne idée d’ajouter Pétain à la liste, liste certes loin d’être exhaustive, mais il faut bien procéder à des choix.Au final, on reste toujours abasourdi devant l’admiration que ces criminels ont pu susciter (intellectuels maoïstes et autres néo-nazis…).

Ces destins fort variés ont le mérite de nous présenter toutes sortes de circonstances qui ont conduit de tels individus à s’emparer du pouvoir, ainsi que leurs manières de procéder en tant que dirigeants. Un des points forts du livre réside dans le fait que le chapitres sont suffisamment concis pour être lus rapidement, et en même temps suffisamment denses pour nous fournir l’essentiel à retenir sur chaque personnage (avec quelques anecdotes et éléments de leur personnalité bienvenus), étant entendu que chaque auteur nous fournit une multitude de détails et parvient à nous captiver.

Olivier Guez a en effet convié une équipe de spécialistes, très bien au fait de leurs sujets, à la plume le plus souvent agréable (hormis le style l’un seul d’entre-eux, dont la répétition de sorte de jeux de mots et envolées « lyriques » agacent rapidement…: ce n’est pas ce qu’on attend en Histoire. Au moins, le contenu du propos est intéressant, c’est l’essentiel). Globalement, les textes sont remarquables (toutefois, oser écrire que le nazisme ne devient totalitaire qu’avec « Barbarossa » est, à mes yeux, une absurdité et un non-sens historique…) et toujours très bien documentés (le lecteur trouve des indications bibliographiques s’il désire approfondir).

S’il faut esquisser une critique, on regrette seulement l’absence d’un grand chapitre final qui tirerait des conclusions, esquisserait des comparaisons ou des typologies, expliquerait l’avènement des dictatures (mais ce serait plutôt le propos d’un autre livre à part entière).  Car ces hommes sont arrivés au pouvoir selon des circonstances fort diverses, légalement ou non (voire par « héritage »). Quid de leurs idéologies (fascistes, communistes, réactionnaires/conservateurs, etc), de leurs systèmes (totalitaires ou non), de leurs pouvoirs et de leurs fonctions (militaires ou non), etc? Dommage qu’il n’y ait aucune mise en perspective, ni de véritable réflexion sur la fragilité des démocraties, ainsi que sur la difficulté de les mettre en place, puis de les faire perdurer (à une époque où tant de citoyens désertent les bureaux de vote ou sont attirés par les sirènes des extrémismes…: c’est sans doute l’enseignant qui parle en moi…).

Une belle étude et un très bon livre, que j’ai vraiment apprécié, passionnant et facile à lire (dans l’ordre souhaité par chaque lecteur, au gré de ses centres d’intérêt ou de l’humeur du jour), vers lequel il est aisé de revenir lorsqu’on recherche un élément sur un des dictateurs étudiés. Un livre qui fera référence, sans nul doute.

 

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