Recension de « Naissance de la Grèce: De Minos à Solon, 3 200 à 510 avant notre ère »

Brigitte le Guen (sous la direction) Naissance de la Grèce: De Minos à Solon, 3 200 à 510 avant notre ère, Belin, 2019, 686 pages

Quel bonheur de lecture! Sous la direction de Brigitte Le Guen, Maria Cecilia d’Ercome et Julien Zurbach. Parmi les abordées, la période archaïque, sur laquelle je m’étais spécialisé à l’université sous la direction de Françoise Ruzé. Nous avons là un très bel ouvragent fruit d’un grand travail.

Un texte grand public? Je le craignais. En fait, le propos, abordable pour le néophyte, est tout aussi passionnant pour le passionné éclairé et averti et nullement de niveau médiocre, ni un ouvrage qui ne serait qu’une mise bout à bout de poncifs éculés sur la Grèce antique.Les chapitres (pas moins de 18) fourmillent d’une multitude d’informations bénéficiant des acquis de la recherche la plus récente.

Cette étude embrasse avec brio près de 3 millénaires. Point d’affirmation péremptoire dans ce texte, pas plus que d’hypothèse qui ne soit étayée solidement avec des arguments réfléchis. Les possibilités sont clairement formulées, de même que l’évolution historiographique des concepts étudiés.

L’iconographie est abondante et de qualité, puisées aux meilleurs musées et sites les plus emblématiques, et légendée avec soin. Les cartes sont superbes. Les encadrés, très nombreux, permettent de détailler une ouvre d’art, un site ou un texte, ou encore d’approfondir ou d’éclaircir des points abordés dans le chapitre, avec un système de renvoi fonctionnel (aucun encadré n’arrive sans que la relation avec le texte qui l’entoure ne soit évidente).

Les données premiers chapitres se résument essentiellement à celles fournies par l’archéologie, ce qui multiplie les conjectures. Fort heureusement, les auteurs écrivent bien et les pages consacrées à la civilisation minoenne constituent une entame indispensable et bien menée au sujet. Un de grands intérêt de ces pages est la mise en évidence des acquis les plus récents sur les mondes minoens et mycéniens. On suit ensuite avec bonheur la description du monde grec de l’époque mycénienne, des âges obscurs, puis de la période archaïque.

Les auteurs nous épargnent une histoire événementielle qui ne serait nullement un travail novateur. Tout au long du livre, ils embrassent un large spectre d’éléments propres à toute civilisation: la vie quotidiennes, les croyances, le logis, le mode de gouvernement, le commerce, l’art, la guerre, les relations avec les autres peuples, etc. Il suffit de citer quelques titres de chapitres pour illustrer le large spectre couvert par ce livre: « Les sociétés grecques vues par leurs poètes », « La guerre est toujours! », « Les Grecs et leurs voisins », « Les nouveaux espaces civiques et religieux », « L’Epire et la Macédoine: deux mondes grecs? », « La voie spartiate »…

Un détail m’a semblé erroné: un auteur évoque des javelots pour les hoplites, et non des lances, ainsi que l’idée que les guerriers en phalange ne courent pas avants le choc (la marche au pas ne semble pourtant être qu’une patraque purement spartiate)… Deux points qui me laissent dubitatifs car en désaccord avec tout ce qui est admis sur le sujet.

Au final, nous avons là un superbe ouvrage qui me donne envie de découvrir les autres titres de la collection, que j’ai négligé faute de penser lire des banalités sur des thèmes que je connais bien. Il n’en est rien: nous avons là un ouvrage majeur. De grands moments de bonheur pour le passionné de la civilisation grecque que je suis… Je n’étais pas pressé d’arriver à la dernière page! Je le recommande vivement.

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