Recension de « S’adapter pour vaincre. Comment les armées évoluent » de Michel Goya

 

Michel Goya, S’adapter pour vaincre. Comment les armées évoluent, Perrin, 2019, 427 pages 

Michel Goya nous propose une étude passionnante sur la façon dont les armées s’adaptent à l’évolution de l’art de la guerre et aux conditions de combat, et ce en dépit de multiples obstacles de natures fort variées, qu’ils soient budgétaires, doctrinaux ou encore incompréhension de la forme de guerre à laquelle elles sont confrontées, etc. Les armées, en particulier les hauts-commandemenst, ont parfois la réputation d’être conservatrices, lentes à accepter les évolutions, l’armée française ayant eu notamment la réputation d’être toujours en « retard d’une guerre ». Qu’en est-il en réalité? Quand l’innovation devient-elle nécessaire? C’est à ces questions, et à bien d’autres, que répond l’auteur à travers quelques études bien choisies pour leur exemplarité et leur absence de redondance. Le propos est en effet fort varié, nous emmenant de l’armée prussienne de l’époque révolutionnaire (une superbe entame qui donne envie de lire tout le livre…) à l’US Army contemporaine. Il est aussi bien question de guerre aérienne, avec l’épineuse question du bombardement stratégique durant la Seconde Guerre mondiale, que de guerre navale avec un très intéressant texte consacrée à l’évolution de la Royal Navy (un choix évident pour évoquer la guerre sur mer, et qui explique clairement un certain déclin), ou encore de l’arme atomique (un chapitre édifiant et particulièrement instructif: la façon dont on a imaginé utiliser cette arme qui n’a cessé d’évoluer est loin d’être restée immuable). L’armée française est mise à l’honneur à travers deux chapitres traitant d’une adaptation aux circonstances dans deux situations extrêmement différentes: la Grande Guerre (un superbe passage qui réhabilite, arguments à l’appui, notre armée en 1918, et qui revient sur bien des idées reçues, notamment sur l’adaptation de l’armée dès 1914) et la guerre d’Algérie. Faire évoluer une armée n’est pas si simple, surtout lorsqu’on sort vainqueur d’une guerre et que les surplus sont abondants, alors que les crédits baissent, ou bien quand les militaires ne comprennent pas que la nature de la nouvelle guerre à laquelle ils auront éventuellement à faire face sera toute autre que la précédente. J’ai particulièrement apprécié la façon dont la Prusse a réagi aux défaites de 1806 face à Napoléon, ainsi que la réaction de l’armée française dès 1914. La plume de Michel Goya est toujours aussi limpide et le propos documenté et passionnant. Un très beau moment de lecture, jamais ennuyeux. On apprend beaucoup. Un ouvrage fortement recommandé à tous les passionnés de la « chose » militaire.

 

 

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