Recension de « Till Victory » de Clément Horvath, Ouest-France, 2018

Clément Horvath, Till Victory, Ouest-France, 2018, 374 pages

Un bel ouvrage, fruit d’un travail intense et de longue haleine de la part d’un passionné. Le projet est ambitieux : traiter de l’intégralité de la Seconde Guerre mondiale en partant des lettres de soldats, ce qui a supposé un immense travail de recherches, de traduction, mais aussi de prises den contact de la part de l’auteur. Il ne s’agit pourtant pas ici d’une simple compilation d’extraits de lettres, comme dans d’autres ouvrages, ni même de témoignages. Non, Clément Horvath entend replacer chaque parcours dans l’écrin plus vaste du conflit : les récits sont effet contextualisés et accompagnés d’explications. Le lecteur qui serait un néophyte, ou à tout le moins peu au fait des événements survenus au cours de certaines campagnes, n’est donc pas perdu. Les paroles des combattants et de leurs familles sont pourtant au cœur du récit et ils en font toute la richesse. Il y a donc deux ouvrages en un : un récit de l’intégralité de la guerre et une présentation de lettres de protagonistes de cette conflagration planétaire qui permet d’appréhender le quotidien de ceux qui l’ont vécue. Le procédé est même très enrichissant, même pour un connaisseur de la période. Il reste que bien des témoignages sont poignants, car leurs auteurs sont morts à la guerre, leurs espérances de bonheur qui noircissent les pages de leurs lettres brisées par la cruauté de la guerre.  Le livre n’est pas seulement un texte conséquent (374 pages), il est aussi agrémenté de nombreuses photographies, dont celles des auteurs des lettres citées qui servent de fil directeur au récit. L’auteur étant par ailleurs collectionneur, de nombreuses scènes de reconstitution nous permettent de découvrir tout un panel riche et varié de papiers et décorations diverses, d’objets, d’uniformes et d’équipements, des pièces parfois rarissimes, toujours en accord avec le texte dans lequel figurent ces illustrations. L’auteur n’est pas un historien, ce qui n’enlève en rien la qualité du travail (indéniablement conséquent).

Passionné par la Seconde Guerre mondiale, il est des fronts dont il semble moins maîtriser les événements que d’autres. Non, la campagne de Pologne n’est pas un affrontement entre des cavaliers et des Panzer  pas plus que les paras allemands ne sont pas engagés comme tels en Pologne (leur 1er saut opérationnel survient en Norvège en avril 1940); non, il n’y a pas de Tiger à Kasserine le 19 février 1942 (ils ne dépassent pas Sidi-bou-Zid le 14 février, avant qu’Arnim frustre Rommel de l’emploi de ces monstres d’acier) ; la 8th Army ne compte pas d’Australiens ni en Tunisie, ni en Italie (la dernière unité, la 9th Australian ID, finit son parcours méditerranéen à El Alamein) ; non, le combat héroïque de Bir Hacheim n’a en rien permis le rétablissement à El Alamein (un mythe à bannir et perpétué par les seuls anciens FFL et les historiens peu intéressés par la guerre du désert: il suffit pourtant de se pencher sur le déroulement de la campagne pour le comprendre) ; il n’y a pas eu 600 000 tués allemands au cours de l’opération « Bagration » ; 200 000 véhicules alliés débarqués le 6 juin : c’est un zéro de trop ; la fameuse affaire de Graignes ne se déroule pas le jour de la contre-attaque de la « Götz von Berlichingen » sur Carentan, mais la veille et l’avant-veille (10-12 juin) et elle ne met pas en oeuvre tant de soldats allemands, qui sont loin de perdre 1 500 des leurs dont 500 tués (le chiffre est plutôt celui de la contre-attaque ratée visant la reprise de Carentan) ; Le général Roosevelt de la 4th ID est le fils de l’ancien président éponyme (« Teddy »), et non de Franklin Delano Roosevelt comme pourrait le faire croire une phrase (peut-être simplement mal tournée) ; ce n’est pas la 90th US ID qui coupe le Cotentin (ce qui était prévu), mais la 9th US ID ; l’opération « Walkyrie » à proprement parler n’est pas l’attentat contre Hitler, mais un plan avalisé par l’OKW pour mobiliser l’Ersatzheer en cas d’insurrection ou d’urgence au cœur du Reich ; enfin, comme dans nombre de publications, le terme « engineer » est mal traduit par « ingénieur », alors qu’il désigne tout simplement du personnel d’unités du génie…

Quelques coquilles, pas si nombreuses (le livre est long) et sans conséquences car l’ouvrage est vraiment très plaisant à lire, car il est bien écrit et superbement illustré. Il est en fait inédit et fort original : ces témoignages étaient inconnus et, par ailleurs, l’idée d’allier ces destins personnels avec, en filigrane, le récit complet du conflit est une excellente idée. Bravo à Clément Horvath pour ce travail. Espérons qu’il poursuivra sur ce chemin avec un nouvel opus. Un très beau livre (dans tous les sens du terme) que je recommande vivement.

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